#title Rapport du 22 août 1882 #author Commissaire Perraudin #SORTtopics espionnage, France, Internationale noire, naissance de l'anarchisme, police, rapport de police, Suisse, Lyon, Fédération jurassienne, Élisée Reclus, illégalisme #date 22 août 1882 #source extrait le 5 septembre 2026 de la collection d'[[https://anarchiv.wordpress.com/][*Archives anarchistes*]], tiré du dossier de police "4 M 307 " aux AD du Rhône #lang fr #pubdate 2026-09-05T09:09:36
« Le signal de la révolution ne sera pas donné par la France. — Il le sera avant deux mois par la Russie, car à cette heure les jours du Czar sont comptés. Comme beaucoup le croient, la révolution Nihiliste ne sera pas constitutionnelle, elle sera purement anarchiste, je le déclare ici hautement. »C'est à ce moment que le délégué de Montceau-les-Mines aurait prononcé ces simples paroles :
« Ce n'est pas dans deux mois que la France donnera le signal de cette révolution : c'est demain. Chargé de m'enquérir si les principales villes de France sont prêtes à la faire, cette révolution, qui aura l'honneur d'être inaugurée par Montceau-les-Mines, je regrette de voir que les organisations, de part et d'autre, sont loin de répondre à notre espoir. »À ces mots, le compagnon Élisée Reclus serait intervenu pour dire qu'une révolution pour être sûre du succès devait être préparée dans les esprits. Le délégué de Montceau-les-Mines aurait répliqué ainsi : « Les mineurs de Montceau-les-Mines vous prouveront avant peu qu'il ne faut pas tant de préparatifs que ça pour déchaîner la Révolution Sociale. » Ces paroles auraient été couvertes d'applaudissements, et la séance aurait été levée après avoir entendu les compagnons Ricard, de St-Étienne, et Sala, de Vienne (Isère), tous deux délégués. Ce dernier accompagné de Farges ou Fayes, également délégué de Vienne, aurait déclaré, de concert avec un délégué de Villefranche dont le nom n'a pas été désigné, qu'au premier signal la révolution sociale ne rencontrerait pas le plus petit obstacle. Les délégués de Vienne auraient ajouté que le parti révolutionnaire était divisé en deux camps : Anarchistes & collectivistes, mais qu'ils s'entendaient à merveille sur le but final et n'étaient séparés que par la question du suffrage universel, accepté par les seconds à titre de moyen d'action préparatoire. Le compagnon Ricard, de St-Étienne, ayant, à cette séance, porté des accusations contre plusieurs membres du comité anarchiste de sa section, la réunion aurait décidé de lui retirer la parole. Le compagnon Boriasse, de la fédération révolutionnaire Lyonnaise, investi d'un mandat indirect des anarchistes de Roanne, aurait déclaré que le parti anarchiste était dans cette ville à l'état embryonnaire mais que beaucoup de Guesdistes & de Broussistes ne tarderaient pas à se rallier à lui ainsi qu'il apparaissait de plusieurs documents déposés sur le bureau (lettres & adresses). Après la séance, à 8 heures du soir, le délégué de Montceau-les-Mines aurait demandé une audience particulière à Herzig et à Tcherkesoff. Le sujet et le résultat de cette entrevue seraient restés secrets. À la reprise de la séance, à 9 heures du soir, aurait été agitée la grosse question de la séparation du parti anarchiste d'avec les autres partis révolutionnaires, socialiste, collectiviste, etc. Le compagnon Herzig, secrétaire de la réunion, aurait demandé s'il y avait des membres du congrès hostiles à cette proposition, et personne n'ayant fait d'opposition, une commission de six membres composée de : Élisée Reclus, Bordat, Vaillat, Michel, Herzig et Tcherkesoff aurait été nommée pour élaborer un manifeste devant faire connaître cette résolution. Cette commission dont le Secrétaire était Élisée Reclus, le géographe, aurait rédigé immédiatement le manifeste en question dans une pièce voisine de la salle de réunions. La rédaction terminée, à 11 heures, il en fut donné lecture et la discussion renvoyée au lendemain. Le lendemain lundi, 14 août, à 10 heures du matin, la discussion fut ouverte sur le manifeste. À la suite d'observations concernant quelques mots et qui entraînèrent des discussions de principe, la réunion aurait décidé que le manifeste avant d'être publié à 200.000 exemplaires ainsi qu'il avait été décidé la veille dans la commission de rédaction, serait publié dans les journaux « L'Étendard Révolutionnaire » de Lyon, et le « Révolté », de Genève, et soumis par leur intermédiaire à la sanction de tous les groupes révolutionnaires anarchistes. Vous trouverez ci-inclus ce manifeste publié dans l'*Étendard Révolutionnaire*, n° du 20 août. Et l'on mit à l'ordre du jour : 1. Les moyens d'action révolutionnaire. 2. Les questions diverses. Les moyens d'action révolutionnaire auraient fourni deux séances entières durant lesquelles auraient pris part à la discussion les compagnons Vaillat, Bordat, Boriasse, Trenta aîné, Valadier, ces quatre derniers de Lyon ; Verner, Barck, Michel et Tcherkesoff. On serait tombé d'accord sur ce point que les moyens essentiels étaient : 1. L'organisation le plus rapidement possible de grèves dans tous les centres industriels ; 2. L'emploi de la Pyrotechnie : Dynamite, etc. ; 3. En cas d'action, la main mise sur tous les officiers de l'armée gardés comme otages et fusillés en partie ; 4. La destruction, par le feu, le pétrole de préférence, de tous les édifices publics y compris les casernes ; 5. Enfin et surtout, de prime abord, le pillage des caisses publiques et des individus possesseurs de fortunes ; la prise de possession immédiate de tous les établissements industriels, des magasins et des centres de consommation. Élisée Reclus aurait combattu le pillage comme devant amener un désordre fatal à la révolution, mais néanmoins cette dernière proposition aurait été votée contre son assentiment. Le délégué de Bordeaux, le compagnon Léglise, aurait fait voter ensuite par l'assemblée une proposition aux termes de laquelle le vol des administrations publiques devait être considéré comme un acte révolutionnaire, après quoi il aurait félicité un anarchiste de Cette, aujourd'hui réfugié en Suisse, lequel aurait volé 112.000 fr. Le lendemain, les questions diverses furent bornées « au rôle qui devait être assigné aux étrangers dans tous les mouvements partiels. » Tcherkesoff aurait fait adopter que les mouvements partiels ne devaient être initiés que par les révolutionnaires appartenant aux pays qui les produisaient, cette tactique étant la seule de nature à ne point neutraliser les bonnes dispositions locales. Avant de clore le Congrès, la commission organisatrice aurait déclaré que tous les membres présents faisaient partie de la Commission exécutive révolutionnaire laquelle serait appelée à Genève si les circonstances l'exigeaient. Entre l'intervalle des deux dernières séances, la Fédération Jurassienne avait organisé une conférence contradictoire à Lausanne, conférence des citoyens Déjoux, ancien gérant du *Droit Social*, réfugié en cette ville, et Bordat, délégué des sections anarchistes de Lyon. Cette conférence présidée par Valadier, de Lyon, et à laquelle douze à quinze cents personnes auraient assisté, n'aurait été qu'une réunion des plus orageuses. Douze orateurs Lausannois s'y seraient fait entendre et le désordre serait arrivé à un tel point que la police aurait dû intervenir. Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire Général, l'assurance de mes sentiments respectueux & dévoués. Le Commissaire Spécial, [signature]