Police française

Rapport du 17 octobre 1955 sur Daniel Guérin

17 octobre 1955

17 Octobre 1955.

GUERIN Daniel, Eugène, Edmond né le 19 mai 1904 à Paris (17ème), de Louis et d'EICHTAL Juliette a épousé le 29 septembre 1934 aux Lilas (Seine), Fortwalgler Maria, Henriette née le 13 juillet 1909 à Branhof (Autriche), devenue française par mariage.

Il a une fille.

Depuis 1945, il est domicilié 11 quai aux Fleurs à Paris (4ème) dans un appartement dont il est propriétaire.

Par ailleurs, il réside environ huit mois par an dans une propriété à La Ciotat (Bouches-du-Rhône).

GUERIN a accompli son service militaire de 1924 à 1926 au 158ème régiment d'infanterie, stationné à Strasbourg (Bas-Rhin). Après avoir suivi les cours d'élève officier de réserve, il a été promu sous-lieutenant mais a été dégradé, par la suite, pour indiscipline et libéré comme 2ème classe.

En septembre 1939, alors qu'il se trouvait en Suisse, il n'a pas déféré à l'ordre de mobilisation générale et a été déclaré insoumis. Il aurait toutefois rejoint son unité dans les mois suivants, car le 1er février 1940, il a été inculpé par le Juge d'Instruction du Tribunal Militaire du Quartier Général des Troupes du Levant à Beyrouth, pour rebellion par militaires armés.

On ignore quelle suite a été donnée à cette affaire.

Ancien ouvrier typographe, GUERIN a travaillé en cette qualité avant la guerre, à l'"Union des Syndicats de la Région Parisienne" ? Après l'occupation, il a été employé au "Cercle de la Librairie", 117 boulevard Saint-Michel (5ème).

Se disant journaliste, il est également membre de la "Société des Gens de Lettres". Il est d'ailleurs l'auteur des livres intitulés "La peste brune est passée par là", et "Fascisme et grand capitalisme", ouvrages parus avant la guerre, ainsi que du livre "Où va l'Amérique", ouvrage paru à la suite d'un voyage qu'il a effectué aux Etats-Unis au cours des années 1947 et 1948.

Auparavant, en 1937, il était gérant du journal "Appel" organe de défense des Indochinois, dont le siège se trouvait 24 rue du Dragon (6ème). Il a été aussi, avant 1939, administrateur du journal "Die Neue Front", organe des ouvriers socialistes allemands ainsi que pendant peu de temps rédacteur au "Cri du Peuple", journal de la Ligue communo-trotskyste.

En 1945, il a écrit dans "Liberté, Volonté, Fraternité", feuille à tendance trotskyste. Enfin, en janvier et février 1953, dans la publication progressiste "Les Temps Modernes" est paru sous sa signature, un article intitulé "Pitié pour le Maghreb", article qu'il a rédigé à la suite d'un séjour en Afrique du Nord et dans lequel il s'élève contre le colonialisme français.

Après avoir été en 1937 membre du Parti Communiste Français, puis dissident bolcheviste léniniste, GUERIN a donné son adhésion à la section française internationale ouvrière, où il s'est intégré à la tendance "gauche révolutionnaire". Il a adhéré ensuite au parti socialiste S.F.I.O. et a été élu, le 22 février 1938, membre de la Commission Exécutive de la Fédération de la Seine d'où il a été suspendu deux mois plus tard pour indiscipline.

Il a alors rallié le "parti socialiste ouvrier et paysan", fondé par MARCEAU-PIVERT, et dont il est devenu membre du comité exécutif.

En 1940, il s'est fait remarquer en fréquentant les milieux pacifistes libertaires de la capitale, notamment le siège de la "Patrie Humaine", organe du "Pacifisme Intégral". Son nom a aussi été relevé sur les listes d'abonnés saisies au siège du "S.I.A.", organe du mouvement "Solidaire Internationale Anti-fasciste", 26 rue de Crussol (11ème).

Enfin, à la même époque, il a joué un rôle actif dans l'organisation nationaliste algérienne "Parti du Peuple Algérien", fondé par MESSALI HADJ, et les anciens dirigeants de l'"Etoile Nord-Africaine", organisation dissoute par décret du 25 janvier 1937, pour activité anti-française.

Actuellement encore, il semble s'intéresser aux questions nord-africaines. C'est ainsi que dans le "Libertaire" du 16 décembre 1954, est paru le texte du télégramme qu'il a adressé à l'U.G.T.T. à l'occasion du 2ème anniversaire de l'assassinat de FERHAT HACHED, son secrétaire, télégramme dans lequel il déplore l'impunité dont ont joui ses assassins.

D'autre part, le 22 décembre suivant, il a reçu chez lui HABIB BOURGUIBA, leader du Néo-Destour tunisien.

Enfin, d'après le "Libertaire" du 3 février 1955, il a donné son adhésion au "Comité de Lutte contre la Répression coloniale".

Il est connu aux archives centrales de la direction des Renseignements Généraux et des Jeux pour avoir fait l'objet de plusieurs rapports, en raison de son activité politique précitée.

A son domicile, il a attiré l'attention en recevant de nombreux invertis, ceci en l'absence de sa femme et de sa fille qui résident aux Etats-Unis depuis plusieurs années. Il est d'ailleurs connu aux archives de la Brigade Mondaine, comme un homosexuel notoire, ayant entretenu des relations au cours de l'année 1952 avec un sujet allemand, SCHWIENS Rodolph, qu'il faisait passer pour son secrétaire-chauffeur.

Aux archives de la direction de la Police Judiciaire, il a un dossier se rapportant à son inculpation de rebellion de militaires armés.

Il est inconnu aux Sommiers Judiciaires.


extrait le 4 octobre 2026 de la collection d'Archives anarchistes, tiré du dossier de police GA 140 aux Archives de la préfecture de police de Paris