À Ludovic Bertrand,
N'en déplaise au camarade Bertrand, le lavage de la vaisselle qui lui paraît sans grandeur et sans rapport avec l'anarchisme est une chose essentielle dont une humanité supérieure, même anarchiste ne pourra se désintéresser.
Admettons, pour ne pas détruire les illusions qu'il paraît avoir sur la science dont il attend beaucoup, que la « nouvelle espèce » lavera sa vaisselle à la mécanique, électriquement ou autrement ; un fait demeure : il faudra la laver. Et, fut-elle réduite à la bonbonnière renfermant les pilules chimiques quotidiennes, hebdomadaires, mensuelles, semestrielles ou annuelles qui, la science aidant, seront suffisantes aux besoins nutritifs de la nouvelle espèce entrevue par Bertrand, il faudra la laver.
J'avoue qu'à ce moment encore très éloigné sans doute la question du lavage de la vaisselle aura perdu de son acuité. Pour l'instant, je ne la trouve pas si infime, cette question, et je pense que si l'humanité lavait beaucoup plus sa vaisselle, il y aurait des chances qu'elle l'ait salie en y mangeant un peu plus. Les familles qui se couchent sans souper n'ont pas de vaisselle à laver.
Je sais bien que Bertrand n'envisage pas la question d'aussi bas. Il plane et la voit de haut. Pour le rejoindre dans ses hauteurs chimériques il me faudrait des ailes. Celles d'Icare. Je les trouve dangereuses. Je préfère le laisser se perdre dans les espaces de la fantaisie, à la recherche de son « espèce nouvelle » qui naît à peine et planera sans doute aussi quand elle aura des ailes si jamais elle en a. Mais en eût-elle, il lui faudra toujours redescendre de temps en temps sur terre pour laver la vaisselle... ou autre chose.
Conclusion : Ami Bertrand pourquoi voir si grand ?
Levieux