La vie sociale et son observation au quotidien laisse transparaître une réalité très peu interroger par les sciences sociales. Une réalité qui fait du corps un objet théorique de toutes les expérimentations humaines. Au Gabon, cette réalité est observable à partir de la pratique sportive notamment celle des arts martiaux et sports de combat. Le milieu sportif gabonais est donc un excellent laboratoire expérimental pour les sciences sociales notamment de l’anthropologie. Car certaines réalités échappent à l’analyse scientifique des faits sociaux. Tel est le cas de la pratique anarchiste du sport gabonais. En effet, au Gabon, le sport se révèle être un terrain ou se dévoile et se joue les inégalités démographiques et des pratiques culturelles. Malgré son unicité apparente, le peuple gabonais souffre dans son intérieur d’une disparité ethnique mettant à mal la notion d’État-nation. Un peuple s’illustre dans cette disparité par sa pratique sportive. Il s’agit du peuple Fang, connu comme étant un peuple de guerrier et qui n’hésite pas à revendiquer ce statut sur les aires de jeux notamment par la pratique non conventionnelle, dit-on des arts martiaux appelés : sorcellerie sportive. Avec la codification sportive et le respect des normes de pratique en matière d’arts martiaux et sports de combat, comment justifier la pratique sorcellaire ou surnaturelle et belliqueuse des sportifs fang ? Autrement dit, qu’est ce qui est à l’origine et favorise cette pratique singulière des arts martiaux au Gabon ? Il semblerait que pour le peuple Fang, la pratique des arts martiaux venus d’Asie ne soit que le prolongement de leur culture guerrière traditionnelle et un terrain propice aux démonstrations du savoir-faire ancestral.
L’objectif de cette étude est de comprendre premièrement, les différentes mutations de la pratique martiale gabonaise vue sous l’angle de la pratique dite sorcellaire ou surnaturelle du sport en partant de ce que l’on pourrait qualifier de mouvement anarchiste chez les fangs du Gabon. C'est-à-dire, nous voulons comprendre en premier lieu comment le mouvement que l’on qualifie d’anarchiste chez les fangs à modifier la pratique des sports de combats et des arts martiaux chez ses derniers. Deuxièmement, il s’agit d’analyser la capacité d’adaptation des arts martiaux asiatiques aux contextes socio-politico-culturelle et aux systèmes de représentation fang du Gabon. C’est donc à une analyse approfondie de la pratique martiale fang et de son interprétation sociale dont il est question dans ce travail.
L’orientation théorique de ce travail porte d’une part, sur l’anthropologie du corps et du sport, d’autres parts sur de l’interactionnisme symbolique. La méthode utilisée dans ce travail est l’observation participante en vue de répondre scientifiquement aux interrogations posées plus haut, et les techniques utilisées sont des entretiens directifs et semi-directifs. Nous avons utilisé comme matériels de travail au cours de cette enquête : un dictaphone enregistreur numérique, un bloc-note, un stylo et un appareil photographique numérique. L’enquête de terrain a eu lieu à Libreville dans la province de l’Estuaire au Gabon. Le mois de décembre 2023 à marquer le début de cette enquête auprès de dix (10) pratiquants maîtres instructeurs d’arts martiaux asiatiques tous ressortissants fangs dont la tranche d’âge varie entre 55 et 70 ans. Ses derniers ont été interrogés sur toutes les facettes de la pratique surnaturelle ou sorcellaire des arts martiaux asiatique au Gabon. Lors de cette enquête, il s’est révélé que la pratique surnaturelle des arts martiaux ou la sorcellerie sportive soit le résultat d’un long processus dont l’origine est l’histoire du peuple Fang et de leur vécu dans la société gabonaise des temps anciens. Une traçabilité qui laisse transparaître l’existence d’une forme d’anarchisme théorique qui est le socle de la pratique sportive du peuple Fang du Gabon.
Pour comprendre et déterminer l’angle définitionnel de la notion d’anarchisme et sa théorisation au Gabon notamment par le peuple Fang, il est important de faire un recours littéraire aux sources bibliographiques qui constituent généralement un problème crucial pour l’étude de l’anarchisme. Ce qui donne un accès libre à diverses interprétations. J. Moulaert (1996, p 12) souligne le fait que : « ces lacunes seraient en partie dues au manque de sources sur l’anarchisme, celles-ci se limitant souvent aux journaux ». Et ce problème se pose avec une acuité toute particulière pour l’étude des pays africains. En effet, la traçabilité des mouvements anarchistes africains son méconnu pour la plupart. L’historien anglais B. Anderson (1996, p 64) perçoit bien cependant l’idée d’une affinité intime et profonde entre l’anarchisme, le corps et la diversité des cultures et des pratiques culturelles et des apprentissages humains. « Partout où il y a l’homme, il y a l’anarchisme. Cela est autant plus vrai pour des sociétés longtemps jugées sans écriture ». Ce qui place l’Africain directement dans le processus de l’émanation de l’anarchisme, car étant scientifiquement prouvé premier homme sur la terre. Ainsi, pour définir l’anarchisme, E. Jourdain (2020, p. 8) affirme que :
« L’anarchisme est encore aujourd’hui mal compris, souvent considéré comme une doctrine prônant le désordre et le chaos, où toute vie politique serait impossible. Or, L'anarchie, ou société libertaire, est une société fondée sur la démocratie directe sans système de pouvoir vertical tel qu'un gouvernement non soumis au peuple. L'anarchisme, regroupe plusieurs courants de philosophie politique développés depuis le XIXe siècle sur un ensemble de théories et de pratiques antiautoritaires fondées sur la démocratie directe et ayant la liberté individuelle comme valeur fondamentale ».
De ce fait, l’on comprend mieux pourquoi l’anarchisme est longtemps resté la marque de fabrique des peuples africains au moment des indépendances, refusant de se soumettre aux colons considérer comme envahisseurs. C’est ainsi que B. Brecht (1974, p.12) affirme que :
« Qui reste au coin du feu quand la lutte commence et laisse d’autres défendre sa cause qu’il prenne garde, car s’il n’a pris part à la lutte, il partagera la défaite. Il n’échappera même pas à la lutte en voulant l’éviter, car luttera pour la cause ennemie, celui qui n’a pas lutté pour la sienne ».
Cette affirmation montre et place la notion de liberté individuelle et collective dans un rapport de force physique avec la violence. La liberté définit comme étant la capacité de se déterminer soi-même à des choix contingents est un état d’esprit, une façon de vivre et de pensée. La liberté s’arrache et surtout se mérite. Nul ne peut accéder à la liberté sans lutter de quelques manières que ce soit. Lutter contre une force opposée mise en place par une minorité qui génère les contradictions au sein de la société. Lutter revient à choisir un camp, une méthode, donc une manière d’aborder le problème. Cette liberté qui avec le colonialisme des pays d’Afrique était devenu un rêve qui devait absolument se réaliser. Bon nombre de pays comme le Gabon se sont donné les moyens de réaliser ce rêve par des révoltes internes. Certains auteurs montrent comment prend forme une révolte dans la société et comment le peuple choisit la manière de la conduire. C’est ainsi que d’après T. Tazdaït et R. Nessah (2008, p. 78) : « une révolution émerge dès lors que les masses entrent dans un état cognitif de frustration ou de privation vis-à-vis d’objectifs qu’elles ne peuvent atteindre. Elles élaborent alors des alliances interassociatif et finissent par établir une sécession ». La sécession est une théorie qui au lieu de tenter de réformer le groupe dominant, voire l’État (pouvoir oppresseur), préfère s’approprier une aire géographique pour y envisager la mise en place de leur propre mode de vie. Cette définition sur la théorie du choix révolutionnaire de la sécession et la manière dont elle est mise en place correspondrait de près au choix fait par le peuple fang pendant la « révolution » du mouvement obane1, celui de faire la sécession sur certaines provinces du Gabon notamment la province du Woleu Ntem, de l’Ogooué Ivindo, du Moyen Ogooué et une partie de la province de l’Estuaire.
En effet, le peuple Fang avec l’arrivée des explorateurs a vu son expansion territoriale s’arrêter selon G. Balandier (1978, p. 56).
« Après de nombreuses négociations entre les colons français et les autochtones sans succès, les fangs décident de se révolter en combattant l’envahisseur français devenant très gênant ». Le fait d’être en contact avec les colonisateurs permet au peuple fang d’identifier ses besoins en cause et dans certains cas, aussi ses valeurs. La révolte a donc été pour les fangs une invitation à retrouver la liberté.
Plus tard, après de nombreux affrontements, les fangs décident d’établir une sécession regroupant la province du Woleu-Ntem et celle de l’Estuaire du Gabon en passant par l’Ogooué Ivindo et le Moyen Ogooué qu’ils vont farouchement défendre en livrant des affrontements sanglants et meurtriers. C’est ce que résume le Congrès de Mitzic, qui en 1947 est selon l’histoire le premier sommet international qui rassemble tous les fangs de l’Afrique Centrale, notamment, du Cameroun, de la Guinée Equatoriale, du Gabon et du Congo. Ce Congrès consista selon D. Meyo-Me-Nkoghé (2011, p. 22) : « à protester contre l’occupation européenne et à redéfinir les clauses de leur installation dans cette région stratégique de l’Afrique centrale, considérée selon eux, comme un espace stratégique sur le plan sociopolitique, culturel, linguistique et économique ». Pour mieux comprendre les motivations de l’organisation de ce grand Congrès fang qui promulguera la naissance des mouvements que l’on peut qualifier anarchistes au sein de la population gabonaise, il semble important de retracer dans un premier temps le clivage politique qui primait dans les années 1940 à 1947.
Entre les années 1940 et 1947, le peuple Fang vit de multiples agressions externes de la part des Colons français et allemands qui à cette époque gouvernaient la province du Woleu Ntem situé au Nord du Gabon, mais également des groupes de populations qui vivaient déjà sur les côtes gabonaises. L’année 1946 marque particulièrement les esprits suite à l’entrée à l’Assemblée nationale des premiers députés gabonais. C’est ainsi que Le 10 novembre 1946, Jean Hilaire Aubame, qui se présente au nom de la SFIO, est élu député du Gabon à l’Assemblée nationale, avec 7 069 voix sur 12 528 suffrages exprimés. Toujours en 1946, Léon Mba, après son retour d’exil avait fondé le Comité mixte gabonais. Donc, pour les fangs en général, c’était l’occasion de s’imposer face à ce foisonnement d’idées libertaires véhiculées et soutenues par la jeune génération, à savoir : une idéologie qui préconise la suppression de l'État sous toutes ses formes, en présentant combien l’autorité étatique est irrationnelle et immorale par des actes qu’elle pose. Combattre contre les préjugés, les inégalités en voulant faire restaurer l’entraide et l’association volontaire comme seul moyen pour permettre aux hommes de s’affranchir de l’État tout en restant libres.
Il faut donc comprendre l’intérêt affiché par le mouvement fang « Obane » qui serait celui de la survie du groupe auquel il dépend. Lutter serait donc un plaisir, le plaisir d’affirmer ses principes égalitaires. À ce sujet, Kropotkine (2006, p. 86) affirme qu’« une fois que tu auras vu une iniquité et que tu l’auras comprise, une iniquité dans la vie, un mensonge dans la science ou une souffrance imposée par un autre, révolte-toi contre l’iniquité, le mensonge et l’injustice ». Suite à cela, se révolter n’est nullement question de situation sans loi. Au contraire, se révolter, c’est amener le changement, avancer, progresser vers des situations meilleures. C’est ainsi que Kropotkine qualifie la révolution et invite à prendre conscience qu’il est important de se révolter et de donner sa vie pour mieux la vivre ne fuit que le temps de la révolte. En parlant de révolte, il revient à recadrer le sens que nous lui donnons tout au long de ce travail. Nous devons convenir ensemble d’une définition de ce terme. Élisée Reclus (1894, p 3) a bien défini ce thème. Pour lui, « anarchie ne signifie pas seulement société libre et coopérative dans le futur, mais tout aspect d’une telle société qui serait d’ores et déjà acquis ». Elisée Reclus soutient que :
« La société anarchisante a longtemps été dans un processus de développement rapide, et qu’elle peut être vue partout où l’esprit d’enquête rejette les vieilles formules, où la volonté humaine s’affirme à travers des actions indépendantes ; partout où des gens honnêtes, se rebellant contre tout renforcement de discipline, se joignent librement afin de s’éduquer et reprennent en main, sans aucun maître, leur part de vie et l’entière satisfaction de leurs besoins ».
Le processus de développement dont il est question ici selon le cas d’étude est sans doute l’évolution sociale dans toutes ses formes : technique, culturelle, économique, etc. Cette évolution dont parle Elisée Reclus est le mouvement infini de tout ce qui existe, la transformation incessante de l’univers et de toutes ses parties depuis les origines éternelles et pendant l’infini des âges. Tout est mouvement et changeant dans le changement. C’est probablement à ce sujet que A. Laurent de Lavoisier (1789, p. 142) disait que « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Cette transformation de l’évolution n’est en réalité que le mouvement continu de la vie ; le cycle normal de la transformation et de l’évolution constante de la nature humaine et des choses.
Dans cette dynamique de la vie, il faut noter une multitude d’événements appelés révolutions à savoir : révolution économique, astrologique, géologique, politique ou culturelle. Ces révolutions se succèdent périodiquement dans l’évolution universelle ; aussi infimes soient-elles, ces révolutions font partie du changement et du développement infini de la dynamique sociale. Ainsi, la science ne fait aucune opposition entre les mots évolution et révolution qui se ressemblent fort, mais qui, dans le langage commun, sont employés dans un sens complètement distinct de leur signification première.
L’évolution serait synonyme de développement graduel, continu, dans les idées et dans les mœurs, et présentée comme si elle était le contraire de cette chose effrayante, la révolution, qui implique des changements plus ou moins brusques dans les faits sociaux. Or, comme le dit G. Balandier (1995, p. 163) « l’on ne se souvient de la violence que lorsqu’elle déborde, lorsqu’elle éclate et déferle or, on sait qu’il ne s’agit là que d’une sorte de retour du refoulé qui manifeste l’échec de la négociation de la société avec sa propre violence ». C’est lorsque la violence est mal négociée, mal prise en charge dans la vie quotidienne qu’elle se sédimente et peut réapparaître tôt ou tard sous une forme subite et particulièrement brutale appelée : la révolution. Il est urgent de comprendre que l’évolution embrasse l’ensemble des choses humaines et l’anarchisme nommé révolution doit l’embrasser aussi, car la révolution n’est que de l’évolution. C’est exactement ce type d’évolution appelée anarchisme que le peuple Fang c’est servi pour repousser les colonisateurs et surtout pour s’imposer dans la vie politique gabonaise. Les fangs se sont organisés en sous-groupe ou associations d’une manière volontaire et organiser de sorte qu’il n’existe pas de chef, mais que prévôt la libre association volontaire des consciences pour un but commun celui d’être libre. C’est ainsi que naît les mouvements anarchistes Fang qui abondent l’histoire du Gabon.
En acceptant d’utiliser le terme révolution, c’est pour nous une manière de bien fixer nos idées et de démontrer que l’anarchisme n’est pas l’absence de gouvernement. C’est plutôt refuser d’être sous la supériorité d’un seul homme qui finit toujours par s’identifier à Dieu. Comme le soutien D. Colson (2004, p. 12) « C’est également le moyen, la capacité des hommes et femmes à composer un monde sans échelle, sans supériorité ». Cette conception de l’anarchisme rejoint sans doute celle de P. Joseph Proudhon (2009, p. 256) quand il affirme que, « l’anarchie, c’est l’ordre sans le pouvoir étatique ». C’est certainement cet ordre sans pouvoir étatique que le peuple Fang a sûrement dirait-on voulu instaurer à travers le mouvement obane. Mais cette résolution d’obtenir un ordre sans pouvoir centraliser aurait pu être possible par la seule volonté du peuple Fang. Cette volonté de rechercher la liberté définie comme étant « l’anarchie du réel » qui, nous dit D. Colson (2004, p. 16) :
« Offre la possibilité de construire, de façon volontaire, de l’intérieur des choses et des situations un monde pluraliste où les êtres, en s’associant, et sans jamais renoncer à leur autonomie première ont la capacité de se libérer de la servitude, de libérer et d’exprimer la puissance et les possibles qu’eux, les autres et le monde portent en eux-mêmes ».
Ce serait peut-être de cette façon et dans le même ordre d’idée que ce serait constitué probablement le mouvement obane, défini comme un mouvement contestataire construit par la volonté des hommes capables d’exprimer leurs forces et leur puissance. Cette force ou puissante ne peut s’exprimer qu’à travers le corps qui est le réceptacle de toutes les émotions et la manifestation de la pensée anarchiste. Car sans le corps aucune idée ne peut véritablement se manifester dans la société. Le corps se révèle être l’instrument de toute manifestation psychique de la pensée libertaire ou anarchiste. Pour le peuple Fang du Gabon, le corps reste le seul instrument de l’exercice du pouvoir. Il est ce par quoi le pouvoir se manifeste et prend forme. Pour que ce dernier puisse manifester sa toute puissance, il a besoin d’un espace propre à son déploiement. Cet espace est la lutte traditionnelle fang ou (Mesing). C’est grâce à elle et de sa pratique dite surnaturelle que le peuple Fang a pu repousser les envahisseurs par le passé. Cette méthode de combat guerrière traditionnelle et surnaturelle appelé le Mesing ou lutte traditionnelle fang a été utiliser par le mouvement contestataire Obane pendant plusieurs décennies au Gabon. Le peuple fang utilise les pratiques sorcellaires ou surnaturelles à travers la lutte pour combattre l’oppresseur « l’ennemi ». Cette sorcellerie du Mesing, en tant que processus à « repenser l’animalité » de l’homme, a résisté et traversé les temps, les époques et se retrouve de nos jours dans la pratique du sport moderne. On la rencontre surtout dans les sports de combat et les arts martiaux proches de la lutte traditionnelle, et ce, dans leurs théorisations et leurs exécutions. C’est ainsi que l’on parle de sorcellerie sportive.
Dans la pratique des arts martiaux, la force physique donc le corps est le premier outil utile pour vaincre un adversaire. Cet outil qui est le corps se dote d’une force ou technique surhumaine que les fangs appelle eseneya1. Une donnée de la sorcellerie africaine des temps ancien, mais transposer dans la modernité. C’est ainsi que « La sorcellerie d’origine rurale se manifesterait de nos jours sous des formes concrètes de croyances et de rites et conserverait ainsi une place de choix dans notre imaginaire collectif », nous dit L. Obadia (2005, p. 22). Cette sorcellerie est déployée de nos jours dans la pratique du sport au Gabon notamment les arts martiaux et sports de combat. Ou l’on retrouve de plus en plus de faits marquants d’origine surnaturelle qui concourt à la réalisation des proues spectaculaires et favorise les victoires insoupçonnées. Le corps est dont l’outil essentiel de la pratique sportive et en même temps l’outil indispensable de l’anarchisme. Il est ce par quoi se manifeste les idées et théories anarchistes. Sans le corps, point de théorisation de l’anarchisme. Le corps étant l’élément essentiel de l’exercice du pouvoir. Les théories anarchistes telles que nous les connaissons ont émergées dans les sociétés à travers la lutte acharnée des peuples opprimés face aux gouvernants. Cette lutte qui mettait en avant l’expression corporelle pour l’affirmation des droits des populations traduit l’importance du corps comme objet central de l’exercice du pouvoir. Sans le corps point de pouvoir. Le corps se révèle donc être le siège du pouvoir. Dans la société Fang, le corps est perçu comme le pilier de toute réalisation sociale. Cela est valable aussi bien pour la gestion de la cité et de la pratique des arts martiaux et sports de combat. Le corps se révèle donc être cet élément sans lequel aucune réalisation n’est possible en pays fang.
La pratique sportive et le succès qu’elle procure socialement reste un sujet d’analyse scientifique dont les interprétations varient d’un chercheur à un autre. Pour F. Ollier (2017, p. 8), « le succès du sport n’est en ce sens, pas surprenant, compte tenu de la réalité sociale de cette recherche insatiable de pureté, de transparence, de simplicité ». Fabien Ollier pense que les performances obtenues en sport de nos jours sont souvent influencées par les pratiques de ce qu’ils appellent « la magie sportive » que nous nous appelons « sorcellerie sportive ». Cette sorcellerie sportive mise en place par les sportifs à travers le corps donne à ce dernier selon Fabien Ollier une double personnalité. Le cas des sportifs asiatiques notamment des chinois dans la pratique des arts martiaux et sport de combat est un bel exemple ou grâce à la pratique assidue de certaines techniques et la répétition de certains mouvements finissent par transformer le pratiquant ou sportif en guerrier des temps moderne. Comparer aux sportifs gabonais fang, cette relation de double personnalité est un enjeu primordial, obligatoire et indispensable pour la survie de la culture guerrière fang. Elle permet en outre à ce dernier de s’adapter aux nouveaux dogmes sociaux en favorisant son intégration dans le mélange des cultures. Le sportif fang utilise à l’instar de toute la formation physique exiger dans la pratique martiale, un autre moyen ou une autre force extra humaine que l’on préjuge traditionnelle. Il s’agit certainement de cette entité extrahumaine dont parle F. Ollier, qui dédouble le sportif et que les fangs nomment l’Eseneya. K. Min-Ho (1999, p. 234) dans son étude commence par se questionner sur la nature des arts martiaux. « Que sont les arts martiaux ? Sont-ils de simples sports de combat ? Ou une « mystique » teintée d’exotisme » ? Il se propose d’en découvrir alors le sens global. Une anthropologie historique de l’origine des arts martiaux est alors établie pour comprendre les fondements théoriques des pratiques martiales et corporelles asiatiques. Ce détour par les sources des arts martiaux est le préalable d’une analyse que l’auteur fait du processus de modernisation auquel les arts martiaux sont soumis. Il affirme que les échanges, guerriers d’abord, économiques et culturels ensuite, avec les pays occidentaux ont conduit à une très large diffusion des arts martiaux asiatiques. Ce fut le cas en France. C’est à travers une comparaison des pratiques en France et en Corée que l’auteur met à jour les caractéristiques anthropologiques des arts martiaux modernes. Cette démarche dynamique permet d’expliquer comment les arts martiaux s’adaptent au changement social et finalement de mieux comprendre leur apport aux sociétés modernes.
Concernant la pratique sorcellaire des arts martiaux au Gabon par les fangs, c’est la même démarche théorique que nous avons adopté pour comprendre la nature, la structure, et les origines ainsi que l’évolution de cette pratique sorcellaire des arts martiaux et son adaptation dans le monde sportif des fangs du Gabon en lien avec le mouvement anarchiste obane. K. Min-Ho (1999, p. 239) pense qu’ :
« Il nous est difficile de soutenir la thèse selon laquelle la création originelle des arts martiaux serait exclusivement imputable au chinois ». Car, les arts martiaux ne sont pas de simples productions naturelles, ils sont constamment attachés au contexte géographique, ethnique, morphologique, culturel, philosophique, religieux, politique, militaire et économique des lieux de leurs productions. Quand les hommes primitifs se battaient (…) ils utilisaient certaines techniques, il peut être établi qu’ils connaissaient déjà les techniques de combats. Bien que ces procédés viennent des comportements instinctifs des animaux »
De mêmes, pour J. Kem (2010, p. 23), « l’étude des techniques guerrières, quelques soit l’endroit dont les disciplines pratiquées sont originaires, elles sont toujours abordées sous l’angle particulier de la tradition ». Si la tradition est le socle de toutes pratiques traditionnelle comme l’affirme J. Kem, il est alors possible de croit que le contexte de production de la pratique sportive et son mode de diffusion chez les fangs reste du domaine de l’expression culturelle. Chaque peuple ayant à un moment de son histoire traverser des situations belliqueuses lui permettant d’assoir une technique ou théorie martiale qui serait basée sur l’imitation de la nature, on comprend mieux pourquoi les arts martiaux asiatique pratiquer par les fangs du Gabon trouvent un écho favorable dans l’applicabilité de leurs exécutions sociales. Le prototype de la pratique des arts martiaux asiatiques chez les fangs du Gabon serait basé sur la pratique ancestrale du Messing ou lutte traditionnelle fang.
Au regard du foisonnement des associations et des clubs sportifs sur le territoire gabonais et du caractère infini des innovations observables dans la pratique des arts martiaux et les sports de combat par les fangs. Le façonnement de la personnalité du sportif notamment fang s’avère s’opérer consciemment par des institutions traditionnelles tel que le mouvement anarchiste obane et par le jeu des règles et des pratiques habituelles. Les fangs à travers leur corps, véhiculent et transposent une connaissance ancestrale de la lutte traditionnelle. Une connaissance et pratique qui est la vitrine du corps, c’est à travers le corps support indéfectible du façonnement de la personnalité du pratiquant d’arts martiaux au Gabon que se manifeste le pouvoir traditionnel de l’esseneya. Le corps est donc un réceptacle, et un attribut du pouvoir tant sur le plan politique, économique et surtout sportif.
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