#title Tactique révolutionnaire dans *Le Droit social*
#author Maria
#SORTtopics France, anti-capitalisme, propagande par le fait, révolution, action directe, anarchisme insurrectionnel, Le Droit social, antisémitisme, Internationale noire, reprise individuelle, illégalisme, grève, presse anarchiste, philosophie
#date 1882
#source extrait le 2 octobre 2026 d'*[[https://archivesautonomies.org/spip.php?article2765][Archives autonomies]]*, tiré du *Droit social* des 23 avril, 14 et 28 mai, 11 et 25 juin, 2 et 16 juillet 1882
#lang fr
#pubdate 2026-10-02T21:05:35
*** I
La guerre est ostensiblement déclarée entre le patronat et le prolétariat, entre les exploiteurs et les exploités, entre les dirigeants et les dirigés, entre l'autorité et la liberté.
Tous les déshérités, tout les meurts-de-faim n'ont d'autre espérance que la *révolution sociale*.
Cette idée monte, grandit, gagne les cerveaux, elle s'implante, s'acclimate partout, aussi bien aux champs qu'à la ville ; signes précurseurs de la réussite et du triomphe.
C'est devant cette marée montante que la bourgeoisie gouvernementale a déclaré la guerre au prolétariat.
Certains socialistes, en constatant cette situation, n'ont pas relevé le gant comme il convenait de faire, nous, anarchistes, nous voulons en souffleter les bourgeois insolents et affameurs.
Puisque ceux-ci ont cru bon, pour la défense de leurs intérêts les plus chers, sauvegardés déjà par les baïonnettes du pouvoir, de former une puissante ligue du patronat contre le prolétariat, celui-ci pourra bien se permettre, croyons-nous, d'avoir recours à des moyens efficaces, surtout quand le pouvoir tolère les coalitions patronales et disperse à coup de crosse de fusil ou à grand renfort de charge de cavalerie les ouvriers coalisés.
Cette ligue des patrons, qui s'est révélée aux travailleurs sous des dehors menaçants, a résolu de mettre à l'index de tous les bagnes capitalistes et de condamner à la mort, par la faim, tous les prolétaires énergiques qui se dévoueraient à la défense des intérêts de leur classe, tous ceux, en un mot, qui menaceraient les coffres-forts de la plus petite des revendications ; et cette résolution n'a pas été lettre morte, puisque le *Justicier Fournier*, qui en était la victime, se plaçant sur le terrain de légitime défense, a tenté de faire à Bréchard ce que Bréchard avait résolu de faire sur lui, — par d'autres moyens.
Disons en passant que l'affameur pourra continuer à assouvir sa haine sur d'autres victimes, puisqu'il n'a pas été suffisamment touché, tandis que Fournier paiera, toujours trop cher, son acte de justice.
Ces deux forces, ces deux classes sont donc en guerre, cela est avéré, démontré par les faits.
Les premiers, les patrons, ont pour eux, avec eux, le capital, l'armée, la magistrature et la police.
Les seconds, les travailleurs, ont leurs misères associées à leur dévouement.
Les armes sont-elles égales ? Assurément non ! C'est pourtant dans ces proportions monstrueuses d'inégalité que le prolétariat doit vaincre, car *il faut vaincre*.
Que faire donc ?
Se servir des moyens usités dans les guerres entre gouvernements. Quand les dirigeants sont en guerre, se font-ils scrupule de se dérober l'un à l'autre les armes, les munitions, le territoire même ? Jamais, c'est de bonne prise. — *Lois de la guerre*.
Qand les travailleurs sont appelés dans la rue, qu'une ville se hérisse de barricades, les travailleurs hésitent-ils à courir sus aux boutiques d'armuriers, aux magasins qui peuvent renfermer des armes, des munitions ? Evidemment non ! C'est de bonne prise. — *Nécessité révolutionnaire*.
Ces actes, que la société actuelle condamne quand ils s'attaquent à ses intérêts, elle les absout quand ils ne la touchent pas, elle les glorifie quand ils lui servent.
Aujourd'hui, nous l'avons dit, le prolétariat est en guerre avec le patronat, celui-ci, nous l'avons expliqué, a de puissants et nombreux moyens de défense, contre l'autre entièrement désarmé et à sa merci.
Le prolétariat ne doit donc pas avoir d'autres préoccupations que de porter ses efforts vers la constitution de sûrs moyens défensifs et offensifs.
Comme la révolution à venir ne pourra, ne devra pas s'égarer dans l'ornière des luttes héroïques passées, ne devra plus chercher la victoire derrière les barricades, ces forteresses populaires d'un jour, mais, au contraire, agrandir et déplacer le champ de la lutte, les exigences de l'armement se réduiront dans de notables proportions et se résument, dès à présent en un point capital : l'argent.
Que ferions-nous avec les fusils que nous pourrions nous procurer en face des canons et des mitrailleuses de la bourgeoisie ? nous nous ferions massacrer aussi inévitablement qu'inefficacement.
Les révoltes du passé pouvaient permettre certaines intelligences du camp des révoltés dans le camp ennemi, les révolutionnaires d'alors, ne visaient que des transformations politiques, c'est-à-dire des substitutions de personnes, mais la révolution où la bourgeoisie nous conduit visera l'organisation sociale actuelle, qu'elle aura pour but de détruire entièrement, d'où il s'ensuit que les jouisseurs du jour, qui sentent que leur dernière heure approche, font des efforts tels qu'il ne nous est pas permis d'espérer la plus petite défection tant que nous n'aurons pas fait une trouée puissante dans le domaine du gouvernementalisme et de l'autorité.
Il ressort de ces observations que la seule ressource que les révolutionnaires doivent tenter de s'assurer, c'est l'argent.
Quand une grève éclate, les travailleurs font immédiatement appel à la solidarité du prolétariat tout entier : que donnent aux nécessiteux les innombrables sacrifices, les innombrables privations que s'imposent les ouvriers pour soutenir les frères en lutte ? Rien ! rien !...
Que des secours insuffisants, puisque les grévistes sont toujours et fatalement condamnés à rentrer sous la férule du maître, qui s'en venge toujours comme le Bréchard ; plus ou moins effrontément toutefois.
Nous croyons qu'il est temps de cesser de frapper à ces porte-monnaie vides, de faire appel à ces dévouements épuisés.
Nous croyons qu'il est temps de frapper aux coffres-forts boudés d'or et de billets de banque, de l'ennemi, ce sera de bonne guerre, c'est la vraie tactique révolutionnaire.
Cette tactique ne sera pas plus condamnable que celle de l'ennemi, et si de par la société on jette les hauts cris sur ces actes obligés — ce qui est sûr — nous répondrons ce que nous avons répondu à la tentative du courageux Fournier.
Cas de légitime défense.
Les patrons volent bien chaque jour leurs ouvriers, ceux-ci peuvent bien de temps à autres, croyons-nous, condamner ceux-là à une restitution forcée.
Légitime défense encore une fois.
Ceci est le premier point, le point de départ de toute lutte fructueuse. La constitution d'une caisse largement approvisionnée est de toute nécessité ; car tous les hésitants, les timides qui n'osent pas affronter la lutte ouverte parce qu'ils ont derrière eux qui une femme, qui des enfants ou des vieux parents dont ils sont les seuls soutiens viendraient franchement à nous si le sort de ces nécessiteux étaient assuré, garanti.
D'autre part, comment répandre nos idées, comment montrer à tous les intéressés la voie salutaire, puisque toute la presse est aux gages du capital bourgeois et par conséquent ennemie déclarée de notre émancipation complète et que les fonds, l'argent, sont indispensables à l'existence d'un organe révolutionnaire.
Tout, en un mot, dans la situation, commande ces efforts, désigne ce but que si il ne devenait pas le point de mire de toutes nos énergies nous laisserait sans cesse impuissants et nous verrait user constamment à des luttes stériles en affaiblissant toujours de plus en plus nos moyens d'action, en énervant les volontés, en paralysant les dévouements. Chacun peut le constater, tout se heurte dans ce milieu pourri contre ce fatal obstacle : le défaut d'argent.
Puis, enfin, si nous songeons à l'heure de la lutte suprême nous devons savoir que la science met à notre disposition une foule de moyens qui, au jour de la grande bataille, braveront facilement les fusils et les canons de l'ancien état de choses, moyens dont il faudra user énergiquement, mais qu'il faut, dès aujourd'hui, préparer, grouper et apprêter au service.
Que tous les regards, que tous les esprits soient donc dirigés vers ce jour : la constitution d'une caisse révolutionnaire.
Toutes les agitations sont bonnes et peuvent se prêter à ce but, en faisant ainsi, si quelques-uns des nôtres sont sacrifiés ils ne le seront au moins pas inutilement ni inefficacement et ils se dévoueront tranquilles sur le sort de ceux qui resteront derrière eux.
Songons-y donc, c'est œuvre de propagande, c'est le cas de légitime défense, c'est la réelle tactique révolutionnaire.
*** II
Nous avons dit dans le *Droit social* du 23 avril, n° 11, que, vu les agissements de notre ennemi le bourgeoisisme, il serait puéril à l'heure actuelle de frapper dorénavant aux porte-monnaie prolétaires, puisque les travailleurs n'ont même pas de quoi vivre et qu'ils ne peuvent mettre habituellement dans leur bourse que leurs larmes et leurs douleurs.
Nous avons dit qu'il fallait que les travailleurs se décident à frapper hardiment à la porte, quitte à la briser, des coffres-forts bondés d'or et de billets de banque, afin de créer un caisse abondamment pourvue pour faire face aux besoins de la cause de la Révolution.
Foin de scrupules imbéciles.
Nous l'avons dit et nous y revenons puisque notre ennemi nous y oblige.
Nous ne pensions pas que ces bourgeois gavés, insolents, nous donneraient aussi vite raison.
Les travailleurs ont de leurs sous, de leurs deniers chèrement amassés, fondé un journal dans lequel ils expriment leurs plaintes, leurs griefs, exhalent leurs espérances, développent leurs théories et publient leur tactique ; ils écrivent tout cela avec moins de calme qu'il ne plairait au capital, peut-être, mais allez donc demander du calme, de la modération à des affamés, à des martyrs.
Que fait la bourgeoisie inquiète et gouvernante ? elle vise au cœur, selon le mot du Génois, elle vise à la caisse du journal, à cette caisse faite de privations et de misères ; elle vise là car elle croit avoir raison de cette feuille et des revendications qu'elle tonne assez haut pour donner la chair de poule au bourgeoisisme, elle croit la faire taire, la tuer en un mot.
Ah ! bourgeois repus et ineptes, que vous connaissez peu vos adversaires, que vous connaissez mal les révolutionnaires pour croire à pareille stupidité.
Comment ! voilà des hommes qui ont sué et souffert, qui se sont privés, eux et leurs enfants, pour fondre le *Droit social*, quand ils pouvaient autrement se procurer les fonds nécessaires à sa publication, et vous commettez la bêtise, l'imprudence d'attenter à l'existence de cette création ?
Vous n'y pensez donc pas ? et vous avez donc résolu de les punir du respect qu'ils ont sottement gardé jusqu'ici ?
Vous ne savez donc pas que Dejoux pourra peut être bien être condamné à des mois de prison, qu'il fera ou ne fera pas selon le cas, mais ce compagnon disparu, un autre prendra sa place, messeigneurs, et comme le dit Rouget de l'Isle :
Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n'y seront plus, etc.
Ce qu'il faut vous dire, car vous êtes bouchés à l'émeri, c'est que quand vous nous condamnerez à des milliers de francs d'amende, vous condamnerez en même temps vos coffres-forts à faire droit à vos exigences ; nous ne voulons pas disparaître, sachez-le bien : nous vous l'avons dit nous sommes en guerre, nous vous en appliquerons les lois.
Après la lutte, les Prussiens nous ont fait payer les frais, pendant la lutte ils nous ont rançonnés : nous vous ferons ainsi, Messieurs !
L'argent est le nerf de la guerre, et bien, nous aussi, nous voulons avoir ce nerf pour seconder nos énergies ; il nous en faut pour défrayer les frais de la propagande ; il nous en faut pour créer les éléments de la lutte, car nous la voulons sérieuse, cette fois : nous sommes résolus à vaincre, et pour cela tous les moyens sont bons. Vous nous avez assez donné l'exemple, que diable !
Lyon se souvient de 1832, nous avons vu là comment l'on traitait ses ennemis qui ne demandaient que du pain, cependant. La rue Transnonain nous l'a dit aussi. Cavaignac a accentué la note en 1848. Le bandit de décembre l'a plus forcée encore.
Mais il était réservé à votre personnification, c'est-à-dire à ce Thiers, de dégoûtante mémoire, de porter les raffinements de la répression à ses limites extrêmes, et vous voudriez que nous ne profitions pas de vos leçons ?
Que voulaient tous ces chefs de la répression ?
L'extermination des ennemis.
Pourquoi n'imiterions nous pas leur logique ?
Seulement eux et vous n'avez que nos corps pour vous venger; nous, nous aurons vos corps et vos biens.
*** III
A l'occasion de la défaite des révolutionnaires de 1871 et de la victoire des égorgeurs à la solde de la bourgeoisie, nous croyons qu'il est bon de jeter un coup d'œil rétrospectif sur cette lutte héroïque et pourtant si malheureuse, sur cette répression aussi sauvage que sanguine, de voir si les moyens employés alors auraient suffi, même en passant sous silence l'infâme trahison qui a livré les portes de Paris et si les travailleurs n'ont pas un intérêt capital à déplacer le terrain de la lutte.
Aujourd'hui bien plus qu'en 1871 les travailleurs peuvent changer de tactique car ils sont maintenant bien pénétrés que :
La bourgeoisie détentrice de la richesse sociale n'a pu s'en emparer qu'en VOLANT chaque jour la plus large part du produit du travail de ceux qu'elle emploie. Qu'elle ne s'en dessaisira pas volontairement ; que cette richesse sociale entre ses mains consacre notre misère ; que pour faire cessser celle-ci et faire faire retour à l'autre nous serons obligés de reprendre le fruit de ces vols accumulés entre ses mains ; que nous ne pourrons les reprendre que par des moyens violents.
Cette persuasion les a donc dégagés de tous scrupules imbéciles.
Pénétrés de ces idées, il est évident que les cerveaux se dégagent chaque jour de plus en plus de ces sots préjugés qui ont condamné les travailleurs en haillons de 1848 à crever de faim en montant la garde autour des diamants de la Couronne.
Il est bien évident que toutes les fois que nous voudrons opérer cette reprise de possession nous aurons devant nous, quand l'acte sera individuel, la police pour nous traquer, la gendarmerie pour nous arrêter, la magistrature pour nous condamner, et que, quand au contraire l'acte sera collectif ou général, il faudra ajouter l'armée à ces forces répressives ; l'armée qui est le sanctuaire brutal des lois bourgeoises, des théories gouvernementales en un mot. Eh ! oui, l'armée, se compose des fils de travailleurs, d'enfants d'exploités, de parias à leur heure d'hommes qui, rendus à la société, seront demain des crève-faim, des va-nus-pieds comme nous et dont on fait nos geôliers.
Oui, quand l'indignation et la misère nous jetteront dans la mêlée la rage au cœur nous aurons devant nous ces hommes, nos fils, nos frères, nos neveux, prêts à nous fusiller, à nous égorger lâchement.
Ah ! Bourgeoisie exécrable, combien je te hais pour ce seul fait, car il est à mes yeux le plus grand crime que tu aies commis : malheureuse caste immonde, tu ne paieras jamais assez d'avoir pris nos enfants pour en faire des misérables et des assassins inconscients.
Ah ! si à l'occasion de cet anniversaire, boucherie sans précédent dans l'histoire, nous voulions instruire ton procès, les faits à ta charge te feraient toi-même reculer d'horreur, mais non attendrie, car tu es sans entrailles. Tu es un assemblage d'appétits insatiables, de jouisseurs inassouvis, de tigres humains enfin.
Mais à quoi bon, tu es condamnée à disparaître de tout milieu social et nous voulons seulement aujourd'hui dire comment nous croyons qu'on peut se débarrasser de toi.
La première étape vers notre but c'est, nous l'avons dit, et nous le répétons, la constitution d'une caisse abondamment pourvue au moyen de cette reprise de possession ayant lieu par fraction plus ou moins importante suivant le lieu, l'heure et les moyens employés.
Il est évident que quand on opérera individuellement, celui qui agira sera souvent un homme qui sacrifiera sa liberté momentanément pour un temps plus ou moins long; mais qu'importe, ce soldat tombé, disparu, aura en disparaissant laissé entre les mains des groupes des ressources certaines pour la guerre à laquelle on nous a condamnés, et il aura, faisant ainsi, plus servi la cause que beaucoup de ceux qui sont morts glorieusement derrière des barricades où le pouvoir actuel a trouvé son berceau.
Et puis ce soldat entre les mains de la bourgeoisie, il faudra qu'elle le juge pour le condamner.
C'est alors qu'il lui crachera au visage ses plus dures vérités, il leur criera bien haut que 20, que 30, que cent autres sont là prêts à l'imiter jusqu'au jour enfin où la lutte se généralisera, et où l'engagement aura lieu sur toute la ligne, jusqu'au jour enfin où les proportions de cette lutte seront telles que nous les désirons, afin d'assurer la victoire finale.
Oui, bourgeois rapace, la guerre de guérillas va commencer, de ci, de là, les tiens seront touchés, tes coffres-forts inquiétés, nous vengerons individuellement d'abord les souffre-douleurs que tu martyrises dans tes bagnes capitalistes, nous soulagerons autant que cela sera possible les squelettes que ta rapacité produit et condamne à la mort par la faim, nous inculquerons à nos enfants une haine implacable pour toi et les tiens, songes y et crois bien que les années ne se succèderont guère avant que nous ne t'attaquions en face.
Nous avons dit que nous voulions examiner si les moyens mis en pratique dans la lutte de 1871 auraient suffi à vaincre sans la trahison qui a livré les combattants pieds et poings liés à Foutriquet, l'incarnation réelle de la bourgeoisie.
Nous ne croyons pas qu'un peuple en révolte, qui est décidé à rompre avec la bourgeoisie, mais à rompre réellement, non à l'instar de certains socialistes, puisse jamais résister aux forces gouvernementales possédant un arsenal de guerre inépuisable, nous ne croyons pas que des dévouements, quelqu'héroïques qu'ils soient, puissent faire face aux millions de soldats, de tueurs, qu'un gouvernement peut armer contre ses ennemis, du dedans surtout.
Non, nous ne croyons pas que les gens employés par les hommes du 18 mars aient été suffisants pour fixer la victoire au drapeau de la révolution; et pourtant chacun sait que jamais armée révolutionnaire n'en posséda et ne peut espérer en posséder de semblables.
Les révoltes ne doivent pas guerroyer.
Nous affirmons qu'il faut agir autrement.
Aux grands maux les grands remèdes, aux grandes causes les grands moyens.
Admettons que, par une des causes économiques ou politiques qui, d'ordinaire, déterminent les mouvements populaires, admettons, disons-nous, que dans une ville quelconque, les barricades se dressent, se garnissent de défenseurs, que la troupe aux ordres de la bourgeoisie se lance à l'assaut de ces barricades, que la lutte soit acharnée, ait une durée appréciable, que les péripéties en soit vives, que les engagements se succèdent.
Dans ces conditions, pendant que la foule anonyme affrontera ces dangers, les groupes eux auront, à leur tour, une mission qu'ils ne devront pas négliger, ils devront porter la lutte sur un autre terrain pour seconder la foule aux prises avec l'armée.
Ils devront jeter la terreur dans les rangs ennemis en l'enveloppant dans un manteau impénétrable de flammes en détruisant, au moyen d'éléments chimiques, la consécration de sa puissance.
Croit-on que si, pendant que la lutte héroïque mais toujours malheureuse et impuissante des barricades aura lieu, les groupes organisés menaçaient l'existence de cette armée, seul soutien de la bourgeoisie, en faisant jouer des mines considérables, toujours faciles à préparer dans le tohu-bohu des révolutions, celle-ci n'hésiterait pas dans sa marche en avant ?
Croit-on que, pendant ce même temps, si on utilisait certain produit inflammable (connu celui-ci), pouvant, avec un volume d'un demi décimètre cube, produire un dégagement de vingt-cinq à trente mètres carrés de flammes tellement intances qu'elle fondrait la pierre, croit-on que l'emploi de ce produit ne terrifierait pas l'ennemi ?
Nous sommes convaincus, pour notre part, qu'en face de ces moyens la bourgeoisie affolée demanderait grâce, espérant encore nous tromper et sauver ainsi de volumineuses épaves de ce naufrage social.
Croit-on encore, pour suivre notre idée, que, s'il était possible à des groupes organisés révolutionnairement de harceler les forces gouvernementales avec ces moyens on en n'aurait pas bientôt raison ?
On nous objectera peut-être que les groupes ne pourraient pas approcher les troupes ; nous le savons, mais alors ils les immobiliseraient, ce qui serait considérable au point de vue de la réussite.
D'autre part, quelle serait la situation morale de ces soldats qui seraient déjà malmenés par des chefs grincheux, irrités, énervés par leur insuccès et les dangers toujours croissants et invisibles que leur créeraient les révolutionnaires. Elle serait telle que la démoralisation s'emparerait de ces hommes, de ces cerveaux déformés par la discipline, et les pousserait à un moment donné à se débarrasser de leurs chefs et à se jeter dans le mouvement révolutionnaire.
Tel est du moins notre sentiment.
Si, dès les premiers pas de l'armée de Versailles dans Paris, celle-ci avait trouvé sous ses pieds des égouts minés de toutes parts et que les révolutionnaires n'aient pas craint de faire sauter tout un quartier pour ensevelir l'ennemi, il se serait écoulé de longs jours avant que l'ennemi ne reçoive à nouveau l'ordre de marcher en avant.
Si, dès les premières heures de la victoire, la révolution du 18 mars s'était emparée de tout ce qui constitue la richesse sociale, la fortune publique, qu'elle ait groupé tout ce dont elle s'était emparée pour le mettre à la disposition de tous, qu'elle ait détruit tout ce qui établissait officiellement la propriété individuelle en anéantissant tous les titres, croit-on que, si, par impossible, elle eût été vaincue, les vainqueurs aient pu facilement reconstituer l'ancien état de choses ? et ne peut-on pas admettre qu'alors les traces laissées par ce mouvement eussent été telles qu'elles seraient restées ineffaçables et que nous pourrions aujourd'hui en recueillir l'héritage ?
Aussi, c'est pénétré de cette idée que nous disons : si demain, dans une ville quelconque, un mouvement révolutionnaire se produisait et que ce mouvement prenne pour programme de révolte les données que nous venons de hasarder, ce mouvement fût-il abandonné de tous, livré même à ses seules forces et ne durât-il que deux ou trois jours, il laisserait encore des traces mortelles au sein de la bourgeoisie, car il aurait démontré à tous les timorés tout ce que peuvent la volonté, l'énergie, et l'audace, il prouverait aux faibles, aux exploités qu'ils n'ont qu'à vouloir, et il donnerait un caractère nouveau aux mouvements révolutionnaires et conquérerait à ces idées une masse imposante d'adhérents qui suffirait à assurer la victoire au jour suprême.
Les préjugés retiennent les hommes loin de ces moyens violents, pourtant nécessaires, indispensables même ; il faut donc que ceux qui se sont débarrassés de ces préjugés agissent pour que leur exemple entraîne les masses dans la vraie voie révolutionnaire.
MARIA.
*** IV
Nous prions nos amis de nous excuser de revenir encore une fois sur ce même sujet : *« De la Constitution d'une Caisse de propagande révolutionnaire »*, mais nous croyons que cette insistance est utile, indispensable même, jusqu'à ce que chacun ait bien compris et que cette campagne n'eût étonné des résultats satisfaisants.
Eh ! Dame ! cette caisse aurait bien eu son utilité ces jours derniers, car il parait qu'à Paris, des ouvriers raffineurs français, exploités par la maison C. Sée, ignorant sans doute les causes fatales qui régissent la société actuelle, ont cherché querelle à des travailleurs italiens, sous prétexte que ceux-ci travaillaient à bas prix et en faisant ainsi GATAIENT LE MÉTIER.
Il paraît que ces ouvriers, disons-nous, ont bêtement joué du couteau entre eux, et que, étant les esclaves d'un dirigeant apparenté avec l'un des gouvernants, le maître a jeté entre les combattants l'autorité dans sa trinité : la troupe, la police et la magistrature, de façon que les travailleurs français ou étrangers ont été fort malmenés par les argousins Camescas-cu, et, qu'ils seront jugés et condamnés comme de simples étudiants en rupture de bêtise.
Et bien quand cette foule de veîdes de l'autorité, de suppôts de l'exploitation était réunie, si la Caisse révolutionnaire agissant avait pu faire distribuer aux bousculés les plus intraitables, une certaine quantité de boule-dogues à six coups, croit-on que ceux-ci auraient reculé devant la satisfaction de faire jouer leur instrument?
Eh ! non, ils auraient saisi avec empressement l'occasion de faire mordre la poussière à quelques mouchards enragés, car on aime toujours à rendre avec usure les coups reçus.
Dans ce cas, peut-on nier que les révolutionnaires eussent fait de la bonne besogne dans laquelle quelques hommes auraient pu se faire la main pour l'heure suprême ?
Si, d'autre part, cette caisse, profitant de ce conflit entre l'autorité et le populo, avaient entretenu ces troubles, cette agitation, cette effervescence pendant un certain temps, pendant lequel quelques dévouements auraient préparé une mine soigneusement organisée et que, par une tactique de rassemblements, on ait amené sur le point préparé tout ce qu'il y aurait été possible de réunir de policiers, et que les nôtres prévenus, la mine eût fait explosion et anéanti ces êtres ignobles, croit-on que cela n'aurait pas été une œuvre vraiment révolutionnaire ?
Personne ne le contestera.
Et bien, cela ne s'est pas fait parce qu'on n'avait pas d'argent ; sans doute, nous sommes convaincus que Paris aurait facilement fourni en hommes les éléments nécessaires à cette contre-danse, car, pour cette besogne alléchante on se fut enrôlé avec joie.
Mais, encore une fois, l'argent a manqué là, comme il manquera toujours dans tout ce que nous voudrons faire, si on n'avise pas rapidement au moyen d'alimenter largement cette caisse de propagande.
A ce sujet, il nous est venu une idée, nous allons la communiquer à nos amis :
Chaque canton, en France, est au moins pourvu d'un percepteur qui, à certaines heures, possède une caisse pleine des écus des contribuables ; cet argent ne verse pas le produit de sa perception chaque jour, il a donc, comme nous venons de le dire, des sommes assez importantes dans son coffre-fort, à certains moments.
Eh bien, se figure-t-on que dans un ou plusieurs cantons, il puisse exister un révolutionnaire sans préjugés et disposé à alimenter la caisse de la cause.
Si on peut admitter que celui-ci pourra tout à son aise, avec la plus grande facilité, étudier sur place les voies et moyens de pénétrer au coffre-fort, qu'il pourra savoir quand le percepteur va à son cercle ou à la chasse, et abandonne un moment son trésor.
Une fois nanti de ces renseignements, ce révolutionnaire, qui ne veut rien tenter lui-même et pour cause, contre les écus du gouvernement, cherche dans ses relations intérieures et extérieures des oreilles d'exécuteur pour leur confier le fruit de ses observations et ceux-ci qui, eux, sont à la piste des aubaines de ce genre, se mettent en route et exécutent l'opération, qui ne peut laisser ainsi aucune trace ; car si on se moque de la prison à laquelle on se risque en faisant ce métier de justicier, on ne se livre pas de gaieté de cœur au greffe des bourgeois et on leur échappe le plus que l'on peut.
En guerre on opère des razzias, on maraude, on frappe d'impôts forcés les localités envahies, et bien s'il est vrai que les idées révolutionnaires progressent, qu'elles envahissent les cerveaux, qu'elles conquérrent de l'influence, elles doivent permettre aux hommes de se dégager de ce sot préjugé « *LE RESPECT DE LA PROPRIÉTÉ*. »
Il y a dans le dédain de ce respect, dans sa négation, une puissance de levier incontestable, et le jour où les travailleurs l'auront complètement dépouillé, un grand pas sera fait, car ils auront créé des ressources au mouvement révolutionnaire, ils auront brisé sous les yeux de la bourgeoisie une de ses plus augustes puissances, une de ses plus précieuses religions, celle du coffre-fort.
Le clergé, pendant dix-huit siècles, domina le peuple avec *LE RESPECT* de son Dieu.
La bourgeoisie tond, exploite, rançonne, vole les travailleurs depuis plus d'un siècle au moyen du *respect de la propriété*.
Ces juifs, ces vampires de la société ont su enchaîner l'humanité entière à leur coffre-fort, à l'aide de leur or ils pouvaient à leur aise broyer les indépendances, annihiler les volontés et faire de l'homme un être ignoble d'abjection et de servatisme, de la femme un être dénaturé à la disposition de leurs appétits grossiers.
Que l'on ne croie pas qu'ici nous visions seulement les parias, non, non ! bien loin de là. Car ce que ces reptiles appellent la haute société est encore au point de vue de l'indignité descendu bien plus bas que les exploités.
Les femmes de ce monde offrent un spectacle écœurant de prostitution et de débauches, sans raison réelle que la satisfaction de leurs passions viles, et elles le disputent avec avantage aux femmes publiques que l'organisation actuelle jette sans pitié dans les lupanars.
Les hommes, dans leurs élégantes enveloppes, sont les êtres les plus ignobles à tous les points de vue. Ils sont sans dignité, sans honte, sans courage. Les femmes sont sans vertu, sans cœur et sans entrailles. Et c'est quand nous pouvons voir sous nos yeux s'étaler ces chancres hideux, qui vivent de nos misères, que nous garderions des scrupules. Allons donc !
Puisque le corps social a des membres pourris, que l'on en fasse l'amputation, la révolution devra nous débarrasser des membres gangrénés. Oui, ce sera à elle, cette chirurgienne émérite, d'amputer, de brûler et de guérir.
Et pour préparer son heure nous nous ferions un reproche, nous hésiterions à effondrer un coffre-fort pour faire couler son contenu dans la caisse révolutionnaire ! Comment, nous reculerions quand nous savons que l'or que nous allons ressaisir aurait peut-être servi à payer le déshonneur d'une mère, d'une fille ou d'une sœur de l'un de nous ? Quand nous savons qu'il aurait servi à payer les gendarmes qui nous traquent, les mouchards qui nous filent, les juges qui nous condamnent, les géoliers qui nous torturent et les soldats qui nous fusillent. Et quand nous savons surtout que cet or est le fruit du vol fait chaque jour à notre salaire.
Cela est impossible, nous n'hésiterons pas, car les travailleurs comprennent aujourd'hui que leurs patrons sont des exploiteurs, et qui dit exploiteur dit voleur, que, par conséquent, puiser dans les caisses bourgeoises c'est reprendre par la force ce que l'on nous a pris par la force.
Que ces capitalistes, ces exploiteurs, ces trafiquants essayent donc une seule fois de justifier la possession de leurs richesses autrement que par l'exploitation ou le jeu de bourse, moyens que nous avons condamné sans appel, et nous verrons la somme de respect que nous leur devrons, mais ils ne le peuvent pas faire, sans cela ce serait fait depuis longtemps.
Aussi, encore une fois, il faut songer sérieusement à cette reprise, préparons-nous-y, étudions mûrement tous les points où l'on peut frapper et que ces coffres-forts éventrés projettent leur contenu dans la caisse révolutionnaire.
*** V
Que de grèves à l'horizon ! que de travailleurs en lutte avec leurs exploiteurs ! que de misères souffertes mises à nu ! Que d'expédients employés par ces malheureux grévistes pour chercher à échapper à la gredinerie de leurs employeurs. Et tout cela en pure perte. Eh ! sans doute, en pure perte près de cinq mille raffineurs ont aggravé leur misérable situation, et près de 15 mille cordonniers sont en train d'augmenter leur misère pour échapper au joug capitaliste, car les uns, les raffineurs, ont déjà dû se courber, et les autres hélas ! les autres.....
Quand on examine cette situation, quand on constate l'insolence patronale, quand on compte les scrupules, les réticences, les hésitations des travailleurs qui reculent devant la satisfaction de se faire justice, on se demande si tout ce monde d'exploités a bien conscience de sa misère et de son dénûment ? — Nous ne le croyons pas, car si ces hommes étaient pénétrés de la vérité, s'ils étaient persuadés que les quatorze millions de Say, que les quatre-vingt-quinze maisons de Lebaudy, que toutes les fortunes patronales, en un mot, sont le fruit de leur travail à eux, crève de faim, qu'elles n'ont, ces fortunes, pas d'autre source que le labeur des prolétaires, s'ils étaient pénétrés de ces vérités, disons-nous, ils se ruraient, ces hommes, comme un torrent, sur ces fortunes scandaleuses qu'on leur oppose et avec lesquelles on menace de les affamer, et ils s'en empareraient afin de pouvoir garnir leurs estomacs que de dures privations ont délabré. Puis, complétant leur œuvre, ils accrocheraient solidement à trois ou quatre mètres du sol, dans quelque coin du bagne où ils ont souffert, le chiourme doré qui veut attenter à leur vie en leur refusant le nécessaire à l'existence.
Mais hélas ! ces malheureux n'ont pas encore eu ce courage. La haine n'a pas encore assez soufflé en eux, espérons que cela viendra, le jour se fera dans ces cerveaux sombres.
Il y a si longtemps que l'on bourre leur esprit de trompeurs palliatifs, de dangereux dérivatifs, il y a si longtemps qu'on les promène, qu'on les égare sur le terrain politique, on les a tant bernés avec le suffrage universel, et ceux d'entre les socialistes qui prétendent travailler à l'avènement de la Révolution les attardent tant dans les sentiers de la lutte pacifique, que la tâche nous a été faite bien lourde pour faire comprendre à tous ces souffreteux que leurs souffrances cesseront le jour où ils voudront. Mais nous devons sentir que, malgré leur calme apparent, la ré- volte gronde en eux et que bientôt sans doute ils seront à même de tenir largement les promesses qu'en leur nom nous faisons à la bourgeoisie. Oui ! oui ! nous aimons à nous en réjouir, tous ces parias sentiront qu'en dehors de l'action révolutionnaire, de la révolte journalière contre les exigences patronales, contre les iniquités gouvernementales, il n'y a rien qui puisse nous conduire rapidement au jour de l'émancipation, à la jouissance, au bien-être, et le jour où l'ils l'auront senti, alors ! oh alors...
Aussi portons-nous tous nos efforts, toutes nos forces vers cette propagande, dont les résultats sont déjà perceptibles, car le chemin parcouru par l'idée est immense, elle n'a pas cette idée peut-être encore assez pénétré dans ces masses de grévistes d'hier et de demain, puisque si nous exceptons le courageux Fournier, nul d'entre eux n'a encore osé mettre suffisamment la main sur la bourgeoisie ou sur ses biens, mais si nous en croyons nos pronostics, l'heure s'avance, où, conscients, ces hommes feront grève de la seule façon utile et productrice : c'est-à-dire qu'au lieu de quitter l'atelier où l'ouvrier doit trouver son pain de chaque jour, les réclamants s'en empareront pour produire, et ceci sous la présence de leur ancien maître qui aura été préalablement suspendu dans un coin du bagne comme nous l'avons dit ; puis si les forces gouvernementales se mettant au service du capital, voulaient déloger les travailleurs travaillant, ceux-ci détruiraient ce qu'ils ne pourraient conserver. Des grèves faites ainsi auraient au moins un résultat certain, elles prouveraient sans conteste que l'état traque les travailleurs occupés à produire pour eux, afin de les obliger à produire pour d'autres, et alors il sera possible que les colères populaires déchaînées, accrochant l'Etat en pendant de l'exploiteur.
On ne niera pas que ces escarmouches ne soient un bon moyen préparatoire pour la Révolution, un excellent élément de groupement. Nos adversaires votards nous disent qu'ils vont aux urnes pour pénétrer dans les masses. Ces théoriciens oublient que la masse des révolutionnaires anonymes, ceux qui sortent de leur tandis au premier choc des armes de la révolte, ces théoriciens oublient, disons-nous, que cette masse ne s'occupe même pas d'électeurs, car elle n'a que le temps de travailler et de souffrir, elle n'est donc pas saisissable aux théories, tandis qu'au contraire elle l'est à l'action, chaque fois qu'elle apercevra un acte de justice du peuple elle applaudira et elle se rangera derrière les lutteurs en escarmouche, parce que ces moyens sont dans ses instincts, dans son sentiment.
On nous objectera que ces révoltes partielles, dans lesquelles quelques ateliers flamberont, ne causeront pas grand dommage aux détenteurs puisque les compagnies d'assurance garantissent ces propriétés.
Nous répondrons que cette objection est fausse en ce que les assurances pour le groupement des écus des capitalistes, car messieurs les exploiteurs sont tout à la fois filateurs, entrepreneurs, assureurs, etc.
La société bourgeoise actuelle est organisée de telle façon que, à quelque endroit que l'on touche au capital, la classe entière est frappée, par ailleurs il nous semble qu'individuellement l'exploiteur n'aura pas à se plaindre de la part que l'action révolutionnaire lui ménage.
Jusqu'alors les grèves ont été une triste comédie dans laquelle les grévistes s'attardent à marchander à l'ennemi un pauvre morceau de pain au lieu de lui sauter à la gorge et de l'anéantir ; mauvaise tactique, trés mauvaise tactique. Que l'on en vienne donc rapidement à la réelle, à la seule effective.
Nous ne pouvons pas admettre que des travailleurs, des hommes dignes de ce nom, consentent à crever de faim devant l'opulence et les orgies de leurs exploiteurs ; nous ne comprendrons jamais que des pères de famille puissent entendre leurs enfants leur crier : « J'ai faim ! » devant le luxe insolent de celui qui les exploite, sans se permettre une vengeance. Non cela ne se peut pas, on a pu voir de sombres résignations, de cruelles douleurs, muettes tant que le respect de la propriété enchaînait les hommes à de coupables scrupules, mais aujourd'hui que l'on sait que tout est à tous, et qu'il est prouvé que ceux qui abusent du superflu l'ont volé au nécessaire de la masse, l'on ne se résiguera plus facilement et l'on courra, las de souffrir, prendre ce dont on aura besoin où on le trouvera dans cette société à laquelle on ne marchande pas son labeur.
Jusqu'alors, répétons-le, la bourgeoisie exploitante, dirigeante et gouvernante, a pu se croire autorisée à se rire de nos menaces puisqu'elles ont été presque lettres mortes, mais patience !
Barons de l'agio, croyez-le bien, vous ne perdrez rien pour attendre, nous nous plaisons à vous l'affirmer, le premier coup que vous compterez sera digne de la situation, il sera terrible, mes maîtres !
Mais brisons-là, et revenons, en finissant, sur le terrain qui fait le sujet de cet article.
De quoi s'agit-il pour les révolutionnaires ?
Grouper autour de l'idée le plus grand nombre possible de courage, d'énergie et de volontés inébranlables, afin qu'au jour suprême, les soldats conscients puissent guider les masses vers le but par le chemin sanglant des représailles, vers ce but où les travailleurs pourront fonder leur organisation émancipatrice.
Comment, encore une fois, mieux opérer ce groupement qu'en mettant en pratique les idées de révolte ? C'est-à-dire en se dressant contre tout ce qui est pouvoir, autorité, en se plaçant en justicier devant cette société corrompue, devant cette bourgeoisie immonde pour les punir de leurs méfaits ?
Evidemment les justiciers ne pourront jamais arriver à frapper tous les coupables, mais les plus saillants ne leur échapperont pas, et alors le peuple verra qu'il y a dans son sein des défenseurs anonymes en qui il peut avoir confiance et marcher sûrement, sur lesquels il peut compter pour la vengeance provisoire et avec lesquels la bourgeoisie devra dorénavant compter sérieusement.
Ce genre de propagande ne peut se faire qu'individuellement, essayer de grouper des hommes pour un but semblable serait un leurre, mais on peut néanmoins, dans chaque groupe, semer ces idées, les y développer, afin que des énergies s'emparent et que des dévouements les mettent en pratique à leur heure, selon leurs moyens. Grouper des forces pour l'heure suprême, cela se peut, mais dans ces groupes, qu'aucune autorité ne se constitue, sans cela cette heure suprême nous apporterait encore une nouvelle illusion.
Aujourd'hui la parole est à l'action individuelle, que les bras résolus s'arment et frappent sans pitié les coupables, ils ne manquent pas, et la Révolution attend.
Travailleurs, veillez et agissez.
*** VI
Dans notre dernier article nous disions que : il ne s’écoulerait pas de longs mois avant que le jour ne se fasse dans les cerveaux sombres des grévistes, et voilà que les évènements sembleraient vouloir nous donner raison.
On raconte dans les petits coins que l’une des plus grandes raffineries de Paris, celle qui, aux revendications de ses exploités, avait répondu en leur citant un chiffre de millions à sacrifier les affamer, on raconte que cette maison vient d’être l’objet d’une tentative d’incendie. Ce fait de justice se serait passé en catimini et les exécutés auraient, paraît-il, aussi peur que les exécuteurs que cet essai ne s’ébruite, ils auraient même plus peur, dit-on, car ils craindraient que cette tentative malheureuse, si elle était répandue dans le monde d’ouvriers qu’ils exploitent avec une nouvelle rage, ne soit la source d’initiateurs plus adroits que ceux qui n’ont pas réussi à rendre leur vengeance effective.
On le voit, ces malheureux exploiteurs sont dans des transes terribles. Nous allons les rassurer en leur affirmant que le coup manqué ici aujourd’hui est appelé fatalement à réussir là, demain, c’est affaire d’apprentissage des ouvriers, il faut donc que les patrons en prennent leur parti, et puisque c’est le seul terrain de lutte où les grévistes puissent égaliser les forces, que c’est la seule arme qu’on leur laisse entre les mains pour se défendre, il faut bien qu’ils s’en servent à moins que de se résigner toujours et sans cesse à être exploités à merci, nous ne croyons pas qu’ils y soient disposés et l’on peut plutôt admettre que les grévistes veulent lutter sérieusement quand on voit les raffineurs, à peine rentrés sous le joug patronal, abandonner l’atelier à nouveau pour se jeter dans la résistance ; car s’ils acceptent la lutte aujourd’hui qu’ils connaissent les effets et de la résistance et de la soumission, c’est que, selon nous, ils ont compris qu’avec de l’énergie et de l’audace ils pouvaient à leur tour faire payer cher aux exploiteurs les souffrances que ceux-ci leur infligeaient.
Nul ne pourra nier que la tactique suivie depuis quelque temps par les communistes-anarchistes n’aie déjà produit de certains résultats. Oui, nous croyons que le caractère de cette tactique s’affirmant chaque jour plus énergique, plus audacieuse, a eu pour effet, en même temps qu’elle éclairait les exploités, de faire réfléchir sérieusement la bourgeoisie gouvernante.
Croit-on, par hasard, que sans la volonté fermement exprimée par les révolutionnaires stéphanois d’aller honorer leurs morts à la Ricamarie, manifestation que le maire avait annoncé vouloir empêcher sous des prétextes aussi ridicules que sa personne et son caractère, croit-on, disons-nous, que sans les actes passés qui avaient suffisamment démontré à messieurs du gouvernement que quand il a arrêté quelque chose, le parti révolutionnaire ne recule pas ; croit-on, disons-nous, que le maire qui avait annoncé la résistance n’aurait pas reçu les forces nécessaires à cet effet ? Evidemment que si. Mais l’on s’est dit en haut lieu : les révolutionnaires ont annoncé que s’ils étaient inquiétés dans leurs manifestations ils brûleraient nos usines, comme nous les en croyons capables et qu’en somme leurs manifestations ne portent atteinte à aucun de nos privilèges productifs, laissons les faire, laissons les pleurer les fusillés de la Ricamarie à leur aise.
En effet, tant que les travailleurs s’attarderont sur ce terrain ils ne rencontreront pas grande résistance de la part de la bourgeoisie qui ne voit à ces promenades qu’une soupape ouverte à l’agitation ; le jour où les révolutionnaires s’attaqueront directement aux propriétés, quand ils en seront à fouiller dans les caïsses, à éventrer les coffres-forts, à s’emparer des billets de banque de la bourgeoisie, oh ! alors ils auront en face d’eux des tigres, des sauvages, des êtres féroces, qui se livreront aux moyens les plus insensés pour résister, pour défendre leurs trésors, et les travailleurs seront obligés, pour calmer ces épyleptiques bourgeois, non de leur passer la camisole de force, mais de les isoler du sol, suspendus par le cou. Cette position assez élevée aura sans doute le don au moins de calmer ceux qui l’occuperont puis de donner à réfléchir à ceux qui y auraient quelques prétentions.
Nous allons à ce sujet offrir une bonne occasion à la bourgeoisie de se distinguer, cette occasion la voici :
A l’instruction laïque, etc., etc., du gouvernement, le *Journal des curés et des put....* oppose l’instruction germinicale, donnée au moyen d’une immense souscription, eh bien, en opposition à celle qui a réalisé les fonds pour la cassette d’honneur, à camescasse-cu, qu’elle en oppose donc une autre pour l’achat de bouledogues d’honneur qui seront distribués à tous les révolutionnaires décidés à canarder les exploiteurs et il verra, ce journal, si les inscriptions des titulaires de ce joujou lui manqueront, nous lui offrons, à cette feuille, un joli moyen de donner des renseignements positifs à l’administration.
Vous verrez qu’elle n’en fera rien.
Pour affirmer une fois de plus l’influence de la tactique révolutionnaire, nous allons relever encore un autre petit fait qui a bien aussi son importance.
Il paraît que la commission exécutive d’une grève avait eu besoin d’une audience de l’un des ministres du Gouvernement actuel, audience qu’elle aurait obtenue et que le jour où cette commission se présenta pour conférer, ledit ministre était absent, on pria donc les délégués de vouloir bien attendre. Ceux-ci auraient répondu qu’ils n’étaient pas plus aux ordres d’un ministre que de qui que ce soit, qu’il se retiraient, n’ayant pas de temps à perdre ; jusque là, rien que de très ordinaire ; mais voici où apparaît l’influence de la manière de faire des révolutionnaires, c’est que ces délégués étaient à peine rentrés au siège de la Commission qu’un cuirassier en ordonnance venait leur annoncer par un pli que le ministre les attendait, ce à quoi les grévistes répondirent à nouveau qu’ils n’avaient pas le temps de se déranger, qu’ils aviseraient si plus tard cela était nécessaire.
Est-ce que cette révolution des délégués n’a pas sa valeur ? Est-ce que cette anecdote ne porte pas en elle sa signification ? Nous croyons que si. Aussi ne nous y arrêterons-nous pas plus longtemps, nous dirons seulement qu’il faut bien que l’on se soit enfin aperçu qu’on était obligé de compter avec les révoltés de l’ordre social, car les gouvernants savent de reste que le jour de la bataille toutes les divergences d’écoles s’effaçent pour courir sus à l’ennemi commun et ils ont raison de penser ainsi, car pour la classe productive il n’est qu’un ennemi : le Capital qui engendre l’autorité.
Veut-on encore une preuve de l’influence de cette propagande ? elle est dans un fait que le lecteur connait déjà. Ce fait, c’est la démission d’un ouvrier conseiller municipal de Puteaux, déclarant en pleine réunion qu’il était las de sa situation où il ne pouvait rendre aucun service, que le terrain parlementaire était un leurre et que la seule propagande par le fait devait grouper les éléments révolutionnaires.
En face de ces résultats insignifiants pour quiconque ne suit pas attentivement le mouvement révolutionnaire, mais décisifs pour l’homme attentif, quel plus beau rôle, quel plus belle mission que de se faire les justiciers du peuple ? quelle plus belle besogne ? Chercher dans un temps troublé comme celui que nous traversons, dans une société corrompue comme celle où nous vivons, les abus, les iniquités, et au péril de sa liberté, de sa vie même, aller frapper les coupables afin de jeter un peu d’espoir dans les masses découragées.
Ah ! oui c’est un beau rôle ! perilleux, peut-être, mais auquel les dévouements ne manqueront pas, cela est certain, dès que les faits accomplis auront succédé aux faits accomplis, en un mot dès que les actes des justiciers auront, semblables à un éclair, sillonné le monde, nous verrons, non plus des bataillons, mais des légions se lever contre le vieil édifice social, contre cette meurtrière organisation et ensevelir tous les membres gangrenés sous ses *ruines fumantes*.
*** VII
Sous ce même titre, nous avons publié quelques articles dans lesquels nous avons, croyons-nous, suffisamment établi qu’il était indispensable au parti révolutionnaire de constituer une caisse de résistance, en prenant les fonds nécessaires dans les coffres-forts des détrousseurs du prolétariat ; l’argent étant l’arme la plus puissante dans la lutte existant entre les affameurs et les affamés.
Nous avons aussi démontré que les grèves ne pourraient être profitables qu’autant que les grévistes se décideraient à égaliser les chances de la lutte, par la compensation des moyens, en imitant leurs adversaires, c’est-à-dire en ne tenant aucun compte des individus ni de leur situation, en opposant enfin les ressources que la science met à leur disposition, aux forces gouvernementales derrière lesquelles le patronat s’abrite.
Nous avons enfin, selon nous, prouvé la nécessité pour les travailleurs de donner toutes satisfactions aux haines allumées en leur cœur par les ignominies dont leurs patrons les font victimes, de donner libre cours aux vengeances que les misères endurées ont pu faire germer en eux.
Les développements que nous avons donnés à ces théories auraient largement suffi à nous faire comprendre si les esprits n’avaient pas été aussi oblitérés par l’inepte morale, produit du milieu social actuel, par ce respect imbécile de la propriété, par cet abaissement de l’être chez qui l’organisation bourgeoise a tué la dignité et à qui elle a ôté tout courage en lui voilant le droit sacré de se faire justice lui-même.
La dignité, le courage, l’énergique volonté sont des vertus qu’il est nécessaire de faire revivre dans le milieu prolétarien par de salutaires exemples.
Comme nous l’avons dit précédemment, la campagne entreprise porte ses fruits, l’on sent le réveil sourdre dans l’air, ne nous lassons donc pas de crier aux nôtres :
Ne permettons plus à personne de vivre de notre labeur et hâtons-nous de reprendre à ceux qui nous ont volé le produit de ces vols accumulés, ne répudions aucun moyen pour atteindre ce but, sans cela c’en est fait de nous.
Est-ce que chaque fois que le prolétariat s’est levé pour appuyer ses revendications la bourgeoisie n’a pas noyé les défenseurs dans des flots de sang ? Eh bien donc, que les agissements passés de nos ennemis nous servent d’exemple et frappons aussi sans pitié, nous ferons au moins, nous, justice d’individus qui sont la plaie de l’humanité.
Si nous fondions un organe quotidien, sous notre titre, nous écririons en lettres énormes.
*Débarrasser la terre d’un exploiteur est un acte méritoire.*
*Enlever à un ennemi toutes ses ressources est un devoir sacré.*
Ces théories, nouvellement exposées ont tout d’abord semblé insensées, mais elles ne sont que justes, on le reconnaît, nous l’avons dit, car nous n’avons crié tout haut et écrit dans le *Droit social* en lettres flamboyantes que ce que tous les travailleurs pensent tout bas ; eh bien, puisqu’ils le pensent, ils le mettront en œuvre.
Quel est donc l’être capable de subir une insulte sans qu’il surgisse en lui une idée de vengeance ?
Quel est donc l’être qui se laissera dépouiller sans chercher à punir le détrousseur ?
Il n’en est pas, est-ce donc parce que ce sont les patrons qui insultent et qui pillent que l’on n’oserait pas contre eux ce que l’on ferait à un vulgaire voleur ?
Ce qui a, jusqu’à ce jour, éloigné les travailleurs de cette satisfaction aussi douce que nécessaire, et qui devient, de jour en jour, plus nécessaire, c’est, nous l’avons dit, le respect que nous avons tout à l’heure qualifié d’imbécile, — oui nous devons le reconnaître, jusqu’alors les travailleurs se sont attardés derrière le respect des institutions vicieuses de cette société pourrie, condamnée à mort. Secouons ce préjugé et habituons-nous à prendre, où nous les trouverons, les choses nécessaires à la vie quand le travail auquel nous offrons nos bras ne nous les donnera pas. Ce faisant, arrive que pourra.
Sans cesser de crier ces conseils aux meurt-de-faim, nous allons entrer dans un nouvel ordre d’idées qui certainement ont leurs puissantes raisons d’être.
Propagateurs des idées d’affranchissement et des moyens d’arriver à ce but, nous n’aurions pas accompli notre tâche, nous n’aurions rien fait enfin, si nous ne parvenions pas à préparer les cerveaux prolétariens, non seulement à admettre ces théories, mais encore à les approfondir et à creuser les multiples nécessités que la lutte suprême réclamera ; car elles sont terribles ces nécessités puisqu’il faudra qu’elles priment les forces coalisées du capital ; il faut donc que les hommes y soient préparés afin de les accomplir dans toute leur ampleur et sceller enfin leur délivrance.
L’exposé, mais l’exposé seul de ces théories, a été fait jusqu’ici et cela a suffi à faire trembler la bourgeoisie. Que sera-ce quand nous en serons à la pratique ?
Nous allons essayer, non de tracer un cadre dans lequel l’action révolutionnaire devra se mouvoir, mais nous allons essayer de dire ce qu’à notre point de vue, il serait utile qu’il soit fait dans tous les groupes, dans toutes les localités où il existe un révolutionnaire.
1. On devrait relever un état sérieusement dressé du nom, de l’adresse de tous les huissiers, notaires, avoués, archivistes, etc., de tous les établissements, en un mot, où il peut exister des titres de propriété, pour que, dès la première heure, les groupes n’aient pas à chercher leur centre d’action, ces officines étant appelées à disparaître.
2. On devrait également avoir un état rigoureux de tous les dépôts ou magasins où seraient groupées des matières inflammables, en ayant soin de relever les quantités que chacun d’eux a de disponible habituellement ;
3. Faire le même relevé pour les produits propres à la fabrication des matières explosibles ;
4. Puis enfin étudier les moyens de se procurer des armes à feu, qui, quoique considérées comme de simples auxiliaires, n’en sont pas moins indispensables. Ce travail préparatoire terminé, les groupes doivent faire le nécessaire pour que leurs membres s’initient à la fabrication de tous les produits et engins destructifs de façon qu’au besoin chacun soit suffisamment armé.
Toutes ces précautions prises, ces études achevées, supposons qu’un évènement politique ou économique se produise dans de certaines conditions qui déterminent un mouvement populaire : — Chacun sait qu’aux premiers cris de révolte, aux premiers cliquetis des armes, il y a toujours une foule anonyme, avide de jouissances et de vengeance qui accourra aussitôt remuer des pavés derrière lesquels la vieille lutte se réengagerait encore sans autres résultats que des victimes fournies par le peuple, si les révolutionnaires conscients n’avaient pas pris leurs mesures.
Ces mesures leur permettront, pendant que les forces gouvernementales courront à l’assaut des barricades, d’aller, eux, faire la révolution économique, c’est-à-dire détruire les titres de propriété, s’emparer de l’outillage et faire main basse sur le numéraire, afin qu’en cas d’échec, la bourgeoisie ne puisse plus, ou bien difficilement, reconstituer son ancien état de choses, et que les lutteurs ne soient pas le lendemain à la merci de la misère.
Les maisons imprenables, la dynamite en aura raison et les flammes devront anéantir toutes ces paperasses poudreuses, cause de tous les maux de l’humanité.
Quelle plus belle œuvre ! pendant que dans la lutte naissante les armes de la bourgeoisie porteront la mort dans les rangs du peuple, éclairer le champ de bataille de flammes sans nombre, répondre à leur canon par la détonation terrible de la dynamite.
Ah ! vieux monde ! Ah ! société ignoble ! nous te ménageons un spectacle digne de toutes tes horreurs passées.
Oui, va ! bourgeoisie maudite, tu as fait grand dans tes massacres de prolétaires ; sois tranquille nous t’égalerons si nous ne te surpassons pas.
Le prolétariat est ta vie, la source de ton existence, tu ne peux le détruire, toi tu es le chancre qui lui vole sa sève, il te fera disparaître.