#title Vive le pognon ! #author Émile Pouget #SORTtopics France, anti-capitalisme, Edouard Drumont, anti-fascisme, presse anarchiste, Le Père Peinard, anti-militarisme, Jésus-Christ #date 1er janvier 1899 #source extrait le 21 septembre 2026 de la collection d'*[[https://anarchiv.wordpress.com/][Archives anarchistes]]*, en l'occurrence le *Père Peinard* du 1er janvier 1899 #lang fr #pubdate 2026-09-21T17:23:00 Hein, les bons bougres, elle est chouette la souscription de la Vile Parole, le torchon à Drumont : 111.976 francs !... Et ce n'est pas fini ! — vaut l'os, nom de dieu ! Et, ce qu'il y a de rupinskoff, c'est que ce tas de pognon a été raqué en l'honneur d'un galonnard... traître peut-être... mais faussaire sûrement ! Y a des types que cette souscription a offusqué. Moi pas ! Au contraire, mille marmites. Bibi jubile de pareil fourbi. Parfaitement ! J'ai reluqué avec un sensible plaisir l'alignement des listes de la Vile Parole et les interjections et les ex-clamations sanguines, barbares et stupidement féroces des souscripteurs. J'éprouvais la même satisfaction à cet épluchage qu'un ornithologue à reluquer un scorpion rare ou un venimeux cobra capella. En effet, y a rien de tel pour donner du ressort à la haine contre les riches, les aristos, les galonnards, que de constater la vacherie indélébile et héréditaire de cette engeance. Le temps passe, tout change, — hormis les channeucrates ! Les ci-devant qui, il y a un siècle, faisaient la roue autour de l'Autrichienne, — avant de se fuiter à Coblentz, Les mêmes ci-devant qui, plus tard, radinèrent d'Allemagne dans les fourgons des alliés, Et les enragés Versailleux de 1871 qui crachaient au visage des communards prisonniers et versaient à la souscription du policier Ducatel.... Toute cette ricaille, c'est même farine ! Les animaux qui, ces jours-ci, ont financé à la souscription Henry sont les frangins de ceux-là ! Est-elle assez rigouillarde cette sympathie qu'affichent constamment les aristos, les ratichons, les galonnards, les riches et autres jean-foutre de la haute en faveur des malpropres crapules qui trahissent et mouchardent ? On a beau dire : c'est là un signe caractéristique de la vilenie des chameaucrates. Les émigrés eurent à la bonne Dumouriez, Marmont et je ne sais combien d'autres traîtres avérés, Les bourgeois gobèrent le traître Lafayette, Les Versaillais portèrent aux nues l'ignoble Ducatel, Et nos jean-foutre en pincent pour le colon Henry. Quoi donc ça prouve ? Ça prouve que les rupins aiment l'ignominie — tout comme les cure-étrons savourent la bouze de vache. Il serait bougrement trop long de raconter, par le menu, l'histoire de tous les traîtres à qui les aristos ont cassé des encensoirs sur le blair. Il est pourtant utile de faire des rapprochements, afin que le populo sache que — de tous temps — les Judas qu'il a méprisés ont été gobés, choyés et dorlotés par les mers de la haute. C'est un enseignement nécessaire. Or donc, faute d'assez de papier je vais me borner à coller en parallèle la souscrip-tion en l'honneur du colon Henry et celle en faveur de Ducatel, le scélérat qui livra Paris aux Versaillais. Il paraît que, dans les temps anciens, la trahison était un mauvais métier. Ça ne nourrissait pas son homme ! On raconte que l'Iscariote livra Jésus pour trente deniers — comme qui dirait quelques pièces de cent sous. Il y avait de la concurrence dans la partie : la gouvernance ayant des mouchards à foison en profitait pour marchander, liarder et les casquer en rabais. Ça n'a pas changé ! La gouvernance continue à lésiner avec les mouchards. Seulement, de nos jours, l'initiative des richards remédie à la pingrerie de la gouvernance : ces jean-foutres sont fiers de faire des rentes aux nouveaux Iscariotes. Evidemment, c'est malpropre ! Mais, de la part des richards rien ne doit nous épater. Ces messieurs ont d'ailleurs l'excuse de ne pas tendre la sébile, des journaleux s'en chargent ! Exemple Drumont. Rien d'épatant de sa part : n'a-t-il pas sous Badinque, mangé au ratelier de la Tour Pointue, alors qu'il collaborait avec le policier Marchal de Bussy ? Or donc, de nos jours, les traîtres n'ont plus besoin d'aller se pendre, kif-kif Judas. C'est vrai que le métier a d'autres inconvénients : ils peuvent tomber sur un rasoir comme le colon Henry.... A part ça, on leur aboule de la galette : les riches leur font des rentes ! Ça s'est produit pour Ducatel et ça se renouvelle pour la glorification du faussaire Henry. En 1871, le Ducatel avait une quarantaine d'années; c'était un ancien sous-off, — il était donc à point pour remuer la casse-role ! Probablement faute de place à la préfecture de police il s'enquilla dans les ponts-et-chaussées où il remplissait les fonctions de piqueur. « Quand vint la Commune il songea à se carapatter ; mais Alphand ayant flairé son tempérament policier lui prescrivit de rester à Paris, de frayer avec les Communards et de les moucharder. » « Il resta à Paris pour faire son devoir, raconta le FIGARO. Quel devoir ?... Se bien conduire selon les circonstances... » Et, mille dieux, l'ignoble Ducatel fit son devoir.... Il le fit même tellement que le torchon des réacs de l'époque, le FIGARO, ouvrit une souscription en sa faveur et pour engager les jean-foutre de la haute à casquer il raconta la *belle conduite* de Ducatel : La batterie versaillaise installée à Montretout bombardait Paris, — un peu à l'aveuglette. Ça fit de la peine à Ducatel de voir que la mitraille esclaffait en pure perte, sans étriper les communards. Pour lors, afin de remédier à la chose, ce digne homme quitta Paris en douceur et se rendit à Villeneuve-l'Etang où était installé le général Douay. Le traître expliqua à ce galonnard les maladresses des mitrailleurs versaillais et lui apporta le plan du seizième arrondissement, sur lequel il avait indiqué l'emplacement des barricades, des batteries, ainsi que tous les travaux de défense des communards. Ce n'est pas tout ! La crapule rentra à Paris et continua son mouchardage : le Ducatel vagabondait dans tous les endroits qu'on bombardait et, kif-kif un piqueur *consciencieux* qui relève exactement le travail de ses ouvriers, il notait les endroits où tombaient les obus, métrait les barricades, mesurait les tranchées et portait toutes ces indications à Versailles ou les assassins en faisaient leurs choux gras. Si abominable que soit tout ça, ce n'était encore que de la gnognotte pour Ducatel : Il voulait un coup de boule... et il se l'offrit le dimanche 21 mai. Ce jour-là, durant l'après-midi, les membres de la Commune se pavanaient au jardin des Tuileries où avait été emmanché un concert monstre. Le moment de musiquer ne pouvait pas être plus mal choisi ! Les Versaillais étaient aux portes de Paris et Ducatel redoublait de zèle : il guignait les fortifs, flairant l'instant propice où il pourrait se payer la grande trahison qu'il ruminait. Justement, il se trouva que la porte de Saint-Cloud était dégarnie de fédérés. La crapule ne rata le coup : il colla son tire-jus au bout d'un bâton et fit signe aux Versaillais de s'amener dar-dar, — ils ne se le firent pas dire deux fois !... Paris était livré ! Cet ignoble traître méritait bien une souscription nationale. Il l'eut ! Le 4 août 1871, le FIGARO battait le rappel et, le premier à s'inscrire était Emile de Girardin qui casquait mille balles. Le 25 août, la souscription se bouclait avec plus de cent mille balles à la clé. Juste : 111.364 fr. 85 ! Comme vous voyez, les bons bougres, c'est dans les mêmes prix que la souscription Henry. Cette dernière a même dépassé de quelques billets de mille la souscription Ducatel. Il est superflu d'ajouter que les souscripteurs pour Ducatel furent du même monde que ceux qui viennent de carmer en l'honneur du colon Henry : de la gradaille comme s'il en pleuvait, des ratichons, de la noblaille, des richards, des parvenus.... Bien mieux, si, avec les pincettes indispensables, on chiffonnait dans le Fig et la VILE PAROLE on ferait de riguillardes trouvailles : à 28 ans de distance on dégotterait d'identiques noms. La bourrique de la guerre, Freycinet, s'est offusqué de voir des noms de galonnards s'étaler dans la VILE PAROLE... et il ne veut pas de ça ! Les trous du cul de républicains l'ont excité à interdire l'étalage des menaces sanguinaires de la gradaille. Pourquoi cela ? Veut-on faire gober au populo que les chefs de l'armée sont ses amis et qu'ils ont fichu au rancard leurs intentions massacreuses ? Allons donc ! Il faudrait être aussi bête qu'un républicain pour croire ça. Les gradés ne changent pas : Il y a un siècle ils foutaient le camp à Coblentz, En 1871, ils prenaient leur revanche de leur lâcheté devant Bismarck en étripant les parisiens. Et aujourd'hui, c'est pareil fourbi qui se mijote : les galonnards aiguisent leurs sabres... et ils préludent aux boucheries qu'ils rêvent par la glorification du colon Henry. Fort bien ! Mais au moins, sachons à quoi nous en tenir : y a rien de plus truffe que d'imiter l'autruche qui colle sa trogne derrière une motte pour ne pas voir le danger. Et c'est pourquoi la souscription de la VILE PAROLE est instructive et le jean-foutre Freycinet a eu tort de vouloir clouer le bec aux galonnés.