#title Communications du groupe Louise Michel
#author Groupe Louise Michel
#SORTtopics anarcha-féminisme, France, Lyon, presse anarchiste, féminisme en France, histoire de l'anarcha-féminisme, capitalisme, philosophie, économie, répression, procès des 66, révolution, L'Alarme, L'Hydre anarchiste, L'Émeute, L'Étendard révolutionnaire, La Lutte, Le Drapeau noir, Le Droit social, Le Défi, manifestes et communiqués
#date années 1880
#source extrait le 4 aout 2026 des documents et titres de presse fournis par [[https://anarchiv.wordpress.com/][Archives anarchistes]] et [[https://archivesautonomies.org/spip.php?rubrique37][Archives autonomie]].
#lang fr
#pubdate 2026-08-04T10:42:25
#notes Liste de communications du groupe Louise Michel-Marie Ferré, le premier ou l'un des premiers groupes anarchistes féminins de l'histoire, dans la série lyonnaise - qui implante la presse anarchiste en France. Les textes vont de simples appels à des réflexions théoriques sur la place, les droits, les discriminations subies, etc, par les femmes dans leur société et au sein du mouvement anarchiste - servant alors de fer de lance à ces idées au sein du mouvement et de la société française. Elles sont en tous cas indicatives de l'entrée des femmes en son sein qui s'effectue alors, dans ce tournant des années 1880. Pour des soucis de clarté, il a été décidé par l'éditeurice de ne pas intégrer les communications de groupes similaires et affiliés, dont au moins deux existent, un à Paris et un à Villefranche-sur-Saône. Par ailleurs, certaines des membres notables du groupe, à l'instar de Fanny Madignier, seront impliquées dans l'attentat de l'Assommoir et la série d'événements menant au procès des 66 et à la manifestation du 9 mars 1883. L'histoire du groupe a été faite en grande partie par *Archives anarchistes* et l'historienne Marie-Pier Tardif, que nous vous invitons à consulter pour approfondir.
*** *Le Droit social* du 12 février 1882
Lyon, 3 février 1882.
Compagnons-Rédacteurs,
Nous apprenons avec plaisir l'apparition du journal *Le Droit Social*, à Lyon.
Nous souhaitons la bienvenue à cet organe révolutionnaire qui soutiendra vaillamment et avec succès la cause de tous les travailleurs et déshérités de la société actuelle.
Courage à vous tous dans cette vaillante lutte.
Salut et prospérité au *Droit Social*.
*Les Femmes Révolutionnaires*.
*** *Le Droit social* du 19 février 1882
**Aux citoyennes**
Devons-nous rester calmes, indifférentes, en face du mouvement social qui se produit, et s'accentue de jour en jour davantage ? Non, citoyennes, il y aurait lâcheté de notre part, de ne pas unir nos forces à celles de nos compagnons de luttes et de souffrances, se dévouant à la cause de tous pour le bien-être général, car comme eux, ne subissons-nous pas la même exploitation, les mêmes injustices, les mêmes iniquités de cette société corrompue qui nous gouverne ? Comme eux, ne sommes-nous pas vouées à la plus hideuse misère, traînant à sa suite les privations, les souffrances sans noms qui lentement déterminent la mort ?
Oui, nous souffrons tous du même mal et nous devons tous combattre pour la même cause, mêlons-nous à la lutte avec d'autant plus de vigueur et d'énergie que nous voulons notre part de revendications dans la Société future.
Jetons un regard sur nos sœurs de Russie. Nos sœurs Irlandaises, sacrifiant leur existence, leur vie à la cause des peuples. Partout la femme marche courageusement, partout elle s'affirme belle de courage, d'énergie et d'abnégations ! toujours on la trouve au premier rang lors d'un mouvement social.
Mais aurions-nous moins de courage, moins d'énergie que ces vaillantes citoyennes.
Nos consciences ne se révoltent-elles pas, ou bien la misère nous accable-t-elle à ce point de ne plus permettre la révolte ?
Oh ! alors, secouons-nous de cette torpeur qui nous envahit depuis si longtemps, sortons de l'inertie dans laquelle nous sommes plongées, et sachons montrer que nous aussi, nous avons soif de liberté ! de justice ! d'égalité ! que nous ne voulons plus être l'esclave subissant le joug d'un maître autoritaire quelconque.
Que nous ne voulons plus être une marchandise qui se vend et qui s'achète, au gré des jouisseurs et repus de la Société actuelle.
Mais aussi, citoyennes, défions-nous de ceux qui prétendent que la femme ne doit pas s'occuper de politique, que sa place doit être dans son intérieur de ménage, et non pas dans les réunions, à ceux-là, disons leur que nous connaissons leur tactique, qui est de nous éterniser dans le néant, afin de mieux diriger en maîtres et nous tenir indéfiniment dans l'esclavage.
Jetons bien loin de nous ces vieux et absurdes préjugés, qui ont toujours contribué à notre perte et à notre infériorité.
Citoyennes, nous vous faisons aujourd'hui un appel chaleureux, appel fraternel, qui sera entendu par toutes les femmes intelligentes comprenant leurs droits et leurs devoirs ayant la ferme volonté de sortir de cette obscurité, de cet affreux chaos où tout n'est que crimes et lâchetés.
Venez parmi nous, citoyennes, tendons-nous la main, associons nos forces, travaillons ensemble à ce que le grand jour de lutte nous trouve prêtes à combattre pour l'affranchissement de tous les êtres humains.
Faisons-nous un devoir d'assister à toutes les réunions révolutionnaires, instruisons-nous, écoutons, méditons, comprenons, et que de partout retentisse bientôt le cri de
**VIVE LA RÉVOLUTION SOCIALE.**
*Femmes Révolutionnaires Lyonnaises*.
*** *Le Droit social* du 5 mars 1882
**Le groupe Louise Michel**
Depuis un certain temps, les membres du groupe Louise Michel sont en butte aux critiques et aux calomnies les plus infâmes, de la part de personnalités jalouses de la bonne entente et de l'union qui, depuis plus de deux années, règnent parmi eux, cela nécessairement dans un but de division et afin de réduire à néant les aspirations saines et solides qui émanent de tout groupe ou société ayant pour bases : la moralité, la justice et l'égalité.
Forts de leur conscience, dans leur réunion de dimanche dernier, les membres du groupe ont flétri à l'unanimité et repoussé avec mépris ces menées provenant sans doute de gens à la solde de ceux qui ont à tâche de détruire les institutions qui amèneront la Révolution ; le groupe a décidé, en outre, ne plus vouloir s'en inquiéter et en donne simplement acte à ceux qui ont toujours été nos amis, cela afin de leur apprendre que contrairement à certains bruits qu'ont fait courrir nos ennemis, le groupe n'a jamais cessé d'exister et qu'il n'a nullement modifié la ligne de conduite qu'il suit depuis deux années.
Notre programme est et a toujours été :
1. Révolution complète dans l'état actuel de la société ;
2. Égalité pour tous les travailleurs des deux sexes ; relèvement moral et matériel de la femme, son affranchissement complet dans la société future.
Pour cela, nous emploierons tous les moyens en notre pouvoir afin d'arriver au plus vite, avec l'aide des prolétaires, à l'avènement de la révolution sociale.
Nous rappelons que le siège social est toujours rue des Fantasques, 12, au 4ème, et que l'on peut y trouver les brochures de Louise Michel dont le produit de la vente est affecté aux travailleurs en grève.
Pour le groupe Louise Michel.
Le Bureau.
*** *Le Droit social* du 12 mars 1882
**Fédération des femmes révolutionnaires lyonnaises.**
Citoyennes,
Une indifférence coupable nous a tenues jusqu'à ce jour sous la tutelle de l'homme ; ne sommes nous pas autant que lui ? ne devons-nous pas, comme lui, avoir place au banquet de la vie ?
Pourquoi cette situation inférieure qui nous est faite, quand nous devrions être l'égale de notre maître : ne partageons-nous pas ses travaux, ses fatigues, comme lui n'aspirons-nous pas à un avenir meilleur, à un avenir de justice et d'égalité ? Rendons-nous donc digne de cette égalité en nous réunissant, en étudiant, en combattant sans cesse, pour l'avènement de la Révolution sociale.
Pour la fédération :
*La Secrétaire,*
Dejoux.
Les citoyennes peuvent se faire inscrire aux adresses suivantes :
Citoyenne Morel, rue d'Austerlitz, 10, au 1er, Croix-Rousse.
Citoyenne Bordat, rue Moncey, 70, Guillotière.
Citoyenne Hugonnard, cours Lafayette, au 1er, Brotteaux.
Citoyenne Dejoux, place Voltaire, 67, au 3eme.
*** *Le Droit social* du 19 mars 1882
**Femmes révolutionnaires lyonnaises.**
Nous venons de perdre une de nos plus ardentes, une de nos plus dévouées révolutionnaires.
La citoyenne Marie Ferré vient de descendre dans la tombe, âgée de trente-quatre ans. Hélas, encore une victime qui va grossir le nombre déjà si grand, de ces vaillants lutteurs déterminés, de ces ardents défenseurs de la cause du peuple qui combattent jusqu'au dernier souffle pour l'humanité tout entière, et qui n'ont pas le bonheur de voir s'accomplir la révolution sociale, telle qu'ils l'ont préconisée, telle qu'elle sera, grande et belle de justice et d'humanité.
Marie Ferré était une révolutionnaire fermement convaincue, énergique et dévouée, on la trouvait toujours au premier rang lors d'une manifestation, ou d'un mouvement révolutionnaire.
On sait avec quelle fermeté, avec quel courage, vraiment stoïque, elle supporta les plus cruelles douleurs, les plus amères déceptions de ce sinistre ouragan d'injustice déchaîné contre elle et les siens. Son frère fusillé en 71 par la bourgeoisie criminelle, par ces tueurs maudits, sinistres buveurs de sang, égorgeant leurs frères pour s'élever et museler de plus belle le peuple agonisant.
Sa mère succombant de douleur et de désespoir à la suite de ces massacres horribles furent, pour Marie Ferré, après tant de courage et de dévouement, les coups mortels qui devaient l'emporter aujourd'hui dans la tombe.
Aussi son unique but son unique désir était la grande révolution vengeresse qui devait laver tous les crimes passés et présents en établissant la vraie justice sociale.
Marie Ferré sera, pour toutes les citoyennes, un exemple à suivre, ses principes révolutionnaires survivront après elle et son souvenir nous donnera une force nouvelle pour la lutte acharnée, incessante que nous jurons de poursuivre jusqu'au jour où le peuple aura enfin brisé ses fers et que sa main vengeresse montrera les coupables, ce jour-là nous nous souviendrons que nos martyrs ont demandé vengeance et notre dernier cri sera encore et toujours, mort aux oppresseurs du peuple, vive la révolution sociale.
En vue de ces faits nous annonçons que sur la proposition de notre amie, la citoyenne Louise Michel, nous substituons le nom de Marie Ferré à celui de Louise Michel, afin que son souvenir survive dans tous les cœurs, et en mémoire de la vaillante citoyenne que nous pleurons et que nous regrettons sincèrement, sous le drapeau de la Révolution nous signons aujourd'hui,
Groupe Marie Ferré
(Ex-groupe L. M.)
*** *Le Droit social* du 2 avril 1882
**Fédération des femmes socialistes-révolutionnaires lyonnaises**
Compagnons rédacteurs du *Droit Social*,
La fédération ayant délégué un de ses membres auprès des citoyennes de Villefranche pour la formation d'une section dans cette localité nous croyons qu'il est de notre devoir d'adresser nos remerciments les plus sincères à ces courageuses citoyennes pour l'accueil qui nous a été fait, pour la rapidité qu'elles ont mise à constituer leur groupe et à accompagner nos déléguées à la gare, drapeau rouge déployé, au cri de : Vive la Révolution sociale !
Encore une fois merci aux révolutionnaires caladoises, nous comptons sur elles comme elles peuvent compter sur nous, et nous marcherons ensemble vers cet idéal de Justice et d'Égalité d'êtres humains par la Révolution sociale et universelle.
Pour la fédération :
*La secrétaire.*
*** *Le Droit social* du 9 avril 1882
**Fédération des femmes socialistes-révolutionnaires lyonnaises**
Les femmes socialistes révolutionnaires lyonnaises expriment leurs sincères regrets de la mort du citoyen Charvieux, ex-trésorier du *Droit social*, et invitent toutes les citoyennes à imiter la persévérance révolutionnaire de ce citoyen qui, jusqu'à sa mort a combattu courageusement pour la cause de la Révolution.
La Fédération.
Pour copie conforme :
Louis Dejoux.
*** *Le Droit social* du 16 avril 1882
**Groupe Marie Ferré**
Compagnons rédacteurs,
Nous comptons sur votre obligeance pour l'insertion de cette note dans le *Droit social* :
Malgré l'espace du temps écoulé depuis la manifestation Blanqui nous ne l'avons point oublié et nous nous empressons d'adresser à la citoyenne Louise Michel la somme de cinq francs, que nous a remis à cet effet le groupe révolutionnaire de la Croix-Rousse, rue du Charriot-d'Or.
Le groupe Marie Ferré y joint également la même somme pour subvenir aux frais du procès intenté par un gouvernement d'intrigants et de voleurs.
Le Groupe.
*** *Le Droit social* du 30 avril 1882
**Souscription pour l'achat d'un revolver d'honneur au citoyen Fournier, de Roanne**
[...]
**Liste du groupe Marie Ferré**
Citoyen Madinier 10 c. Citoyenne Madinier mère 10 c. Une petite fille révolutionnaire de 9 ans 10 c. Citoyen Bruel 10 c. Citoyen Revolon 10 c. Une révolutionnaire anarchiste 10 c. Citoyenne Charles 10 c. Citoyen Joseph Pallait 10 c. Une ennemie des propriétaires 10 c. Une future révolutionnaire 10 c. Un anarchiste 10 c. Citoyenne Pallait 10 c. Citoyenne Madinier 10 c. Citoyenne Jenny Julliard 10 c. Citoyenne Madinier 10 c.
[...]
*** *Le Droit social* du 18 juin 1882
**Groupe révolutionnaire Marie Ferré.**
Les citoyennes du groupe invitent tous les membres adhérents à la Fédération révolutionnaire lyonnaise d'assister à la réunion qui aura lieu lundi soir, à 8 heures, chez Cellérier.
Ordre du Jour :
1. Organisation d'une série de conférences dans la région de l'Est, avec le concours de la citoyenne Louise Michel.
2. Questions diverses.
Nota. — Vu l'importance de cette réunion, nous comptons sur la présence de tous les révolutionnaires lyonnais.
*** *Le Droit social* du 25 juin 1882
Les femmes socialistes révolutionnaires lyonnaises (groupe Marie Ferré) organisant une série de conférences, à Lyon, avec le concours de la citoyenne Louise Michel, font un appel énergique à toutes les citoyennes désireuses de s'instruire et de se secouer du joug de l'esclavage qui les domine depuis si longtemps, en arrivant par la révolution sociale à leur complet affranchissement, à assister à ces conférences qui auront lieu très prochainement. Nous adressons de même cet appel à tous les citoyens.
Nous ferons connaître par des affiches le lieu et l'heure.
Salut et Révolution.
Groupe Marie Ferré.
*** *Le Droit social* du 9 juillet 1882
La série des conférences organisées, dans la région de l'Est, par le groupe Marie Ferré, ont eu lieu successivement à Lyon, à Thizy et à Roanne, avec un immense succès qui a confirmé toutes nos espérances.
Les orateurs étaient la citoyenne Louise Michel et les citoyens Rouanet et Digeon.
A Lyon, à l'Alcazar, les auditeurs étaient près de 4,000 ; à la salle de la Perle ils étaient 1,200 environ.
A Thizy et à Roanne, comme à Lyon, les salles étaient combles.
Partout, les paroles chaleureuses des orateurs ont été saluées par des applaudissements enthousiastes, tandis que des acclamations non moins éloquentes saluaient le drapeau rouge et la magnifique couronne d'immortelle offerte à Louise Michel pour la tombe de Marie Ferré.
Comme il fallait s'y attendre, les conférences révolutionnaires ont été l'objet des attaques misérables de la presse bourgeoise, monarchique ou républicaine. Mais les plumitifs qui les avaient émises au lendemain de la réunion de l'Alcazar, n'ont plus eu envie de les recommencer après l'énergique réponse que leur a faite les conférenciers à la salle de la Perle.
L'immense succès de ces conférences, atteste d'une manière irréfutable les progrès de l'idée révolutionnaire et prouve, qu'à cette heure, la Révolution est déjà même dans beaucoup d'esprits.
*** *L'Étendard révolutionnaire* du 6 août 1882
Compagnons rédacteurs.
Par la fondation du nouvel organe révolutionnaire, l'*Étendard*, vous voulez montrer que rien ne peut abattre le courage de ceux qui protestent et s'élèvent contre les exploiteurs dont la vie n'est qu'une lâche insulte à la misère des prolétaires.
Le *Droit social* est tombé sous les coups de nos exploiteurs, immédiatement vous surgissez ; on nous combat, on ne nous abat jamais ; nous nous redressons toujours et notre force est doublée par la haine et le désir de la vengeance ; bravo, compagnons, la noble tâche que vous voulez poursuivre trouvera des alliés parmi tous les persécutés, la femme, la plus grande victime de l'ordre social, sera avec vous, et, placée à un degré d'égalité absolue, elle vous consacrera son entier dévouement.
Courage, compagnons ; à l'œuvre et rappelons-nous que l'heure approche où la fraternité règnera sur le monde entier.
Vive la prochaine révolution !
Le Groupe Marie Ferré.
**Ligue internationale des femmes révolutionnaires**
Un grand nombre de citoyennes qui ne veulent pour leurs enfants ni du métier de bourreau ni du rôle de victimes, font appel à tous les groupes de femmes et à toutes les femmes n'appartenant à aucun groupe pour former une ligue contre les éventualités de guerres favorables aux ennemis de la liberté des peuples.
Le jour et le lieu de la première réunion seront indiqués prochainement à Paris.
Les femmes courageuses ne seront pas en arrière, nous en sommes sûrs, pour créer des groupes correspondants dans leurs villes ou villages.
Louise Michel, le groupe Marie Ferré de Lyon se tient à la disposition de toutes les citoyennes voulant s'organiser ou faire partie individuellement de la ligue internationale.
Les demandes de délégués ou de renseignements peuvent être adressées chez la citoyenne Labouret, rue Bugeaud, 45, Lyon.
*** *L'Étendard révolutionnaire* du 20 août 1882
**Appel de la Ligue Internationale des Femmes**
Nous faisons un nouvel appel à toutes les femmes révolutionnaires, à quelque pays qu'elles appartiennent, pour former une ligue redoutable pour la destruction de tout ce qui nous fait victime ou esclave.
Que tous les groupes organisés y répondent promptement afin de prendre part à l'action.
Les adhésions individuelles sont également reçues chez la citoyenne Labouret, rue Bugeau, 45.
Le groupe Marie-Ferré.
*** *L'Étendard révolutionnaire* du 27 août 1882
Compagnons,
L'injustice bourgeoise va son train.
Pour avoir tenu haut et ferme le drapeau des revendications prolétariennes, le *Droit social* s'est vu de nouveau condamné indignement dans la personne de nos amis Bonthoux et Crestin.
Compagnons, organisons fortement la résistance, ne nous laissons pas intimider par cette horde bourgeoise dépravée et corrompue qui s'arroge le droit de juger et condamner des hommes dont le seul crime est d'avoir pris en main la défense du peuple et mis à jour toutes les infamies gouvernementales et capitalistes.
Travailleurs, secouez le joug qui vous opprime et vous abrutit, ne restez pas esclaves, sachez montrer que vous êtes des hommes conscients qui avez soif de justice et de liberté qui doit nous donner à tous le bien-être que nous sommes en droit d'en attendre.
Compagnons, nous félicitons vivement nos amis de la conduite énergique qu'ils ont eue devant leurs bourreaux en leur jetant à la face toutes leurs dépravations.
Mais en revanche, nous nous révoltons contre les brutalités dont a été victime notre ami, le compagnon Crestin, de la part de ces brutes à face humaine que l'on nomme gendarmes, sous les ordres d'un mauvais avocat.
C'est pour cela, compagnons, que nous, femmes révolutionnaires, nous réclamons vengeance pour nos amis et nous nous rendons solidaires des actes qui pourraient se commettre. Nous crions à ces buveurs de sang humain que s'ils sont encore nos maîtres aujourd'hui, l'avenir nous appartient et lorsque sonnera l'heure de la vengeance, nous saurons faire bonne justice des calomnies dont ils nous accablent.
Vive la Révolution universelle !
Mort aux exploiteurs !
Groupe Marie Ferré.
*** *L'Étendard révolutionnaire* du 1er octobre 1882
**APPEL AUX CITOYENNES**
A l'heure où le tocsin d'alarme sonne, quand partout le peuple se réveille et annonce pour très prochainement le grand combat, par les révoltes telles qu'il vient de s'en passer à Montceau-les-Mines, à Commentry et dans beaucoup d'autres localités, nous ne pouvons, citoyennes, laisser ce mouvement populaire se produire sans vous faire un nouvel appel qui, nous pensons, sera entendu de toutes les mères de famille sincèrement révolutionnaires qui ont à cœur de préparer un avenir meilleur pour leurs enfants.
A toutes ces mères nous leur disons : venez parmi nous grossir notre phalange de déshérités, vous savez toutes que l'union fait la force, nous pourrons ainsi réunies lutter avec plus de succès contre tous nos exploiteurs qui nous oppriment et nous avilissent.
Vous, jeunes filles, qui comme vos mères, avez à souffrir de la mauvaise organisation de la société, vous dont la jeunesse devrait être toute de bien-être et de bonheur, sans souci pour l'avenir.
Au lieu de tout cela, pauvres sœurs, vous n'avez comme nous que souffrances, que pleurs pour arroser votre pain péniblement gagné dans les bagnes exploiteurs, corrupteurs, capitalistes. Vous, dis-je, qui devriez être instruites pour pouvoir discuter vos droits à l'existence, vous croupissez ignorantes dans l'abrutissement où cette société inique vous a plongées.
Non, il ne sera pas dit que plus longtemps cette société marâtre nous tiendra dans l'esclavage. Venez, au son du réveil des peuples vous grouper sous la rouge bannière de la justice et du droit afin que dans nos moments de loisir nous puissions ensemble étudier et discuter ce que nous devrions toutes savoir et qui nous intéresse toutes, la question sociale et les moyens pratiques pour faire la révolution qui doit nous émanciper, alors, citoyennes, nous pourrons marcher hardiment avec nos frères, la main dans la main, à l'assaut de ce vieux monde pétri d'iniquité et d'injustice pour le remplacer par le règne de l'égalité, de paix et de bonheur pour tous les travailleurs.
A vous et à la révolution.
GROUPE MARIE FERRÉ.
Les adhésions sont reçues au siège social, rue des Fantasques, 12 (porte à gauche), chez la citoyenne Madignier, rue Lebrun, 5 et chez la citoyenne Labouret, rue Duguesclin, 121.
*** *La Lutte* du 8 juillet 1883
Les femmes révolutionnaires de Lyon, amies et compagnes de Louise Michel, protestent contre le jugement inique dont elle et ses compagnons ont été victimes ; que penser de l'organisation d'une société dans laquelle la générosité et le courage sont punis alors que le vice trouve sa récompense ; que penser de magistrats faisant taire leur conscience et s'acharnant avec fureur sur ceux qu'ils considèrent en ennemis personnels, parce qu'ils ont osé protester contre les iniquités et les abus qui nous donnent des maîtres ; aussi, de loin, disons-nous à notre amie : Courage, Louise, nous qui avons su apprécier vos justes idées de revendications, vous qui avez su faire pénétrer vos sentiments humanitaires jusque chez nos jeunes enfants, vous dont le dévouement vient de nouveau d'être mis à l'épreuve, dont le cœur si bon, si généreux ne pourra plus momentanément soulager les misères que votre grande âme vous faisait découvrir, réjouissez-vous, votre infâme condamnation a fait des prosélytes et derrière vous des bataillons serrés de prolétaires indignés vous feront justice en exterminant vos oppresseurs et en vous rendant à notre amitié.
*Les femmes révolutionnaires lyonnaises.*
*** *Le Drapeau noir* du 21 octobre 1883
Le groupe les *Femmes révolutionnaires lyonnaises* adresse un chaleureux appel à toutes ses sœurs victimes des iniquités capitalistes et bourgeoises, à toutes celles qui désirent coopérer à l'émancipation des droits qui doivent assurer la liberté, l'égalité et la justice ; enfin au triomphe de la cause de l'humanité que défendait héroïquement notre amie Louise Michel, qui, victime de son dévouement à la cause des déshérités, subit dans les bastilles bourgeoises la pression féroce et barbare, que lui a infligé un arrêt digne de l'inquisition.
À nous de continuer cette tâche si malheureusement interrompue en apportant notre concours courageux et dévoué, afin que nos efforts portent des fruits salutaires. Nous espérons que cet appel sera entendu, et que les citoyennes se réuniront dans les conférences publiques, afin de montrer que la question sociale n'est pas un vain mot. A cet effet, les femmes révolutionnaires, reconnaissant que la citoyenne Louise Michel a mérité par ses actes, la virilité de son courage, son amour pour la cause humanitaire notre sympathie, désirent donner son nom aux citoyennes qui voudront marcher sous l'étendard de la Révolution.
*Le groupe Louise Michel.*
*** *Le Drapeau noir* du 11 novembre 1883
Le groupe des femmes révolutionnaires lyonnaises remercie les citoyennes qui ont répondu en si grand nombre à l'appel de leurs compagnes, en apportant avec empressement l'expression de leur dévouement au triomphe de la Révolution.
En face de la misère toujours croissante, résultat odieux de la rapacité capitaliste et bourgeoise, convaincues que nous ne devons rien attendre que du succès des principes que nous affirmons, nous marcherons sans faiblesse à la conquête de la liberté, de l'égalité et de la justice.
Vive la Révolution !
Le groupe Louise Michel.
*** *Le Drapeau noir* du 25 novembre 1883
Il est une question fort grave qui tient au cœur de tout être qui désire le bonheur de l'humanité. Nous entendons nous occuper du sort de la femme dans la société. Il est évident qu'il ne s'agit ici que de cette classe laborieuse ou de milliers de prolétaires dépensent leurs forces, leur courage et leur activité dans la production d'un travail souvent au-dessus de leurs moyens.
Est-ce que le surcroît de travail rend leur existence possible, facile en un mot ? Non ! il arrive que le plus grand nombre d'entre elles en travaillant 12 ou 15 heures par jour ne reçoivent qu'un salaire dérisoire, la modique somme de 1 fr. 25 ou 1 fr. 50. Et quand on songe qu'avec de pareils moyens, elles doivent suffire au besoin de la vie, on se demande quelle somme de privations, de tortures sans nom endurent ces malheureuses qui n'ont d'autre perspective que la faim ou la honte.
Ce que nous voulons à tout prix, c'est le moyen de vivre en travaillant sans recourir à d'autres moyens qui ne sont que le résultat du calcul odieux et vil de ces parasites qui ne voient en nous que des instruments propres à satisfaire leurs appétits de vampire ; nous disons assez de souffrance, assez de honte. Nous porterons haut la tête, résolues que nous sommes à lutter jusqu'au bout ; si nous succombons dans la lutte, notre dernier cri sera un cri de haine contre nos bourreaux.
Le groupe Louise Michel.
*** *Le Drapeau noir* du 2 décembre 1883
**Un fait divers**
Il y a quelques jours, la *Bataille* relatait la mort affreuse d'une jeune fille, c'était une fille du peuple, une ouvrière qui, n'ayant pas de travail, son unique ressource, tombait mourante de faim dans une rue de Paris.
Pauvre victime, son dernier soupir s'exhalait sous l'injure d'un bourgeois qui, la voyant inerte, dit d'un air écœuré : cette femme est soûle !...
Cet ignoble personnage oubliait que, la veille, un de ses valets le ramassait, roulant sur le tapis d'un restaurant à la mode, asphyxié à demi par les vapeurs des vins capiteux qu'il avait absorbés.
Ah ! misérables, quand une des nôtres tombe, épuisée par l'excès des souffrances que vous nous imposez pour satisfaire à vos appétits de vautour. Pendant que vous voyez à vos pieds morte de faim une de vos nombreuses victimes, il ne vient pas en vous cette pensée comme un remords que vos plaisirs s'achètent au prix de notre peine ; si cette pensée était la vôtre, ce serait vous supposer du cœur, mais vous n'en avez pas. Vous nous flétrissez par de lâches injures qui ne sauraient nous atteindre ; sachez bien que le vice est votre œuvre, il réside au sein de vos familles. Ce sont vos épouses, vos filles, vos sœurs qui nous en montrent l'exemple, et pour être caché, il n'en est pas moins réel. Vous n'ignorez pas que si les privations que nous endurons étaient imposées à vos belles Inutiles (pour ne pas dire davantage), le plus grand nombre d'entre elles se rendraient la vie facile par tous les moyens, car dans leurs vices, il n'y a pas l'excuse d'avoir cédé au besoin de la faim.
Pour nous, il n'est pas de remède plus efficace, plus énergique que la révolution complète de la société, et le jour de la liquidation sociale, nous verrons si nos repus, les engraissés par les travailleurs, se montreront l'injure à la bouche, car si au lendemain il y a encore des meurt-de-faim, ils seront les seuls, incapables de produire la moindre des choses pour suffire à leurs besoins.
En attendant ce jour, nous nous inclinons devant la tombe de cette enfant, perdue dans le nombre de nos martyrs. Nous disons Vengeance ! Vive la Révolution !
Le groupe Louise Michel.
Les femmes révolutionnaires présentes à la réunion du 25 novembre, salle de l'Elysée, félicitent les jeunes citoyens qui ont défendu avec beaucoup de courage les idées, les principes et surtout la nécessité de la révolution sociale, leur dévouement sera un puissant auxiliaire au succès de la cause.
Nous constatons avec plaisir l'attitude du jeune révolutionnaire qui, sans parti pris, a justifié les principes de l'anarchie.
Le groupe Louise Michel.
*** *L’Émeute* du 9 décembre 1883
Les femmes révolutionnaires lyonnaises protestent énergiquement contre les agissements de la meute gouvernementale et policière à l'égard des révolutionnaires, notamment contre l'arrestation du compagnon Boissy.
Cette arrestation, motivée par un prétexte qui n'est, en réalité, qu'un moyen déguisé, ne saurait atteindre le but qu'ils se proposent.
Sbires d'un gouvernement soi-disant républicain, continuez votre sinistre besogne. Embastillez les défenseurs de la révolution, son œuvre s'accomplira contre vous et malgré vous, en dépit des mesures les plus lâches et les plus féroces qui sont vos moyens d'action.
Si vous avez cru un instant jeter le désarroi parmi nous, en nous privant du dévouement de l'un des nôtres, il n'en est rien, car il y en aura toujours assez pour soutenir la lutte, et c'est ce que l'avenir vous apprendra.
Compagnons rédacteur de l'*Emeute*, reconnaissantes de la preuve de dévouement que vous donnez, en reprenant la place de vos devanciers, dans la lutte qui doit assurer le succès de la révolution, les femmes révolutionnaires vous souhaitent la bienvenue et prospérité.
LE GROUPE LOUISE MICHEL.
*** *L’Émeute* du 23 décembre 1883
Cyvoct est-il coupable de la tentative criminelle qui a eu lieu à l'*Assommoir* dans la nuit du 22 au 23 octobre 1883, qui a causé la mort de Louis Miodre ? la réponse du jury est négative sur ce point.
Cyvoct, qui a voué son intelligence, son courage à la cause des déhérités, n'a point frappé lâchement dans l'ombre comme un assassin les victimes qu'il défendait au grand jour, aux dépens de sa vie. Vous savez bien qu'il y a en lui le cœur d'un homme, qui place les principes du droit et de justice au-dessus des personnalités. Vous ne ferez jamais de lui un assassin, car l'opinion proteste contre une condamnation, ne s'appuyant que sur des présomptions intéressées sur le témoignage d'un agent de police, qui refuse de fournir des preuves, en se retranchant derrière le secret professionnel. Il n'y a pas de secret lorsqu'il s'agit de la vie d'un homme, de l'honneur d'une famille, et pourtant vous l'avez condamné, non comme assassin, car vous savez qu'il ne l'est pas, mais simplement pour un délit politique, un délit de presse. Il faut retourner loin dans le passé pour retrouver des précédents à une action aussi monstrueuse, au moyen âge, alors qu'il suffisait à un homme d'élever la voix pour combattre les vices des tyrans, en prenant parti en faveur des opprimés ; c'est là le crime de Cyvoct, voilà ce que vous avez condamné en lui. Il est vrai que les procédés ont changé, ce n'est plus la torture de l'inquisition, vous vous contentez de l'emprisonner dans une camisole de force comme un malfaiteur dangereux, en attendant le jour où il portera sa tête innocente sur l'échafaud.
Et vous dites, messieurs les jurés, l'avoir condamné selon votre conscience.
Nous ne le croyons pas, vous avez subi une influence, une pression dangereuse. Vous avez jugé utile de faire tomber la tête d'un innocent pour sauver celles des coupables. Et c'est pour ce motif que vous avez fermé vos oreilles à la voix de la vérité, pour n'écouter que celle du mensonge.
Et puisque le cri de cette mère désespérée, qui protestait en faveur de l'innocence de son fils, ne vous a point fait éprouver un remords, Nous disons que cette monstruosité ne s'accomplira pas. Non, la tête de Cyvoct ne sera pas le prix d'un crime, car vous serez responsables des faits qui pourraient se produire, en accomplissant des actes justiciés.
Nous envoyons à notre ami Cyvoct et à sa malheureuse famille l'expression de notre sympathie.
LE GROUPE LOUISE MICHEL.
Les membres du groupe Louise Michel sont invités à se réunir au local habituel, le dimanche 23 courant. (Urgence.)
*** *L’Émeute* du 6 janvier 1884
Voici le nouvel an. C'est le temps des inventaires, où l'exploiteur se rend un compte exact du rapport de ceux et celles qu'il a exploités. Aussi faut-il voir avec quel empressement les gardes-chiourme de l'usine donnent les ordres. Il n'est pas jusqu'au plus petit esclave qui ne se donne des airs de commandeur, déployant un zèle, une activité qui tient du prodige, tout cela, pour s'attirer un bon regard du maître qui assiste gravement à ce tohu-bohu fait en l'honneur du capital. Pour lui, après avoir compulsé les registres et compté le numéraire qui regorge dans le coffre-fort, il se déclare satisfait, dit qu'il a énormément travaillé et réalisé de gros bénéfices. Il invite les gardes-chiourme à déjeuner, en les gratifiant de quelques billets de mille, en récompense des services rendus à ses intérêts.
Pour le travailleur indifférent à ce procès industriel, il songe, sombre et triste, que l'année qui vient de s'écouler n'est pour lui que la répétition des années précédentes ; son inventaire à lui se résume par ces mots : privations, peines et misères.
Il a dépensé sa force et son activité pour enrichir un maître qui ne lui donne en retour que quelques morceaux de pain qu'il réduit à volonté.
En vain tourne-t-il ses regards de tous côtés. C'est toujours le même horizon noir de la misère. Il sent gronder dans sa poitrine des cris de rage devant cette impuissance, forcé qu'il est de subir cette affreuse situation, encore quelques années de travail, vieux et usé avant l'âge, il sera jeté à la porte par celui qu'il a enrichi de ses peines et ne trouvera nulle part les moyens de suffire à sa triste existence, il ne lui restera d'autre alternative que de tendre la main ou terminer ses souffrances par le suicide.
Nous disons : Travailleurs, du courage ; nous aussi avons droit au banquet de la vie. Nous subissons la loi naturelle qui incombe à tous les êtres valides par la production, en retour la société nous doit notre part dans la consommation. Ce n'est pas un crime que chercher à se rendre la vie possible, et l'on ne doit reculer devant aucun moyen pour y arriver. Place à l'égalité !
LE GROUPE LOUISE MICHEL.
*** *L’Émeute* du 13 janvier 1884
Compagnons de l'*Emeute*.
S'agit-il bien d'une protestation en face d'une pareille infamie ?
On emprisonne un compagnon gérant de l'*Emeute* sous le prétexte de menace de mort.
Mais, tartufes de toutes robes et de tout acabit, avez-vous pensé que le verdict odieux rendu par vous contre notre ami Cyvoct serait bénévolement accepté par nous, comme si vous n'aviez pas frappé le parti tout entier. Vous avez compté sans nous. Et pourtant ceux qui, jusqu'à ce jour, furent vos victimes vous donneront une preuve de leur intelligence et de leur énergie ; ceux et celles qui succèdent aux premiers ne céderont en rien, car les idées sont les mêmes. Or, les procédés sont semblables.
Quelques compagnons vous ont déclaré leur haine ; ils ont eu le courage de vous le dire.
A notre tour, nous vous le déclarons hautement, peut-être aurons-nous le plaisir de vous le dire à la face.
Nous sommes des ennemis acharnés de vos principes et de vos personnes. Nous vous supprimerons pour deux causes : parce que, d'abord, vous êtes des parasites, des vendus au pouvoir ; ensuite comme obstacles au bien-être des travailleurs, étant résolus de continuer notre œuvre humanitaire, malgré la prison et l'échafaud ; notre ardeur dans la lutte grandira au delà de vos répressions lâches et sanglantes. Poursuivez-nous du glaive de la Loi, nous méprisons les lois comme ceux qui les imposent. L'heure de la véritable justice sonnera pour nous, nous la rendrons en conscience. En vous frappant à votre tour, nous aurons la satisfaction d'avoir frappé juste, et nous n'aurons pas le regret d'avoir fait des victimes innocentes.
Courage, compagnons, continuons la propagande sans nous soucier des répressions des pourvoyeurs de prison et d'échafaud ; préparons de toutes nos forces la Révolution sociale.
LE GROUPE LOUISE MICHEL.
*** *Le Défi* du 3 février 1884
**Réponse au *Progrès*.**
On s'entretenait beaucoup au *Progrès*... au mal. De quoi ? allez-vous dire.
De la crise économique, de l'arrêté Poubelle, enlevant aux chiffonniers de Paris leur dernier morceau de pain. Oh ! non, ces choses-là n'intéressent pas la presse officieuse, la presse soudoyée par les fonds secrets.
Ils s'occupaient de ce qu'allait découvrir, dans la tête de Cyvoct, car, dans leur haine féroce, ils croient déjà la tenir, le grand docteur Lacassagne, un illustre parmi les illustrations médicales qui, paraît-il, serait chargé de cette délicate besogne.
Et ces plumitifs, à bout de divagations, ont déclaré qu'il sera impossible à cette grande lumière de leur dire ce que renferme la tête d'un anarchiste et de Cyvoct en particulier.
Ce que ce monsieur ne saura vous dire et ce que vous désirez savoir, nous allons vous l'apprendre brièvement. Les anarchistes sont des hommes intelligents et courageux, deux qualités qui chez vous font défaut. Ils veulent une liberté absolue, une égalité parfaite et surtout une véritable justice, et pour arriver à constituer la société sur ces bases, ils renverseront, par tous les moyens possibles, la société actuelle, celle qui vous permet de vivre en parasites, en exploitant la bonne foi publique. En frappant les maîtres, ils n'épargneront pas les valets, et patience, si vous vous réjouissez à la perspective de posséder la tête sanglante de Cyvoct, vous pourrez vous convaincre que cette tête fut un phénomène d'intelligence et de courage, comme nous découvrirons que les vôtres furent des phénomènes de crétinisme et de lâcheté.
LE GROUPE LOUISE MICHEL.
*** *Le Défi* du 10 février 1884
Les femmes révolutionnaires lyonnaises protestent énergiquement contre les condamnations qui ont frappé les compagnons Parich, Brachet et Galieni. Elles protestent non moins énergiquement contre l'arrestation du compagnon Lemoine : reconnaissantes envers lui de la part de dévouement qu'il a apporté à soulager les souffrances et la misère causées par les infâmes condamnations des compagnons du procès du 19 janvier 1882.
Les citoyennes révolutionnaires envoient au compagnon Lemoine ainsi qu'à sa famille l'expression de leur sympathique solidarité.
*Le groupe Louise Michel.*
*** *L'Hydre anarchiste* du 16 mars 1884
Notre ami Cyvoct a quitté la prison Saint-Paul pour se rendre à Nouméa, afin d'y subir la peine des travaux forcés pour complicité d'assassinat, contre lequel les juges ont rendu un verdict négatif au point de vue du fait matériel.
C'est donc comme délit d'opinion, de presse et de paroles que notre ami Cyvoct va subir la condition de forçat.
Telle est la justice du pouvoir, la justice bourgeoise, pour laquelle tous les moyens sont bons lorsqu'il s'agit de se défaire d'une opposition gênante.
Cyvoct emporte dans l'exil les sympathies et les bons souvenirs de tous ceux qui ont apprécié ce qu'il y a d'intelligence, de courage et de dévouement dans ce jeune homme, qui a sacrifié si généreusement sa jeunesse et sa liberté pour la cause de l'humanité. Nous éprouvons, à côté des regrets de cette séparation, une conviction profonde et sincère, celle de revoir auprès de nous, dans un temps peut être rapproché, ce généreux défenseur de la révolution, notre ami Cyvoct !
Le groupe Louise Michel.
P. S. — Le groupe est convoqué pour dimanche 16 courant, dans son local habituel. (Urgence.)
*** *L'Hydre anarchiste* du 23 mars 1884
Compagnons de l'*Hydre anarchiste*.
Nous constatons avec plaisir les heureux effets de la propagande révolutionnaire, et cela par le nombre progressif des citoyennes qui, chaque jour, viennent renforcer nos rangs. Il en est, et nous le disons avec plaisir, qui ne partagent pas notre position sociale, jouissant du bien-être social que donne la fortune. Ces jeunes citoyennes, placées pour la plupart sous la tutelle paternelle et tutelle bourgeoise, elles ne peuvent prendre une part avancée dans la lutte.
Mais en tenant compte de leur intelligence et de la virilité de leur caractère, nous sommes assurés que ces citoyennes seront un jour de véritables auxiliaires pour la Révolution.
Nous élevons les principes au-dessus des personnalités. Pour cette cause, nous acceptons toutes celles qui, résolûment et consciemment, veulent nous suivre dans la voie révolutionnaire, car nous croyons qu'il est de notre devoir de travailler de toutes nos forces au succès de la cause, étant le seul moyen donné pour arriver à l'émancipation des tutelles dont nous subissons la triste conséquence. Or, il est évident que nous devons marcher de pair avec les révolutionnaires compagnes de vos souffrances et comme vous des vices sociaux ; nous devons faire tout notre possible pour activer l'heure et le jour des revendication des travailleurs. C'est pourquoi nous prendrons place parmi vous le jour où s'engagera le grand combat qui doit être le coup mortel porté contre tout ce qui est un obstacle au bonheur de l'humanité.
Nous ne cesserons d'adresser un appel aux personnes qui, sans méconnaître leurs droits, retenues par les préjugés, n'osent encore entrer dans les rangs de la grande armée révolutionnaire. Nous les invitons à se préoccuper seulement du devoir qui incombe à chacune de nous, ne pouvant nous dévouer pour une cause plus grande que celle de la liberté, de l'égalité et de la justice.
Le groupe Louise Michel.
*** *L'Alarme* du 27 avril 1884
*Dimanche 27 avril*, réunion du groupe Louise Michel, au local habituel. - Urgence.
*** *L'Alarme* du 11 mai 1884
Dimanche 11 courant, réunion du groupe Louise Michel, local n°20.
Urgence.
*Le secrétaire du groupe.*
*** *L'Alarme* du 25 mai 1884
**Réunion du groupe Louise Michel**
Dimanche 25 mai, à 8 heures du soir, au local habituel, n°20.