#title Du mariage #author L'Étendard révolutionnaire #SORTtopics France, mariage, L'Étendard révolutionnaire, vss, presse anarchiste, philosophie, amour libre #date 30 juillet 1882 #source extrait le 12 septembre 2026 de la collection d'*[[https://archivesautonomies.org/IMG/pdf/anarchismes/avant-1914/presse19e/letendardrevolutionnaire/lentardrev-a1882m7d30n01.pdf][Archives autonomies]]* #lang fr #pubdate 2026-09-12T23:39:37 Un jour approche où toute union sans amour sera flétrie comme un crime ! Tout amour sans union, pleure comme un malheur ! (René de Telotte). Le mariage est une iniquité sociale qui révolte la dignité humaine ! Souvent, en France, nous avons critiqué l’esclavage, souvent nous nous sommes révoltés à la pensée de la serve vendue à son maître ! Chaque jour sous nos yeux, nous voyons contracter cet acte de vente, sans même songer à nous blesser. Sans connaître nos sentiments, notre valeur morale, ni notre puissance physique, on nous unit. Et cet acte ne peut être rompu que par la mort de l’un des deux contractants. Quelle immoralité ! Deux êtres remplis de bonnes qualités peuvent, à cette chaîne odieuse, devenir méchants et vicieux. Je ne défends ni l’un ni l’autre, je les plains tous les deux ! Une union ne peut être durable que lorsqu’il y a sympathie absolue. Cette sympathie ne peut exister dans le mariage, attendu que cette loi n’est basée que sur des intérêts. L’harmonie ne peut exister dans le mariage puisque d’une part, il y a le maître qui peut à son gré disposer de l’esclave que la loi lui a livrée par contrat et de laquelle il peut user selon ses désirs et volontés pourvu qu’il lui garantisse sa nourriture. Tels habiles comédiens puissent-ils être, la nature réclame ses droits. Alors le masque tombe ! la souffrance commence et fatalement la comédie conjugale l’accompagne ! En ce cas, la femme est plus à plaindre que l’homme. Il est impossible à n’importe quel légiste de paralyser l’élan du cœur, pas plus qu’à tel geôlier d’arrêter le cours de la pensée. L’homme, lui, est un peu plus favorisé, il peut aimer en dehors de ce contrat, n’est-il pas le maître ? si la maison n’en souffre pas trop, la chose semble naturelle. Mais la femme aussi a un cœur, la nature est au-dessus de la loi. A elle, on lui dit : halte là ! tu es femme, tu n’es pas faite de ma façon ! Un contrat nous a unis, tu es ma propriété, je n’entends pas que tu viennes déshonorer le foyer conjugal ! ou la loi va te mettre à la raison. Au nom de cette loi qui les a unis pour toujours, dans la société qu’ils ont convenu d’appeler le monde, ils ont un couvent ! Et dans la nôtre St-Lazare ! Que reste-t-il à la femme ? la ruse, fatalement elle en use ! Souvent elle devient cruelle, elle est blessée, elle ne raisonne plus. Sous la tutelle du Maître, l’esclave obéit, elle n’a plus sa volonté propre ! L’inégalité existant, ils ne peuvent s’aimer. L’amour doit être le sentiment le plus pur de l’être humain, il doit s’exprimer librement. Or la chaîne... et l’âme jurent toujours de se trouver ensemble !... Jugez des conséquences. Le mariage est la consécration de la prostitution légale et la base des vices sociaux, et une des principales causes de la dégénérescence de l’espèce humaine. Dans le mariage tout est crainte ou calcul.