#title Venez saluer le Président de la République #author Marie de Saint-Rémy #SORTtopics France, presse anarchiste, répression, système judiciaire, Le Christ anarchiste, Madagascar, anti-colonialisme #date mars 1896 #source extrait le 11 septembre 2026 de la collection d'*[[https://anarchiv.wordpress.com/][Archives anarchistes]]*, tiré du n°6 du *Christ anarchiste* #lang fr #pubdate 2026-09-11T22:31:08
(Air : Malboroug s'en va-t-en guerre)
Accourez courez courez Accourez vite, encore plus vite ! Accourez courez courez courez Accourez vite le saluer ! Qui donc saluer ? Mais M. Félix Faure, le Président de la bonne République, qui a voté les lois que nos confrères appellent scélérates. Saluer qui ? Le juste Félix Faure, qui la même semaine a gracié de la peine de mort, les homicides paricides Poulain et Chabaud et fait exécuter à Draguignan les simple homicides Simon et Barillot. J'ai ouïe l'autre jour le désir de ces deux guillotinés, ils veulent eux aussi avec leur corps sans tête venir saluer, l'homme qui a signé leur remise au bourreau. Ce sera sans doute ce qu'il y aura de plus comico-tragique que ces deux fluidiques, venant ricaner sans tête, à M. Félix Faure. Et Monsieur le président de la République, Draguignan est encore sous l'indiciple émotion qui lui a causé le spectacle de cette tragédie : votre présence va lui rappeler les guillotinés ! ! Il est vraie qu'après la visite de M. Deibler qui est le bras de l'exécution, l'exibition de l'homme qui a commandé en avant marche, tête au panier était de rigueur. Les provençaux M, Félisque sont des *sensitifs* hors concours, s'ils viennent vous saluer croyez-le bien se ne sera pas de tout cœur, mais de toute rigueur !! - Et bien si les provençaux ne m'aiment pas, d'autres me salueront, il n'y a pas que des provençaux en Provence. Heureusement pour vous, président ! ! Qui viendra vous saluer, Mosieu ? Les mères des infortunés qui ont péri à Madagascar ? Les veuves, les orphelins qui croupissent dans la misère pour entretenir vos luxueux et fastueux, vos stupides décorum, vos bals, vos parties de chasses, vos dîners ? Qui viendra vous saluer ? Les ouvriers de [1] auxquels vous jetez la dérisoire somme de trois ou quatre fr. par jour. Quand vous gagnez, vous, pour faire risette auxx ambassadeurs cent vingt-cinq mille fr. par mois, sans compter les tours de [1]. Qui viendra vous saluer ? Les soldats de l'infanterie de marine, les esclaves des cuirasses, ils ne peuvent plus plier l'échine, vos lieutenants les ont raidi. Ils sont galvanisés par les vexations, les infamies, la crapaudine, la mise aux fers, les coups de pieds au cul (pourquoi ne pas écrire le mot) vos marins et soldats ne sont plus des hommes, votre odieuse discipline en a fait des cadavres. Il est vrai qu'à cadavres ! salutations cadavériques accumule la pourriture dans l'atmosphère empoisonnée, crasse de bourreau, crasse de victime, engraisse la politique. Allons vennez saluer, mais vennez donc, ouvriers, employés, marins, soldats, vous tous, sans abris, sans pain, sans souliers, accourez, courez, courez, accourez vite le saluer. — Nous saluer ? et quels sont les titres de cet homme à notre respect, « Christ Anarchiste ». Ces titres, oh l'énumération en est longue : il habite un palais, vous des taudis ; il a un revenu annuel de un million cinq cent mille fr. Il porte en sautoir un grand cordon, il a une maison militaire, des plantons, des valets de chambre, des chiens, des chevaux, des gardes de corps. Il voyage en monarque, vit en satrape, il visite les hôpitaux, jette quelques pièces d'or aux malheureux qui agonisent là, pour l'entretien de sa maison, ses femmes, ses chevaux, ses gardes chasses, etc. etc. Il se balade, devant des troupes d'officiels et d'officieux exhibant ses grâces, agitant sa tête, secouant sa main d'un geste bénisseurs. Tout cela sans doute admet un certain courage. Tous les hommes n'ont pas l'héroïsme de jouer ainsi publiquement le rôle de p... de là, au respect !! Il nous semblent qu'on ne doit le respect qu'à ceux des enfants des hommes qui passent leur vie à la recherche des grands problèmes qui détruiront en l'être humain la douleur et la mort. Qui défendront l'humanité contre les vampires qui la sucent jusqu'au sang. Le respect, semble-t-il à nos consciences, n'est dû qu'aux Etres qui donent l'exemple d'une fraternité parfaite, d'une égalité absolue, d'un désintéressement sans condition. Et non à ceux qui facilitent tout les crimes, et tous les excès par leur insoutenable législation, punissent de mort les égarés qui se sont grangrenés de leurs exemples d'orgie de bonne chère de débauche. Le Christ Anarchiste, terrible, inexorable, Justicier souverainement juste vous crie : « Restez couvert, Peuple, devant vos exploiteurs. Tremblez que vos platitudes ne soient votre condamnation. Pas de bravades sur le passage des hommes qui n'ont pas conscience de leur nullité. Ne fournissez pas l'occasion à leurs sbires de vous traîner dans leurs bastilles. Quand ils paradent devant vous, insultant à votre misère et à votre dénument, tournez le dos et gardez le silence que vous observez sur le passage d'un mort. Les matérialistes feront bien de chanter notre hymne aux Monarques couronnés ou de chapeaux coiffés. Il est d'actualité. Quant à nous, simples mortels, nous ne pouvons que vous dire : Voici les bouffes-galette, riez, saluez, admirez, pleurez, maudissez, montrez le poing ou courbez le front ! question de tempéremments, affaire de conscience, mouvement de dignité ou d'avillissement, de noblesse ou platitude. Elevation ou dégradation de l'Être ; rugissements du Chion ou sifflement de serpent. Manifestation de l'homme grand, juste, libre ou applatissement de l'esclave devant ses maîtres. Pour nous, vraiment, devant les bouffes-galette, rions quand ils font la pantomime et rugissons quand ils jouent de la vie et la liberté des Dieux ! [2] Mme Romanoff [1] Illisible dans l'original fourni par *Archives anarchistes*. [2] Trois vers sont illisibles dans l'original fourni par *Archives anarchistes*.