Vendredi 20 octobre 1978 : réunion à l'Agéca organisée par la "Revue d'en Face" et "Questions Féministes" sur l'attitude des féministes face au viol et sur les actions que les femmes voulaient et pouvaient mener.
On s'apercevra très vite que le mouvement des femmes se ressent de la rareté des débats et de rencontres, car dès le début de la discussion, le manque de réflexions communes se fait sentir ; en effet les groupes femmes ont évolué de façon interne sans qu'un débat ne soit mené à l'extérieur. Deux courants d'idées s'opposent :
les inconditionnelles des assises, soutenues par le comité anti-viol, qui ne se posent aucun problème sur la justice et l'emprisonnement. Le fait même de poser ce problème leur semble une offense aux "violées".
les autres, plus hétérogènes, sans idées précises, sans solutions mais dont le recours à cette justice bourgeoise ne convient pas.
Qu'est-il sorti de cette réunion ? RIEN
Et il ne pouvait rien en sortir.
puisque pour le comité anti-viol s'est, encore et toujours, défendre le mec que de poser le problème de l'incarcération.
puisque ce même comité répond qu'"on n'est pas là pour s'occuper du problème de la justice" quand on parle de justice bourgeoise répressive.
Il est vrai que c'est grâce à cette campagne juridique contre le viol et aussi parce que des femmes se sont battues pour qu'on reconnaisse le viol en tant que crime, que des femmes violées ne se taisent plus, ne se sentent plus coupables mais au contraire veulent lutter contre cette oppression qui se fonde sur la possession de la femme par l'homme
Evidemment nous - femmes libertaires - nous ne voulons pas avoir recours aux institutions bourgeoises. Si en tant que libertaires, nous les récusons et nous luttons pour leur destruction, ce n'est donc pas pour les appeler à l'aide même face au viol.
Alors que proposer concrètement ?
pratiquer l'auto-défense
faire des actions contre la presse sexistes
détourner les publicités (affiches dans le métro dans la rue)
éduquer les enfants sous d'autres critères que gentille et soumise pour la petite fille et viril pour le petit garçon.
Ne plus être sifflées dans la rue !
Mais toutes ces actions ne sont que préventives. Et que faire face à la révolte et à la colère d'une femme qui vient de se faire violer ?
Dans notre groupe, certaines sont pour une action directe telle que
bomber sur les murs du violeur
badigeonner le mec avec de l'encre indélébile
ou toute autre forme d'action violente et marquante
Mais d'autres pensent que ce type d'action conduit à la délation - méthode de collaboration préconisé par l'état et la police pour maintenir son ordre.
Par ailleurs, l'auto-défense peut se transformer rapidement en justice populaire ou simple vengeance, ce qui est le recours actuel de la petite bourgeoisie fasciste.
D'autres actions ont peut-être plus d'impact
porter plainte systématiquement à chaque fois qu'une se faisait accoster (action de femmes du 1er arrondissement
montrer avec banderoles et tracts que la rue appartient aussi aux femmes, comme l'ont fait les femmes du 10e à la suite de viols commis dans cet arrondissement.
D'autres alternatives, nous satisfaisant en tant que femmes libertaires verront peut-être le jour au fur et à mesure de nos pratiques.