#title Sinplifions... #author Anna Mahé #SORTtopics France, L'Anarchie, presse anarchiste, orthographe, littérature #date 6 juin 1907 #source extrait le 7 septembre 2026 de l'*[[https://archivesautonomies.org/IMG/pdf/anarchismes/avant-1914/anarchie/anarchie-n113.pdf][anarchie]]*, tiré d'*Archives autonomies* #lang fr #pubdate 2026-09-07T22:56:29 Quelques camarades qu'intéressa l'étude sur *l'Hérédité et l'Éducacion* pensèrent à la possibilité de la faire paraître en brochure. Mais aussitôt s'engagea la discussion. Devait-on, oui ou non, conserver dans la brochure l'ortografe sinplifiée. D'aucuns dirent oui, d'aucuns dirent non. La raison invoquee pour la négative fut la dificulté qu'on-peut éprouver à lire cète ortografe remaniée. Certe, je ne nie pas qu'à première vue on se sente un peu dérouté, que les vieilles habitudes ne se trouvent absolument choquées par cète petite révolucion acomplie dans la sainte ortografe si pieuzement enseignée dès l'enfance. Mais en vérité l'argument conpte peu si l'on songe à la facilité avec laquelle on s'habitue à cète nouvèle grafie de la langue. Il suffit de lire à haute vois quelques lignes pour conprendre que la langue n'est nullement altérée par ces chanjements, que la sinplificacion ne s'ataque qu'aus conplications sans raison, aus non sens innonbrables que prézente l'ortografe actuèle. En vérité, il est bien peu de camarades qui donent contre l'ortografe sinplifiée d'autres raizons que cèle précitée. Tous s'acordent en jénéral à reconnaître l'utilité de sinplificacions et beaucoup même m'acuzent de tiédeur dans mes opinions. Ils dezireraient que la révolucion soit conplète, que je ne me borne pas seulement aus quelques réformes que je propoze, d'acord avec des professeurs et des homes dont la conpétence et la bone volonté sont incontestables. Ils voudraient que tout grafique sans utilité absolue soit suprimé sans autre forme de procès. Pour ma part je n'y verrais pas grand inconvéniant si la langue française ignorait absolument les homonimes. Mais je ne vois pas bien coment nous pourrions nous reconaître si nous ortografiions de la même façon cete série par exenple : des *sains*, des *saints*, des *seins*, des *seings*, des *cinq*, sans parler de *dessin*, *dessein*, *d'essaim*. Dans ces cas d'homonimie il ne me senble pas mauvais qu'une lètre ajoutée, suprimée ou chanjée marque la diférence, d'autant plus que le travail nécessité par ces diférences ne serait qu'une partie infime de celui exijé aujourd'hui pour la conaissance intégrale de l'ortografe. D'autre part le son de certains mots exije encore l'emploi du double s, r, n, m, l, dans certains cas. Tant que nous nous tenons à chanjer l'ortografe, nous ne pouvons, dans ces cas, sous peine d'inconséquence suprimer radicalement toutes les doubles consones. Il est aussi des lètres inutiles que nous ne chanjons pas au comencement de certains mots pour ne pas enlever à ces mots leur valeur, leur orijinalité parfois, leur son souvent. Si nous écrivons *hameau* sans h, nous devrons dire l'ameau et la fonétique sera ataquée. De même le respect que nous gardons à la terminaizon a sa cauze dans la dérivacion des mots ; nous écrivons *respect* parce que nous dizons *respecter*. Mais, malgré toutes ces rézerves dans nos réformes concernant la grafie de la langue, conbien de chanjements, de sinplificacions y aportons-nous. Il serait superflude redire ici les régles que nous suivons scrupuleuzement dans ce travail, mais ce qui est fort intéressant, c'est de rechercher jusqu'à quel point nous suivons la lojique qui a amené péniblement au bout d'anées et d'anées des modificacions dans la langue françaize. Nous avons tous lu quelque peu les vieus auteurs et c'est là, ami grincheus qui te plains de la dificulté éprouvée à me lire, c'est là que j'aurais bien voulu te voir, te débatant parmi les lètres inutiles et même absolument étranjères au son. *Je te voy estouffans sans doubte de cholere contre les sçauans et contre le compaing Rabelais et les maraulx lesquels escripuaient des chronicques tant ioyeuses.* Depuis lors, que de chanjements aportés à l'ortografe et quel démenti formel infligé à tous les vieus gagas de l'Académie qui prétendent faire d'une langue un monument définitif, inébranlable. Qu'ils parcourent Rabelais, Marot ; qu'ils arrivent graduèlement à des temps plus modernes. Ils veront fatalement l'évolucion suivie, les chanjements aportés lentement, trop lentement, chanjements le plus souvent intéressants, tendant à débarrasser le mot d'éléments inutiles, chanjements alant parfois à l'encontre de la nécessité. En tout cas, bons ou mauvais, ils montrent la vitalité d'une langue qui ne se pétrifie pas dans un cadre définitif. Les décizions prizes par des Briand ne peuvent rien contre l'évolucion vers le mieus. Eles ne peuvent que montrer une insigne mauvaize foi, ou plutôt un dézir de contenter les partizans de l'imuabilité de l'ortografe. Monsieur Briand, éléve des Jésuites, s'est rapelé au bon moment du talent spécial de ses maîtres pour enseigner des matières s'adressant exclusivement à la mémoire. La réforme de l'ortografe leur enléverait une bone partie de leur renomée, et tous, à l'idée de la réforme probable, étaient douleureuzement émus. Délicatement reconaissant, et merveilleuzement prévoyant, M. Briand arrivant au pouvoir décida que la réforme acseptée par ses prédécesseurs ne serait pas faite. Il est bien entendu que nous n'en éprouvons aucune surprize ; les prédécesseurs ajissaient probablement moins pour la lojique que pour leur intérêt, le successeur fit de même ; cète fois la lojique n'alait pas avec l'intérêt. Voilà tout. Ainsi donc la réforme qu'il eut été bon de voir se faire en totalité et d'une façon lojique ne se fera que par bribes, selon la fantaizie de nos académiciens. Nous verons (ou nous ne verrons pas, pour cauze) dans quelque cent ans des mots aléjés de lètres inutiles, d'autres charjés, selon qu'il aura plu à nos augures de découvrir que la lojique exijait tèle supression, ou que l'étimolojie voulait vraiment qu'on mète un y là où un i faizait l'ofice. Il y a quelque cent ans nos aïeux écrivaient une langue bien débarrassée de scories mais pourtant les doublons et les illojismes abondaient plus qu'aujourd'hui ; on écrivait *jetté*, *éclorre*, *grouppe*, *secrette*, *méchanisme*, *appercevoir*, *symmétrie*, *sçaurait*, *frippon*, *méthamorphose*, *occuppé*, *crystal*, *asyle*, *piquure*, etc., etc. ; l'accent grave n'existait pas, ce qui exijait l'adition de lètres suplémentaires, mais du moins des mots s'écrivaient de façon lojique come *mistérieusement*, *cigne*, etc. que le progrès a conpliqué de l'*y*. Il inporte pour chanjer la grafie d'une langue de n'obéir pas à des caprices ou à la pression du fait acquis come le font actuelement nos académiciens, ces bons partizans de la routine. Il faut suivre des règles lojiques, et parce qu'on a suprimé un u dans *piquure*, donant ainsi dans ce mot la valeur c à q, de même faudrait-il suprimer l'u lorsque le qu a la sinple valeur c ; même q pourrait sans inconvénient être suprimé ainsi que l'inutile k et il conviendrait de bien déterminer les valeurs respectives de c, s, z. Nous ariverions ainsi à un peu plus de lojique, à beaucoup plus de sinplicité, pour le plus grand profit de nos enfants. Anna Mahé