La croyance que les riches font vivre les pauvres et que sans les riches la misère serait encore plus grande est tellement enracinée qu'il faudra un travail énorme pour convaincre les foules de sa fausseté.
Ni les pauvres n'ont besoin des riches, ni les riches des pauvres.
Une organisation raisonnable du travail et la distribution équitable des produits suffiront pour faire disparaître les deux classes qui aujourd'hui constituent la société : producteurs et consommateurs, c'est-à-dire pauvres et riches.
Seule, une grève générale bien étudiée et surtout bien pratiquée pourra conduire à l'âge d'or rêvé par les altruistes passés et présents.
Pour tous ceux qui souffrent aujourd'hui de privations : mendiants, travailleurs, employés, petits commerçants et la grande majorité des possesseurs de titres universitaires, la grève générale sera un bienfait.
Quant aux soi-disant riches, ils continueront à l'être, non seulement on pourra leur laisser l'usage de leurs belles demeures, mais ils obtiendront facilement tout ce qui est nécessaire à la vie.
En ajoutant le superflu au patrimoine universel : sol, sous-sol, et machines, la production pourra satisfaire à toutes les exigences.
Une grève générale est-elle possible ?
— Oui !
Comment pourra-t-elle se produire ?
— Quand un nombre suffisant d'ouvriers et d'employés se sentiront capables d'organiser logiquement la société.
Quelles mesures faudra-t-il adopter dès le premier moment pour assurer le triomphe ?
— Les fédérations de métiers commenceront la production et l'échange seulement lorsqu'auront été arrêtés, démolis et anéantis tous les engrenages qui composent le régime capitaliste : Etat, soutenu moralement par l'Eglise et matériellement par les pouvoirs coercitifs.
Que deviendront tous les employés et fonctionnaires publics au service de l'Eglise et de l'Etat ?
— Etant les plus faibles ils n'auront qu'à s'adapter au nouvel état de choses ; ils seront d'ailleurs les premiers à accepter une organisation qui leur assurera une vie digne sans autre obligation que de contribuer au maintien du régime de solidarité humaine.
Les riches seront plus heureux qu'aujourd'hui, car ils continueront à jouir sans voir souffrir leurs semblables. Les pauvres n'envieront pas les riches, car ils ne manqueront de rien.
5 décembre 1901.
Francisco Ferrer.