Fédération Libertaire des Montagnes (FLM)

Le Chat Déchaîné n°1 - Des propositions pour l’avenir

Feuille d’information et d’opinion de la Fédération Libertaire des Montagnes

28 juillet 2020

      Des propositions pour l’avenir

        Evolution et révolution

        L’autogestion

Des propositions pour l’avenir

Parmi le foisonnement des propositions émises par les anarchistes au cours de leur histoire, un nombre important réapparaît dans les mouvements contemporains. Repris ou réinventé, bien des concepts libertaires révèlent leur pertinence aujourd’hui.

Evolution et révolution

Devons-nous attendre le Grand Soir ou faut-il réformer la société morceau par morceau ? Ce débat a longtemps opposé réformistes et révolutionnaires. Les uns préconisent une rébellion spontanée, ou planifiée imposant un changement idéal soit grâce à la vocation messianique des dominés qui naturellement font les bons choix, soit grâce à la science accomplie d’un parti unique imposant sa « dictature prolétarienne ». Les autres s’attachent à se faire élire afin de changer la société de compromis en compromissions dans les règles imposées par les classes dominantes, une économie de plus en plus financière et un jeu démocratique dominé par l’argent et le court terme.

Pour les anarchistes - pas tous évidemment, quand on parle de « doctrine » chez les libertaires ce n’est jamais hégémonique,… donc pour les anarchistes, disais-je, la question se pose différemment. Comment acquérir les connaissances, les pratiques et la base sociale nécessaire à une transformation fondamentale de la société respectant la justice sociale, la liberté, et notre environnement naturel ? Il nous semble que des éléments fondamentaux doivent être admis :

L’autogestion

Gestion directe, autogouvernement et autogestion sont autant d’appellations qui, au cours de l’histoire du mouvement libertaire, ont désigné les notions et les pratiques de cette sorte d’hyper démocratie. Elle désigne à la fois une façon d’organiser les luttes et un mode de fonctionnement au niveau de la gestion des communautés, du travail collectif, de la production et de l’organisation politique du local à l’international.

Le but de l’autogestion est de créer des structures anti-autoritaires donc sans hiérarchie.

On oppose souvent à ce projet que, dans toutes relations humaines, il y a des rapports de domination, d’autorité ou en tout cas d’influence. Peut-être, mais les références à l’absolu ne servent pas à grand-chose dans la vie et sont même le plus souvent nuisibles en nous menant vers la tyrannie voire au totalitarisme. L’autogestion est donc, comme tout idéal de liberté et de justice, un chemin, un projet en perpétuelle construction. « La fin de l’histoire »[1] est une conception absurde qui ne sert qu’à justifier un statu quo visant à protéger les privilèges tandis que son pendant millénariste[2] « révolutionnaire » nous promet des lendemains qui chantent perpétuellement repoussés ou la création de sociétés où les personnes qui n’entrent pas dans le moule sont considérées comme des traîtres et sont persécutées.

C’est pour cette raison que nous devons dès aujourd’hui mettre en place des lieux d’autogestion que ce soit dans les luttes des classes dominées (tels que des syndicats de base) ou dans les territoires et les structures d’actions communautaires[3]. Ces organisations nous permettent à la fois de défendre et d’améliorer nos conditions de vie et de préparer un changement fondamental de la société. Elles nous font prendre conscience de la valeur et de l’avantage de la coopération et de la solidarité par rapport à la concurrence que nous impose le capitalisme. Elles nous permettent de construire une base sociale et une nouvelle culture de résistances dont l’aboutissement pourrait prendre la forme d’une grève générale expropriatrice en cas de mesures répressives des gouvernements et des milices au service du capital.

D‘autre part, l’organisation autogestionnaire des travailleurs, des travailleuses et des activistes environnementalistes et/ou de la scène communautaire permet de peser de plus en plus sur les choix technologiques et industriels. Cet aspect a une importance considérable, plus l’économie est orientée par la logique du profit, plus la transition ou la révolution écologique et sociale sera difficile, comme on le voit lorsqu’on essaie de démanteler une industrie polluante sur le dos de leurs salariés ou que l’on tente de faire changer les habitudes de mobilité dans des zones ou les services publics sont sinistrés.

Agir aujourd’hui pour créer les conditions sociales d’un changement profond de notre société s’avère essentiel, si on veut sortir de la spirale infernale de la logique du profit et de la concurrence qui nous entraîne vers des catastrophes écologiques et la dégradation de nos conditions sociales. Les structures allant dans ce sens se développent de plus en plus. Les partisans de l’autogestion (anarchistes, libertaires ou autres) ont le choix entre une multitude de mouvements dans lesquels ils veilleront à y défendre les principes d’autonomie, d’anti- dogmatisme, de non-discrimination et de participation égalitaire.

Michel Némitz

[1] « Fin de l’Histoire » : Théorie développée par le politologue américain Francis Fukuyama, suite à la chute du mur de Berlin, prétendant que le libéralisme est la structure indépassable de la société.

[2] « Millénarisme » (Christianisme) Croyance dans l’avènement du retour du messie ouvrant le règne de la justice durant mille ans avant le jugement dernier. Par extension ironique il désigne les courants de pensées espérant l’avènement spontané et inéluctable d’un monde de justice.

[3] « Projet communautaire » (concept québécois à l’origine) « L’action sociale communautaire vise le développement et le bien-être de sa communauté à travers sa participation. » Tiré de L’économie sociale de A à Z, Collectif, Editeur : Alternatives Economiques : Paris 2009. Un grand nombre de réalisations de cette sorte existe à travers le monde. En Suisse les centres autonomes, les sleepings, les comités de quartiers solidaires en sont des exemples. A Montréal, il en existe un nombre important dans des domaines extrêmement variés dont des cliniques. Le quartier de la Pointe St-Charles en est un modèle remarquable.


extrait le 28 juillet 2026 de wiki-libertaire.ch
FLM, rue du soleil 9 2300 La Chaux-de-Fonds flm.osl@espacenoir.ch, premier article du journal du 28 juillet 2020