Hemel

Algérie française

novembre 1957

J'ai souvent dit et écrit que la guerre fomentait moins de crimes qu'elle ne causait d'imbécillités.

Je ne m'en dédis pas.

Tout le confirme et l'actualité des petits crétins qui sévissent sous le couvert d'Algérie française le proclame hautement.

Écoutez-les : ce sont eux, eux qui traitent les indigènes de bicots, de ratons ou autres qualificatifs, ce sont eux, eux qui refusent aux Algériens tous les droits dévolus aux Français, qui prétendent que l'Algérie doit rester française.

Comprendra qui voudra !

« Algérie française ! » braillent et barbouillent ces jeunes vieillards dégénérés.

Mais allez donc leur dire que le natif d'Oran ou de Tlemcen peut prétendre à des places identiques à la leur, à des salaires équivalents aux leurs et au respect dont ils jouissent, vous entendrez s'égosiller et verrez s'agiter ces énergumènes.

Ah ! si ce sont eux qui représentent la France, il n'y a pas lieu de se glorifier d'une pareille nationalité et, pour ceux qui conservent une fibre patriotique, il y a motif à rougir d'avoir à revendiquer ce ramassis de séniles, de zazous et d'excités.

La France, nous disent-ils, est la grandeur faite patrie, la préoccupation de tous leurs instants, et le monde pourrait disparaître sans inconvénient dès lors que la France subsisterait ne serait-ce que sur la couverture d'un manuel d'histoire.

Cependant, qu'ajoutent-ils ? « la France sans l'Algérie ne serait plus la France ». Ainsi donc cette patrie, cette patrie éternelle ne date que de 1830.

Avant, sans Algérie, elle n'a connu ni lustre ni gloire.

Pour le patriotisme de ces messieurs, on pourrait leur rappeler qu'elle a vu naître Rabelais, La Boétie et Paul-Louis Courier, en passant par Molière, Voltaire et Diderot ; qu'elle a été la terre des frères Le Nain, de Callot et de Chardin, qu'elle a servi de berceau à Rameau et Méhul, qu'elle peut revendiquer Ambroise Paré, Laplace et Lavoisier, mais quoi ! tous ces hommes ont vu le jour alors que l'Algérie n'était pas française et que, par conséquent, la France n'était pas la France.

Ah ! combien avait raison notre camarade Bidé dans son dernier papier de se refuser à circonscrire le fanatisme, l'intolérance et le racisme dans une quelconque patrie ! Comme ils débordent les frontières, comme ils montrent partout cette même face d'homme mal dégrossie, refusant l'humanité à d'autres hommes !

HEMEL


extrait le 30 aout 2026 de FICEDL, tiré du Monde libertaire (n°32)