Police française

Rapport de décembre 1961 sur l'AIT

décembre 1961

L'"ASSOCIATION INTERNATIONALE DES TRAVAILLEURS" (A.I.T.), fondée à Berlin en 1922, fonctionne en France depuis juillet 1953 sans l'autorisation ministérielle instituée par le décret du 12 avril 1939, qu'elle n'a d'ailleurs jamais sollicitée.

Son siège, initialement fixé 39 rue de la Tour d'Auvergne (9ème), dans les locaux de la Confédération Nationale du Travail (Section Française), a été transféré 4 rue de Belfort à Toulouse au mois d'août 1958.

Cette organisation, d'esprit libertaire, se proclame toutefois indépendante de tout parti ou formation politique. Ses principes sont basés sur l'instauration d'une Société sans Etats, ni classes sociales, qui assurerait à tous les Hommes, moyennant un effort de solidarité, le maximum de liberté et de bien-être. Karl MARX a été, dès 1862, l'initiateur, sur un plan très général, de cette théorie que les anarchistes ont faite leur.

Depuis sa création, l'"Association Internationale des Travailleurs" n'a trouvé que peu d'encouragements de la part de la classe ouvrière et, de ce fait, n'a jamais atteint une importance réelle.

Actuellement, elle comprend douze sections :

A noter que la Confédération Nationale du Travail Espagnole a fait l'objet, le 24 novembre 1961, d'un arrêté ministériel portant retrait d'autorisation de fonctionner sur le territoire français.

Chaque membre adhérent des organismes composant l'"A.I.T." verse, par l'intermédiaire de sa section, une cotisation annuelle fixée à 4 N.F.

L'"Association Internationale des Travailleurs" édite, sous le sigle A.I.T., une publication mensuelle bilingue (français-espagnol) réalisée sur les presses de l'Imprimerie des Gondoles à Choisy-le-Roi. Son tirage est de l'ordre de trois mille exemplaires. Elle a été déclarée le 14 février 1957 au Parquet d'Avignon.

L'Association est administrée par un secrétariat composé comme suit :

Il faut immédiatement en déduire que l'"A.I.T." est pratiquement entre les mains des anarchistes espagnols et ce, depuis longtemps. L'interdiction faite à la Confédération Nationale du Travail Espagnole d'exercer son activité sur le territoire français laisse cependant à ces libertaires, fixés pour la plupart dans le Sud-Ouest, un levier de commande, celui constitué par l'"A.I.T.".

Ci-après, les renseignements recueillis sur ESGLEAS-JAIME qui, seul, est connu des services de la Préfecture de Police.

ESGLEAS JAIME José, dit "Germinal", né le 5 octobre 1903 à Malgrat (Espagne), réfugié espagnol, est marié avec sa compatriote MONTSENY-MANI Federica, née le 15 avril 1904 à Madrid.

Ces étrangers, qui résident, croit-on, à Toulouse, sont arrivés en France en février 1939 lors de la retraite de Catalogne. Jusqu'en juin 1940, ils ont demeuré à Combs-la-Ville (Seine-et-Marne).

ESGLEAS est secrétaire général de l'"Association Internationale des Travailleurs", ayant son siège social 4 rue de Belfort à Toulouse. Il est, en outre, directeur de l'organe mensuel de l'association intitulé "A.I.T.".

ESGLEAS et sa femme sont, depuis longtemps, dirigeants de la Fédération Anarchiste Ibérique (F.A.I.) et de son prolongement syndical, la Confédération Nationale du Travail Espagnole.

Mme ESGLEAS, plus connue sous le nom de Federica MONTSENY, a été Ministre de la Santé Publique dans le Gouvernement républicain espagnol formé par le leader socialiste LARGO-CABALLERO.

Dans le monde politique espagnol, elle a toujours été la rivale de Dolores IBARRURI, dite "La Pasionaria", héroïne des communistes. Son mari n'est encore qu'un instrument de sa haute personnalité reconnue même par ses adversaires.

Elle représente actuellement la tendance "dure" dite extrémiste de la Confédération Nationale du Travail Espagnole.

Sa combativité s'est manifestée, une fois de plus, au cours du congrès organisé par l'"Association Internationale des Travailleurs" en septembre 1961 à Bordeaux. Elle est intervenue avec vigueur contre la tendance des représentants des cercles anarcho-syndicalistes de Suède et des Pays-Bas qui critiquèrent "l'action rétrograde" de l'"A.I.T.".


extrait le 12 septembre 2026 de la collection d'Archives anarchistes, tiré du dossier de police "GA 189" aux Archives de la préfecture de police de Paris.