Nous passons des extraits d'un article passé dans "La Rue" revue anarchiste, éditée par le groupe "Louise Michel" et écrit par J-M Raynaud. Cet article traite, entre autres, de la vasectomie. Là où l'attention a surtout été portée, ces derniers temps, sur l'avortement, nous trouvons non seulement très intéressant mais aussi très important de déborder ce cadre pour essayer d'approfondir le problème sur la contraception masculine et féminine et sur la sexualité .
Faute de place, nous n'avons conservé que les passages conservant :
vasectomie-virilité
sexualité-pouvoir
Tout ceci servant d'introduction à un débat que nous aimerions avoir sur la procréation.
..." Avec une constante remarquable, la contraception en général comme le droit d'avoir des enfants quand on le désire ne semble toujours relever que de la seule compétence féminine. A la limite, ce qui suinte d'un tel discours c'est l'affirmation que la contraception n'est qu'une affaire de femme"...
..."cette volonté consciente ou inconsciente d'écarter le mâle de la problématique de la contraception explique le silence etle désintérêt pour la vasectomie en particulier et la contraception masculine en général"...
..."Les raisons qui poussent un homme, jeune de surcroît, à se faire vasectomiser sont à l'évidence multiples. Le conscient et l'inconscient s'y mêlent jusqu'à s'y confondre. En ce sens, prétendre s'attacher à la définition d'un portrait type du vasectomisé constituerait une gageure"...
..."j'ai longuement réfléchi à la signification de la paternité.
Si l'on interroge à ce sujet le procréateur moyen, je ne parle pas bien entendu de ceux qui parviennent à cet état par hasard ou bien un soir de cuite (encore que la moyenne se situe peut-être à ce niveau), deux arguments prédominent dans leur discours : la volonté de sceller une union et le désir d'avoir une déscendance à son image.
..."Faire un enfant pour que non seulement il soit àsoi, mais pour qu'en plus il soit un autre soi-même (en mieux naturellement) me semble être une démarche toute ce qu'il a de plus misérable et lamentable. Reporter ses espoirs déçus, ses ambitions rentrées, tout ce que l'on aurait bien voulu faire mais que l'on n'a pas pu ou osé faire, sur son enfant frôle le pitoyable. En fait, derrière tout cela, il y a la volonté dérisoire de nier sa propre mort, la volonté farouche de se prolonger à tout prix en quelqu'un d'autre qui serait un autre soi-même.
A pleurer !
..."Avoir des enfants, en assumer l'éducation, les aimer comme un père se doit d'aimer ses enfants, n'a absolument rien à voir avec ce concpt lamentable de la paternité-propriété. Laseule manière d'assurer une paternité digne de ce nom consiste à avoir des enfants pour eux-même et non pour soi."...
..."Que j'adopte mes enfants ou que ma compagne s'en fasse faire avec quelqu'un d'autre que moi, cela ne m'empêchera pas de les aimer avec la même chaleur que s'ils étaient "de moi". Peut-être même les aimerais-je davantage, tant est grande l'ambition que j'ai de les aimer pour eux-même, qu'ils soient eux-même sera ma seule préoccupation."...
..."en l'état actuel de la contraception féminine qui, qu'on le veuille ou non, reste empreintede problèmes physiologiques et psychologiques multiples, la vasectomie m'a semblé être la solution la plus simple dès lors que ma compagne eut accepté de ne pas avoir d'enfant de moi."...
..."L'inquiétude que chacun est à même de ressentir devant l'avenir d'une société qui ne sait plus où elle va mais qui y va n'est-elle pas suffisante pour faire au moins hésiter ceux ou celles que l'idée traverse de faire un enfant. Et puis avec la masse innombrables des malheureux qui peuplent déjà cette planète, n'est-il pas plus cohérent, à défaut d'être plus moral, de leur donner d'abord une chance ! Et puis, et puis, et puis,...
Quant à l'opération elle-même son caractère bénin est particulièrement flagrant. Une anesthésie local suffit pour sectionner et ligaturer les canaux déférents que l'on sent très bien au toucher.
Pas de problèmes particuliers donc à ce niveau-là si ce n'est de trouver un chirurgien qui accepte de pratiquer l'opération. Malgré les articles 309 et 310 du Code pénal qui assimilent toujours la vasectomie à un délit et exposent le médecin qui se risquerait à pratiquer cette mutilation", on arrive ce cependant à trouver l'oiseau rare. "
..."Mais après, mais après, doivent se demander ceux que ces différentes considérations ne rassurent nullement.Après, et bien en toute franchise, je serais incapable de vous dire ce qui à bien pu changer. Erection et éjaculation demeurent semblables à ce qu'elles étaient auparavant. Le sperme éjaculé après une vasectomie ne se différencie du sperme éjaculé avant que par l'absence de spermatozoïdes. Certains prétendent avoir acquis une plus grande sensibité au niveau du gland, d'autres que cela a constitué un remède radical à l'éjaculation précoce dont il souffrait au préalable... Je ne sais ce qu'il y a de vrai là-dedans, ce que je sais parcontre, c'est que l'angoisse de faire un môme sans le vouloir en disparaissant constitue un soulagement qui permet de prendre son pied un peu plus souvent qu'avant.
..."Il faut être clair là-dessus, la vasectomie, en l'état actuel de la technique, débouche quatre-vingt fois sur cent sur la stérilisation pure et simple. En effet, les canaux déférents une fois sectionnés et ligaturés, leur reperméabilisation, c'est-à-dire le rétablissement de la circulation des spermatozoïdes ne réussit qu'exceptionnellement.
..."La vasectomie, qu'elle signifie contraception ou stérilisation, est de toute manière quasi unanimement ressentie par les hommes comme une véritable castration. Ne plus pouvoir faire d'enfants, c'est ne plus pouvoir tout court. Ce n'est en rien un hasard si le Code Pénal qui, à un certain niveau représente la morale dominante parle de la vasectomie comme d'une mutilation. Et oui, nous en sommes encore là. Les pauvres pères qui s'imaginent que leur virilité passe par le nombre d'enfants qu'ils ont faits ou qu'ils auraient pu faire sont loin, bien loin, de constituer des exceptions. Il en est de même de ceux qui s'estiment d'autant plus virils qu'ils réussissent à "tirer" un nombre important de "coups" dans une nuit, ou qui s'extasient ou s'apitoient en mesurant leur sexe avec un double centimètre. Comprendre qu'entre le pouvoir procréateur, la phallocratie et le patriarcat les liens de cause à effet s'entremêlent jusqu'à se confondre. Il faut oser ouvrir les yeux sur cette lèpre qui n'est au fond qu'un problème de société dont l'ethnologie nous enseigne qu'il n'a rien d'inéluctable. Nous vivons dans une société de type patriarcal, il faut le savoir, et la phallocratie en général ou les différents signifiants du pouvoir procréateur en particulier ne sont jamais que les aspects particuliers d'un même phénomène : l'exploitation de la femme par l'homme, consequence parmi d'autres de l'exploitation de l'homme par l'homme. Les résistances des hommes à la vasectomie sont à cet égard voisines de la caricature. Si le mâle n'assimilait plus abusivement son pouvoir créateur à la virilité, si le doute quant à la paternité des enfants de "sa" femme s'insérait un seul instant dans son esprit, ce serait le monde patriarcal à l'envers. Un des aspects fondamentaux de la domination qu'exerce l'homme à l'encontre de la femme consiste dans le pouvoir qu'il a de l'engrosser.
Avec la contraception féminine, l'homme prend le risque de voir sa légitime aller s'envoyer en l'air avec quelqu'un d'autre ? Avec la contraception masculine, il perd le pouvoir d'imprimer quand bon lui semble sa marque dans la chair de sa propriété sexuelle.
Et oui, dans une société de type patriarcal, la contraception constitue une menace. La contraception supportée par l'homme, qu'elle porte aujourd'hui le nom de vasectomie ou demain celui de pillule pour homme. La contraception féminine a certes réussi à s'imposer peu à peu sous la pression de la lutte des femmes ; mais ne nous leurrons pas, en reportant sur la femme la totalité du poids de la contraception, l'homme ne se sent que partiellement contesté dans son rôle de phallocrate. Sa virilité reste intacte. De cela les femmes doivent avoir conscience. Leur volonté consciente ou inconsciente de garder le monopole de la contraception ne modifie pas fondamentalement le fait phallocratique. Bien au contraire.
Dans une société patriarcale et phalocratique où le mâle opprime la femme sur les plans sexuel, économique et moral, il est absolument logique que les femmes s'organisent de manière spécifique, autonome pour conquérir leurs droitsfondamentaux d'être humains qui sont bafoués quotidiennement.
Ceci étant, entre cette volonté légitime d'autonomie dans la lutte (le patriarcat et ses privilèges ne tomberont qu'à l'issue d'une lutte) et un certain sectarisme que je qualifie de vaginocratie, il y a la même différence qu'entre l'écologie politique et l'écologie environnementaliste,...
le sectarisme vaginocratique, qui s'épanouit dans une volonté systématique à l'homme en tant qu'homme, voue la lutte des femmes à l'isolement, à la stérilité, et à la récupération Le patriarcat, dont les femmes en lutte rejettent l'oppression, pose en effet un problème de société que les femmes n'ont absolument pas la possibilité de résoudre seules. L'oppression sexualiste n'est qu'une des facettes de l'aliénation généralisée qui règne au royaume du capital privé ou d'état. En clair, si la lutte des femmes veut avoir quelques chances d'aboutir, elle doit se poser comme partie prenante d'un changement radical de société et, par conséquent, s'investir dans la lutte des classes.
..."En privilégiant la lutte pour la libéralisation de l'avortement au détriment de la contraception et en mettant presque exclusivement l'accent sur la féminisation de la contraception, la lutte des femmes s'enferme dans le ghetto de l'isolement sans entamer de plus d'un millimètre la réalité sociale du patriarcat."...
..."Ce vers quoi il nous faut tendre, dans le respect de l'autonomie de chacun, c'est vers une solidarité sans cesse renforcée entre les hommes et les femmes en lutte.
Pour ma part je soutiens de toutes mes forces la lutte de mes camarades femmes pour la libéralisation de l'avortement et de la contraception féminine. Je souhaiterais que les femmes fassent de même en ce qui concerne la lutte pour la libéralisation de la vasectomie en particulier et la contraception masculine en général.
Il ne faut pas oublier que comme pour l'avortement du temps de la loi de 1920, la vasectomie est interdite par le code pénal avec à la clef des peines de prison ferme. Les anarchistes sont bien au courant de cet aspect des choses puisque certains de nos camarades ont eu le loisir d'aller pourrir quelques temps sur la paille humide des cachots pour s'être fait vasectomiser.
Au fond des choses, je souhaiterais surtout que nous ne combattions pas à côté les uns les les autres, mais côte-à-côte, et que tous ensemble nous comprenions que notre lutte spécifique n'est qu'une lutte partielle, et qu'en conséquence elle doit s'insérer dans une lutte globale pour une bonne fois pour toutes, mettre bas le système généralisé de l'oppression et de l'exploitation de l'être humain par l'être humain."