Fédération Libertaire des Montagnes (FLM)

Le Chat Déchaîné n°1 - Sur l’importance pour les anarchistes d’embrasser la révolution du Rojava

Feuille d’information et d’opinion de la Fédération Libertaire des Montagnes

28 juillet 2020

      Sur l’importance pour les anarchistes d’embrasser la révolution du Rojava

Sur l’importance pour les anarchistes d’embrasser la révolution du Rojava

“Now that it’s raining more than ever
Know that we’ll still have each other
You can sand under my umbrella”
                                                                                         “Alors qu’il pleut plus que jamais
                                                                                         Tu sais qu’on peut compter l’une sur l’autre
                                                                                         Tu peux rester sous mon parapluie”

Ces paroles de la chanteuse pop Rihanna sont celles que chantaient Anna Campbell, une jeune anarchiste anglaise, et son amie Şilan, militante des YPJ*, toutes deux abritées sous un parapluie. C’était en 2018 au Rojava, sur la ligne de front contre l’armée turque. Le parapluie les protégeait des drones qui auraient pu détecter leur position. Quelques instants plus tard, Anna tombait, touchée par un missile turc. Dans une vidéo enregistrée avant qu’elle parte au front, elle explique sa vision de l’internationalisme et parle des milliers de volontaires parti-es lutter contre le fascisme en Espagne. Elle appelle toutes les personnes qui croient en la révolution, à rejoindre les peuples qui luttent pour créer le monde dans lequel on voudrait vivre. Pour Anna comme pour des milliers de personnes à travers le monde, la révolution du Rojava à ré-ouvert les horizons. Enfermé-es dans un quotidien ou tout est régit par l’état, une alternative au capitalisme est difficile à imaginer. Le cycle des soulèvements populaires réprimés dans le sang semble impossible à dépasser. Les perspectives d’une alternative semblent limitées à des petits groupes de personnes, impossible à étendre à la société toute entière.

La ville de Kobanê au Rojava est devenue le symbole de la résistance contre le fascisme. Après des mois de combats acharnés contre Daech, les YPG et les YPJ* libéraient la ville. Mais Kobanê incarne aussi la révolution sociale du Rojava avec la construction d’un système basé sur la démocratie directe représentant tous les groupes ethniques et confessionnels de la région, la libération des femmes et l’écologie sociale. Si cette révolution a été menée par le mouvement kurde, différents peuples y ont maintenant pris leur place. Groupes révolutionnaires de Turquie, internationalistes anarchistes, communistes ou anti-fascistes se battent côte à côte.

Mais ce modèle défiant les puissances mondiales et régionales qui ont tout intérêt à faire du Moyen-Orient un brasier continue d’être attaqué de toutes parts. Et c’est maintenant le fascisme de l’état turc qui est au premier plan pour détruire le projet social du Rojava. Si cette guerre de basse intensité ne fait pas parler d’elle dans les médias européens, c’est pourtant des attaques presque quotidiennes qui sont perpétrées contre les différentes régions du Kurdistan. Au moment de la rédaction de cet article, l’armée turque bombarde les montagnes de Qandil dans le Kurdistan iraquien. Ces montagnes sont le cœur du mouvement de résistance. Le 18 juin dernier c’est le camp de réfugiés de Marxmur dans le Kurdistan iraquien qui était la cible des bombardements aériens de l’armée turque. Puis le 23 juin, 3 femmes étaient assassinées par un drone à Kobanê. Elles s’appelaient Amina Waysî, Zehra Berkel et Mele Xelîl et faisaient partie de Kongraya Star, l’organisation des femmes du Rojava.

De nombreux-ses militant-es progressistes en Europe débattent pour savoir si la révolution du Rojava mérite ou pas notre soutien inconditionnel. On parle de la nécessité d’une solidarité critique. Pourtant si on s’imagine sur place, notre camp serait plutôt vite choisi car lutter contre le fascisme de Daech ou de l’état turc est une question de survie. Plus qu’un soutien inconditionnel, nous devons embrasser cette résistance contre le fascisme et y prendre part. Après cela, nous aurons le droit et même le devoir de critiquer le processus révolutionnaire pour le faire avancer. La Suisse sert de base arrière à cette guerre notamment car les machines-outils qui permettent à la Turquie de produire de roquettes sont exportées depuis les usines de nos montagnes. Nous avons donc un rôle important à jouer si nous prenons la responsabilité d’ouvrir ce front de la lutte. Nous devons reprendre confiance dans le pouvoir de nos actions et imaginer l’impact que pourrait avoir une grande campagne contre l’exportation du matériel de guerre depuis nos montagnes. En menant des actions disruptives, en créant des liens avec les syndicats des travailleurs-euses de ces usines, en mettant la pression sur les parlementaires pour obtenir des sanctions diplomatiques. Les possibilités d’action sont nombreuses et ont le potentiel de jouer un rôle important dans cette lutte.

Pour tous les groupes révolutionnaires et les anarchistes en particulier, soutenir et apprendre de la révolution du Rojava devrait être une priorité. Créer des liens forts avec les camarades au Rojava et dans les autres régions qui sont en train de construire des formes d’autonomie est primordial. Cela ouvrira également d’importantes perspectives pour avancer les luttes sociales dans notre région.

Cindy

*Unités de protection du peuple et Unités de protection des femmes


extrait le 28 juillet 2026 de wiki-libertaire.ch
FLM, rue du soleil 9 2300 La Chaux-de-Fonds flm.osl@espacenoir.ch, deuxième article du journal du 28 juillet 2020