#title L'invasion de Madagascar #author Émile Pouget #SORTtopics France, Madagascar, Le Père Peinard, anti-colonialisme, anti-militarisme, presse anarchiste, anti-racisme #date 1er janvier 1899 #source extrait le 21 septembre 2026 de la collection d'*[[https://archivesautonomies.org/spip.php?article4210][Archives autonomies]]*, en l'occurrence le *Père Peinard* du 1er janvier 1899 #lang fr #pubdate 2026-09-21T17:07:51 Ça va toujours comme sur des roulettes carrées : les pauvres bougres de Malgaches continuent à se rebiffer et ils préfèrent casser leur pipe en se fichant un coup de torchon qu’être écorchés vifs par les envahisseurs. La révolte des insulaires est en permanence dans ce patelin où tant de fistons français ont laissé leur carcasse... et où tant d’autres la laisseront encore ! Turellement, la révolte cessera — il y a une fin à tout ! Elle cessera quand le général Gallieni et toute la racaille envahissante auront exterminé les pauvres bougres du pays. Et foutre, ça pourrait bien ne pas trainer car le dictateur Gallieni s’y connaît à la pacification. Il sait tuer ! Il se prépare au rôle que la cléricaille voudrait lui faire jouer en France : il se fait la main pour nous sabrer et nous mitrailler un de ces quatre matins. Reste à savoir si nous serons assez fausses-couches pour nous laisser étriper ? En attendant, les Malgaches ne sont pas à la noce ! Il y a quelque temps, des gros matadors de l'entourage de la reine gênaient le massacreur Gallieni ; à propos de bottes, ce galonnard les fit foutre au bloc, passer en conseil de guerre, condamner à mort et fusiller. L'opération fut tellement bien réglée qu'avant l'ouverture du conseil de guerre le général Galliéni faisait imprimer le verdict et l'exécution dans son Journal Officiel. Gomme on voit, à Madagascar, le maquillage justiciard est très simple : le général ordonne et les gradés administrent à la victime le verdict qu'on leur a transmis. Ça se passe en famille, — famille de bandits ! C'est kif-kif en France, sauf qu'on y met un peu plus de façons : ici, on assaisonne d'hypocrisie les crimes légaux. Il n'y a pas longtemps, un journaleux a fait la causette avec le général Gallieni, — ça s'est passé autour d'une bouteille de pernod. Le journaleux voulait savoir où en est l'insurrection ? Turellement, le galonnard n'a pas débiné les exactions et les scélératesses que lui et ses sous-ordres militaires ont commises et commettent ; par contre, il a cassé du sucre sur le banditisme des colons. Ces braves colons, — des honnêtes gens, foutre ! — sont d'un sans-gêne épatant : ils s'amènent à Madagascar, ils fouinent un peu partout et, quand ils ont trouvé des terres à leur convenance, sans plus, ils s'en proclament proprios. « Ceci est à moi ! » bavent-ils. Quant aux Malgaches qui cultivaient ces champs ou ces pâturages, les envahisseurs s'en foutent : ils attrapent une matraque et les font déguerpir. Le général Gallieni appelle ce chapardage : *« En prendre trop à son aise avec les indigènes ! »* Oh mais, ça n'effarouche pas le dictateur. Ce qu'il en dit c'est, uniquement, pour faire retomber sur les autres la responsabilité de l'insurrection. Ainsi, sans bondir de colère, il a raconté que *les colons français abusent de sa bienveillance pour exiger que les indigènes travaillent pour eux gratuitement.* Comprenez ça, les bons bougres : les français réduisent les Malgaches en esclavage et, au lieu de foutre des coups de pied dans le cul aux fripouillards qui rétablissent la traite des noirs, le Gallieni se borne à baver *qu'ils abusent de sa bienveillance.* Et le dictateur conclut : « *En un mot, nos colons voudraient simplement exploiter les indigènes à leur profit, sans aucun souci de l'intérêt général...* » L'aveu est aussi franc que carabiné ! Il ne s'agit plus de suppositions : le grand chef lui-même le déclare : tous, tant qu'ils sont, les envahisseurs de Madagascar n'ont vu dans la conquête qu'un joint pratique pour s'emplir vivement les poches.