Henri Tessier

Louise Michel, reine de Montmartre

30 novembre 1886

Hélas, oui ! nous en sommes arrivés à ce point, que le populaire, — emporté par l’irremontable courant des fièvres politiques, — a décerné un diadème — rouge ! — à une femme !

Louise Michel, l’héroïne des sanglantes saturnales de la Commune, est sacrée Reine de Montmartre, depuis qu’elle s’est crânement et audacieusement posée en protagoniste de l’assassinat politique ! — Depuis qu’elle a, — à haute voix et au grand jour, — voué aux poignards des vengeurs, retour de Nouméa, MM. Gambetta et de Gallifet.

Ne croyez pas que je l’invente ! — La Marseillaise, l’organe de M. Félix Pyat, a reproduit tout au long cette élucubration de la gynécocratie farouche, cet avatar nouveau et baroque du nihilisme français ! — mais, — afin d’en adoucir les angles, sans doute, — il a biffé de son crayon à la sanguine, le nom des deux traîtres, marqués au front par le doigt fatal de la pythonisse de Montmartre.

Eh ! pythonisse n’est pas une amphibologie, puisqu’elle officie sur le mons-Martis de la vieille Lutèce ! cet Aventin d’où descendent toutes les revendications sociales ! laves dévastatrices que les révolutions, — ces éruptions périodiques, — font couler sur Paris, c’est-à-dire sur la France.

M. Pyat exulte, à l’instar de la hyène, sa congénère, par le courage et les rauquements ! Et, pour moins que rien, il ouvrirait une nouvelle souscription, afin d’offrir une mitrailleuse d’honneur à la deuxième Théroigne de Méricourt.

Ce n’est pas une mitrailleuse qu’il serait opportun de réclamer pour cette fulgurante oratrice ; — M. Félix Pyat — ce serait tout simplement un cabanon capitonné, — vous voyez que j’y mets les formes, — à Bicêtre ou à Charenton.

Oui, un cabanon, car on ne saurait apprécier autrement que comme une maladie morale incurable, l’exaltation criminelle de cette virago populacière !

Sinon, il faudrait sévir contre elle et user des moyens violents, mais quoi que le code arme la police.

Quoi ! vous pourriez admettre, de sang-froid, que cette reine de l’écume, — qui n’a rien de Vénus aphrodite, je vous assure ! — pût être saine d’esprit, en débitant toutes les insanités sonores dont elle a fait résonner les échos, non loin de la rue des Rosiers.

Vous pourriez accepter comme des possibles, — même paradoxales — ces théories effroyables de l’assassinat, — traité de vertu civique, et présenté comme un moyen aussi naturel que le vote ! — de l’effondrement de toutes les lois sociales, au bénéfice d’inassouvissables appétits brutaux et bestiaux !

Allons donc ! si ce catéchisme de la religion politique qui a fait du néant son grand Manitou, et choisi la dynamite comme constructeur du nouveau monde qu’elle rêve, — pouvait être pris au sérieux, — il ne nous resterait plus d’autres ressources que d’élever, de nos propres mains, d’hommes de progrès, une guillotine à vapeur sur la place de la République ! et d’y faire tomber toutes les têtes, — jusqu’à ce qu’il ne restât plus que celles de Mme Louise Michel et de Félix Pyat, — deux extrêmes ! — l’extrême folie et l’extrême couardise ! — dignes de s’accoupler pour la repopulation — épurée, — du vieux pays de France !

Je m’arrête, car en vérité, mon bon sens et mon honnêteté se révoltent, devant de si éclatants et sombres témoignages de l’inutilité de toutes les clémences.

Et la rougeur me monte au visage, quand je vois discuter froidement et sérieusement de si évidents delirium tremens !

Pour Dieu ! messieurs les politiques, — contentez-vous de nous fabriquer des axiomes, des paradoxes, voire des utopies ; mais n’allez pas ériger en drapeau de l’avenir, les jupons plus ou moins lettrés, mais toujours repris, des héroïnes de clubs ou des barricades !

La France a besoin de calme, de paix, de travail ! Et les cris d’orfraies de ces pythies du meurtre, outre qu’ils attirent tous les oiseaux de proie, jettent le trouble et l’effarement dans la grande ruche où s’élabore la réédification pacifique de la suprématie nationale !

Les gens sensés haussent les épaules à ces clameurs de tricoteuses ! et le gouvernement garde sa sérénité d’augure !

Tous ont tort, — parce que, si la femme est ce que Dieu créa de mieux, — et je me plais à le reconnaître, — les exceptions mauvaises portent le pire au summum ! par la raison très logique que l’organisme féminin — plus nerveux et plus prompt à exciter — est par conséquent plus facile à jeter dans les extrêmes, c’est-à-dire dans la démence.

Or, Mme Louise Michel, envers qui le gouvernement dédaigne d’user de ses foudres, — sinon par galanterie, du moins par... comment dirai-je bien ? par... euphémisme — Mme Louise Michel, ex-institutrice, ex-barricadière, ex-déportée, ex-amnistiée, et pour le présent ex-femme raisonnable.

Se trouvant dans le cas des enfants qui peuvent incendier la maison avec les allumettes qu’on laisse imprudemment à leur portée.

Car ses écrits et ses paroles la démontrent atteinte d’insolation sanglante, d’aliénation mentale furieuse...

Mme Louise Michel étant indigne de rentrer dans le gynécée, dont elle n’a jamais pu être l’ornement, et dont elle renie avec horreur les saints privilèges, les vertus et les souveraines influences.

Mme Louise Michel, reine de Montmartre, de par la folie populaire, étant convaincue elle-même de folie épidémique et mortelle.

Il importe qu’à bref délai, les portes de Charenton s’ouvrent devant sa faconde sanguinaire et ses objurgations Vehmiques.

Sa couronne tombera sous les douches.

Ce qui sera moins homicide que les moyens que préconise cette féroce pourvoyeuse des charniers de l’avenir.

Henri TESSIER


extrait le 1er septembre 2026 du Journal du Soir du 30 novembre 1886
Texte de presse anti-anarchiste, sexiste et anti-Louise Michel.