Des femmes revendiquent avec acharnement la propriété de leurs enfants, en opposition aux droits éventuels des pères. Il s'agit de femmes qui ont conscience des nécessités de lutte féministe, qui ont fait du chemin dans ce sens, qui sont même souvent engagées. Leur prise de conscience et leur lutte passent -comme pour nous toutes- par la revendication de son corps pour soi-même, ce qui veut dire entre autre : fin de l'esclavage sexuel, propriété de son propre ventre, refus du patriarchat.
Ainsi se considèrent-elles comme seules habilitées à l'éducation des enfants par elles mis au monde, et comme ayant seules des droits sur eux. Aussi retombent-elles presque inévitabmement dans l'esclavage de la maternité, celui là même contre lequel elles luttent, et nous avec elles.
Nos mères ont été possessives pour garder en leur pouvoir affectif ces enfants qui étaient leur raison d'être et sur lesquels, seul, le père avait légalement des droits.
Les femmes se sont battues pour arracher ces droits inadmissibles aux seuls pères, au nom du droit imprescriptible qu'elles ont sur leur ventre. Le pouvoir qui n'appartient qu'aux femmes de mettre les enfants au monde est certes un potentiel de lutte. Mais peut-on UTILISER des enfants ? Devons-nous revendiquer des droits sur nos enfants, ou plutôt nous poser la question du droit des adultes sur les enfants, êtres humains à part entière ?
Pourtant, les enfants en tant que tels, sont en partie dépendants des adultes (même si ce fait de dépendance est beaucoup plus limité que notre société nous le laisse penser) ; dans quelle mesure donc avons-nous des responsabilités envers les enfants sans avoir des droits sur eux ?
Nous ressentons comme injuste et appauvrissant l'exclusion des hommes du projet éducatif. Mais comment le faire avec eux ce projet ? Si même un homme prend sa part réellement (torcher, nourrir, se lever la nuit) dans l'éducation d'un enfant, le lien privilégié entre la femme et l'enfant que crée la maternité physique est-il surmontable ? Et ce n'est pas un projet communautaire d'éducation qui peut alléger ce problème.
Nous pouvons aussi concevoir d'élever nos enfants seules, en se battant pour obtenir des structures sociales nous permettant d'échapper à l'esclavage maternel (crèches etc...) ; attention ! un droit de plus de l'Etat, de l'Entreprise sur nos gosses !
Nous sommes nombreuses à ressentir ces questions comme insolubles et à ne trouver comme solution qu'une échappatoire dans le refus individuel de la maternité. Parce que nous avons peur d'élever nos enfants seules, de les posséder et, du coup, de nous faire bouffer par eux.
Et nous avons quand même envie de porter des enfants, de les mettre au monde, de les élever, de les aider vers la liberté.
Nous sommes sûres de ne pas vouloir faire d'enfants, et pourtant la stérilisation nous parait un choix très difficile que nous reculons au maximum.
On nous avait prédit avec la contraception et le mouvement féministe un monde dépeuplé, dominé par des amazones dénuées de tout sentiment maternel.
Et bien non ! Nous avons envie de faire des enfants, de les élever. Quitte à les élever seules et à retomber dans l'esclavage maternel, quitte à refuser finalement la maternité par crainte de cet esclavage. En sachant bien dans les deux cas que ce n'est pas la solution, qu'il n'y a pas de solution.
Pourquoi voulons-nous des enfants ?