On sait que notre ami Tcherkésoff, que la police française voulait expulser il y a huit mois, mais qui continuait à habiter Paris, a été saisi le 18, à la sorti d'une réunion publique et amené par la police française à Genève.
Lundi il écrivait une lettre à un ami russe, un homme paisible, qui ne s'occupe pas de propagande socialiste ; il le priait de se rendre chez son ami A. G., un ouvrier parisien, de prendre ses effets et ses papiers, et de les envoyer à Genève.
Cette lettre a été volée par les sbires d'Andrieux ; ils l'ont traduite (à l'ambassade russe ?) et, à minuit — contrairement à la loi qui défend expressément les perquisitions nocturnes — ils se sont présentés chez M. A. G. pour lui enlever les papiers de Tcherkesoff. M. A. G. le raconte lui-même dans une lettre publiée dans l'Intransigeant de mardi.
Ce fait ne prouve-t-il pas à n'en plus douter, ce qu'on a déjà supposé maintesfois, que le Benjamin de Gambetta, l'Andrieux — mystère des lieux mal famés, est au service de la IIIe section de Pétersbourg ? — N'a-t-il pas, d'ailleurs, tout ce qu'il faut pour en être, l'effronterie et même le zèle qui le pousse à faire des sottises pour mettre la main sur de vieux chiffons de papier ?