L'âge adulte n'est pas seulement imposé socialement mais plutôt une carence, la perte d'une vie qu'ils ne laissèrent pas se développer, de cette vie plus chaude que revendique Amparo dans ce livre.
C'est pour cela qu'il me paraît important de dire quelque chose sur la dégradation de la maternité. Pardeque — et je cite les mots de Amparo — "ce sans une maternité patriarcale, qui invoque aux nourrissons leur capacité de faire" doivent depuis leur tendre enfance, qui bloque leur potentiel érotico-vital et de la canalise jusqu'à "ce qu'ils doivent être", ce qui pourrait opérer la loi du Père qui symbolise et découple d'une force plus minutieuse de "ce qu'il doit être".
Nous savons par d'innombrables études réalisées qu'un moment donné de notre histoire la consolidation du patriarcat rend nécessaire une profonde transformation de la maternité en un double sentiment : d'un côté, sa dégradation sociale, délestant la fonction maternelle de son importance, son espace, et sa considération dans les tâches de la collectivité ; si les femmes veulent maintenir un statut de supériorité comme mères, elles doivent remettre leurs nourrissons, celle du corps féminin, affirmant de cette manière une autre condamnation, comme si les impuretés devaient être occultées, si on veut être une femme jouisse d'une certaine considération. Ainsi, l'on passe d'une maternité agréable et sexuelle, symbolisée par ces petites statuettes de femmes avec les seins à l'air, avec des enfants dans les bras ou avec des serpents, symbole de la maternité maudite par Jéhovah, qui est un esclavage social et une douleur physique. De Ève pécheresse à Marie la mère vierge symbole de la pureté, sans plaisir, de l'anti-sexualité et de la douleur. Cette transformation devait nécessairement arriver accompagnée d'un sentiment de dévalorisation envers le corps féminin, et ainsi commence l'histoire de la mysoginie.
Comme dit Romeo de Maio, "l'histoire du corps féminin est une lliade de souffrances" : clitoridectomie, infibulations, lapidations, bûchers, ceintures de chasteté, etc. Et cette liliade est mise à servir pour faire fonctionner notre corps, stabiliser notre corps, sans sentiments, comme machine reproductrice au service des pères.
Nous fûmes condamnées à enfanter dans la douleur et à vivre nos grossesses avec un travail multiplié, et bien entendu, à supporter cette peine, rigides, tendues, sans une pénétration si nous sommes prises de panique et pour me lubrifiant, nos maternités sont douloureuses.
Et nous avons aussi été condamnées à être des bébés maltraités et abandonnés, à naître de mères patriarcales, de corps insensibilisés à travailler et à être à la fois multiple objet comme désir et d'amour.
C'est seulement quand la maternité arriète d'être une violation du corps de la femme et devient plaisir, quand il cesse d'être esclavage et devient mode de vie et de joie de la sexualité féminine, quand nous commençons à être poussée par le désir de nos entrailles et non par révérence au mandat patriarcal, alors nous pourrions vivre cette vie plus chaude que les plaisirs qui n'ont pas de nom, cette relation érotique dont les créatures que nous sommes ont besoin et à laquelle Amparo fait référence.
Voici un siècle que fut entamé le chemin de la libération sexuelle de la femme, mais uniquement dans le sens de la complémentarité de la sexualité masculine, ils nous ont ramenés vers un modèle de sexualité féminine qui exclut toutes les autres orientations de nos corps. Notre sexualité est cyclique et nos cycles ne sont pas des mêmes circulaires, répétitifs, mais en évolution, forme de spirale, élargissant ainsi l'affirmation de la vie. Cette vie libérée, cette élection sélective de la vie de la femme est possible parce que, parmi de nombreux autres mécanismes de discrimination et de reproduction du rôle féminin, nous avons enraciné en nous la sublimation de l'amour charnel, nous avons substitué cet amour par un amour spirituel sacrifié, comme on a l'habitude de le dire, "capable de tout lui donner en échange de rien", et ceci est le piège émotionnel qui rend la femme esclave.
Cela fait des millénaires que nous accouchons dans la douleur, et cela sera difficile de récupérer notre potentiel sexuel : c'est un défi que les femmes doivent accepter. L'option individuelle de rejeter cette maternité patriarcale est très actuelle mais ne doit pas servir à éluder notre responsabilité de lutter pour libérer la maternité et pour recouvrer son espace social. Nous ne ferons pas seulement changer les choses en substituant l'esclavage individuel à l'esclavage patriarcal de la maternité, car la renonciation individuelle à la maternité continuera à faire naître des femmes esclaves, dans la douleur et la répression.
Il y a des milliers de mensonges et d'erreurs à démolir, depuis ceux qui font référence à notre corps — personne ne nous dit que l'utérus est un "nid" que notre corps prépare chaque mois pour accueillir éventuellement un organe sexuel — jusqu'à ceux qui prétendent qu'il est normal qu'un enfant pleure. Christiane Rocheford dit que personne, aucune créature ne pleure sans raison. Mais nous devons, nous savons qu'il n'est pas normal que les bébés pleurent, qu'il n'y ait pas de désir, la compassion seule nous empêcherait d'accomplir notre rôle de mères patriarcales. Sans cette compassion, il ne serait pas possible qu'il manque tant de compassion.
Ou comme cet autre mensonge, selon lequel il ne faut pas porter les bébés, "car ils s'habituent" à la chaleur, à la tendresse — une "mauvaise habitude". Et cela, c'est incompatible avec l'endurcissement nécessaire pour nous adapter aux conditions nécessaires à la compétitivité, à la volonté de dominination et à l'exploitation, et à résister pour accepter son poste dans l'échelle hiérarchique de la domination ; et l'amener à accepter, pour ensuite obéir et se soumettre, à survivre dans le champ de bataille de la société patriarcale.
Il ne faut pas oublier que nous avons rentré dans le plus profond de notre inconscient la maternité patriarcale. La force de la vie est si grande que malgré l'interdiction de l'amour charnel avec les nourrissons, les nourrissons ont dû être élevés au rang de tabou — le tabou de l'inceste — pour faire fonctionner le corps féminin comme une machine. Comme disait Amparo : "Il n'est pas là en vain le tabou de l'inceste, qui bloque l'aspiration à la fusion avec 'la chair de ma chair', c'est le grand cerbère du système hiérarchique patriarcal-expansif et réglementé en accord avec le système hiérarchique patriarcal."
Si nous cherchons à nous sortir de la perspective androcentrique à travers laquelle nous sommes habituées à voir les choses, l'image des nourrissons que nous avons soumis au sein de plastique et à des bouts de sucette est un symbole de cette maternité dépréciée, de cette carence, de la violation du corps de la femme et de l'abandon des nourrissons ; ce sont deux faces d'une même pièce et, d'une certaine manière, cela nous touche aussi dans notre propre corps, parce que nous avons aussi été des nourrissons qui habitent encore en nous. Ainsi donc, il ne faut pas nous trahir sans même nous en apercevoir. Il nous reste encore en nous, de quelque manière, l'enfant que nous avons été, et nous sommes sans doute encore aussi le pacte adulte qui rompra plus le reste pour notre indépendance et pour une meilleure qualité de vie.
Après le débat exposé dans la présentation de "Penser l'histoire au ras de la peau", je voulais ajouter quelques mots en défense d'une rationalité féministe, ou si vous voulez, d'un mode de raisonner anti-patriarcal.
Il y a une série de principes considérés comme "rationnels" et inhérents à notre condition d'êtres humains, qui nous sont présentés comme incontestables, comme la "rationalité", ou le bagage commun à tous et à toutes.
Par exemple, cette raison que nous donna Freud selon laquelle la répression des bébés est nécessaire pour la civilisation. Effectivement, cette répression est nécessaire... pour une socialisation qui implique l'acceptation de l'autorité, la hiérarchisation des êtres humains, la guerre, les principes de territorialité, la compétence, l'exploitation, l'accumulation de biens, etc.
Et maintenant ? Accepterons-nous ce mode de coexistence humaine comme le seul possible ? Allons-nous admettre que la Loi du Père est la seule forme possible de civilisation ? Si ce n'est pas le cas, pourtant, devons-nous accepter un raisonnement qui dit que les nourrissons ne peuvent se civiliser et être humains que par la seule voie de la répression ? Pourquoi ne pas interroger, comme le fait Amparo, ce stade adulte construit sur la répression de l'enfant ? Pourquoi ne pas penser une autre voie ? Pourquoi ne pas repérer les mères non patriarcales qui, au lieu de réprimer leurs nourrissons, les traiteraient d'égal à égal et respecteraient leurs nécessités réciproques de confusion charnelle et de tendresse ? Ne serait-ce pas une autre civilisation, une autre humanité, une autre rationalité possible ?
Nous ne pouvons accepter l'hérédité de la raison sur laquelle est basée la société patriarcale. C'est une chose que d'accepter des raisons pensées dans le but d'éradiquer tel ou tel aspect de la société patriarcale, ou qui pourraient servir à mettre en évidence des tissus de mensonges, et il en serait une autre d'accepter la rationalité construite ces deux derniers siècles pour donner une couverture scientifique à la malédiction biblique avec tous ses mythes, tabous et interdictions. Mais malgré toute la Science et l'Illustration, la rationalité continue à imposer la loi du Père du foi aux nourrissons.
Nous avons tant accepté les raisons patriarcales, le savoir académique qui climate l'ordre établi, que nous ne savons plus penser qu'en partant de cette rationalité. C'est pour cela que, parfois, ce n'est pas bon de ne pas savoir penser qu'en parlant de cette rationalité, mais il est certain que ces sentiments nous poussent parfois à interroger à écouter, à sentir, à travers d'autres vies malgré tout, les plus solides et les plus sacrées interdictions. Il est certain que ces sentiments nous poussent parfois à interroger les raisons les plus solides et les interdictions les plus sacrées. Et c'est ce que nous demande Amparo dans son livre "Penser l'histoire au ras de la peau". Ceci, bien entendu, ne veut pas dire que nous renoncions à la rationalité, mais que nous voulions une raison antipatriarcale, ou un mode de raisonner anti-patriarcal, si vous voulez.
Pour que ce projet se mette en marche et prenne corps, nous invitons toutes les personnes décidées à collaborer ou à s'intégrer à se mettre en relation avec nous et à nous apporter des critiques et des propositions à notre "programme".
Idem pour ceux qui veulent simplement venir nous voir.
Salut !
Colectividad "Los Arenalejos"
Lista de Correos
29 567 Alozaina (Malaga)
España
- Amparo Morena, Pensar la historia al ras de la piel — arquetipo viril protagonista de la historia, ejercicios de lectura no androcéntrica, Editorial Lasal, Barcelone, 1987.
- Amparo Morena, La otra "política" de Aristóteles, Editorial Icaria, Barcelone, 1988.
- Amparo Morena, texte à la Asociación Antipatriarcal, Boletín de la Asociación n° 4, décembre 1989.
- María Zambrano de León, Editorial Icaria.
- Alicia de Maio, Editorial Kondadori.
- Christiane Rocheford, "Sujer y el renacimiento", Editorial Kondadori. - Casilda Rodrigáñez, Editorial Anagrama.