PREFECTURE DE POLICE
7 juin 1969
Un meeting de soutien à la lutte révolutionnaire du peuple palestinien s'est déroulé, hier au soir, de 21 h. 15 à 23 h. 40, à la grande salle de la maison de la Mutualité, 24 rue Saint-Victor (5ème), en présence de 1.200 personnes environ.
MM. Benoît NOLOT, militant du Comité Palestine, René RAINDORF, délégué des Comités Palestine de Belgique, Jean-Pierre VIGIER, un des principaux responsables du "Comité d'Initiative pour un Mouvement Révolutionnaire", PERTUS, collaborateur de "Tribune Socialiste", Daniel GUERIN, écrivain anarchiste, ROSENGAR, membre de "Tribune Socialiste", Jean-Paul ABRIBAT, du Comité Palestine de Bordeaux et Gilbert MURY, du Comité Palestine Ouvrier de Nanterre, ont, tour à tour, pris la parole pour condamner avec vigueur l'impérialisme américain et défendre "l'héroïque lutte du peuple palestinien".
Un meeting de soutien à la lutte révolutionnaire du peuple palestinien a eu lieu, hier au soir, de 21 h. 15 à 23 h. 40, à la grande salle de la Mutualité. Huit orateurs ont successivement dénoncé l'impérialisme américain et proclamé leur soutien aux révolutionnaires palestiniens, notamment à l'organisation "El Fatah". Ils ont été chaleureusement applaudis.
1.200 personnes environ ont assisté à cette réunion dont on trouvera, ci-après, le compte rendu.
M. Benoît NOLOT, militant du Comité Palestine, rappelle tout d'abord qu'il existe en France quatre interprétations de l'agression sioniste contre la Palestine :
1°) version gaulliste : cette agression est le résultat d'un désir d'expansion d'un peuple ;
2°) version de l'U.R.S.S. et des Etats progressistes arabes : cette agression est la volonté sioniste de "donner une raclée" aux Arabes. Cette attitude freine le processus progressiste social des pays arabes qui menace les capitalistes de ces nations ;
3°) les réactionnaires arabes ont des références religieuses pour justifier l'oppression à l'égard de leur peuple ;
4°) la version la plus répandue est celle du militarisme sioniste, de la défense contre le génocide.
"Il est intéressant de noter", remarque-t-il, "qu'aucune de ces versions ne tient compte du peuple palestinien. Toutes ignorent les facteurs qui motivent l'agression sioniste. Or, ce sont les mêmes qu'en 1956 : le nombre d'immigrants juifs décroît, le racisme antiarabe croît et l'inquiétude augmente devant le taux de croissance supérieur arabe. De plus, la lutte armée se développe et devient populaire et dangereuse pour le sionisme. Ces contradictions impliquent des impératifs : il faut développer l'idée de l'unité nationale et l'idéal de garder vivant le peuple élu.
"Israël se rend compte", poursuit-il, "que le problème de la Palestine actuellement est très différent puisqu'il s'agit d'une lutte populaire et non d'armées d'Etats en présence. Le sionisme veut continuer la guerre pour voler des territoires et y placer de nouveaux immigrants.
"La guerre est pour le sionisme le gage de la force, la garde des intérêts impérialistes. Elle rassure les investisseurs, mais ne peut être victorieuse devant un peuple qui lance un défi au sionisme.
"Nous devons développer des actions nouvelles, faire connaître l'action du peuple palestinien que le sionisme nie.
"La lutte du peuple palestinien est perçue en France comme une série d'actes terroristes. Cette propagande est construite de toutes pièces par le sionisme. C'est l'espoir de la victoire du peuple palestinien qui nous anime.
"Vive la lutte du peuple palestinien !".
M. René RAINDORF, délégué des Comités Palestine de Belgique lui succède :
"Je tiens", dit-il, "à remercier les camarades qui ont jeté les bases des Comités Palestine dans de nombreuses communes de Belgique, ce qui a abouti à la formation d'un comité national Palestine en Belgique. Rescapé des camps d'Auschwitz et de Mathausen. Je sais que le débarquement du 6 juin 1944 signifiait la libération de milliers d'hommes, aujourd'hui, des milliers d'hommes se souviennent de l'agression des impérialistes américains contre l'Etat palestinien.
"M. Gilbert MURY, dans une tribune libre du journal "Combat" titrée "El Fatah vaincra" a lancé un appel en vue de dénoncer la politique sioniste. La structure de base de l'Etat sioniste est raciste. Il importe de combattre le racisme antijaune, antiarabe, antijuif.
"C'est une hypocrisie d'annexer les juifs du monde entier pour les rendre solidaires du combat impérialiste de l'Etat sioniste".
M. René RAINDORF conclut : "A Bruxelles comme à Paris, le chant des Partisans vient de retentir. Ce chant s'applique aussi à la lutte héroïque du peuple palestinien.
"Vive la solidarité internationale ! Vive la lutte héroïque du peuple palestinien !". (applaudissements).
Le troisième orateur est M. Jean-Pierre VIGIER, un des principaux dirigeants du "Comité d'Initiative pour un Mouvement Révolutionnaire".
M. VIGIER déclare : "En juin 1967, une atmosphère de ratonnade régnait sur le boulevard Saint-Michel. Fascistes, banquiers, réactionnaires stationnaient devant l'ambassade d'Israël.
"Le peuple palestinien a pris le fusil. Rien ne change dans ce monde si les juifs ne prennent pas eux-mêmes en main leur destin. Il y a eu des manifestations d'étudiants, d'écoliers en Palestine, les impérialistes américains emploient au Sud-Vietnam les procédés qu'ils emploient en Palestine.
"Aujourd'hui, il existe une crise mondiale de l'impérialisme. M. ROCKFELLER, envoyé de M. NIXON, est accueilli en Amérique latine par des manifestations de masse d'ouvriers et de paysans. Au Sud-Vietnam, le gouvernement fantoche commence à s'écrouler.
"L'impérialisme américain exerce de plus en plus une emprise sur l'Europe occidentale. La gauche française devra prendre une position nette à l'égard d'Israël. M. DAYAN a séjourné au Vietnam comme conseiller de l'état-major américain, auquel il a reproché l'insuffisance de ses moyens (carence de l'aviation). (applaudissements).
M. Jean-Pierre VIGIER poursuit :
"Bataille du peuple algérien ; bataille des révolutionnaires français en mai 68, bataille des peuples palestinien, vietnamien, sud-américain. C'est une seule et même bataille. C'est une seule bataille, celle de l'internationalisme prolétarien. Révolution sociale et libération nationale des peuples sont identiques.
"El Fatah vaincra !" (applaudissements).
M. PERTUS, collaborateur de "Tribune Socialiste" remarque, tout d'abord, que la mobilisation était plus grande lors des combats aux côtés des Algériens et au sein des Comités Vietnam.
"Notre devoir est moins bien rempli envers le peuple palestinien, l'importance de la propagande se fait sentir jusque dans nos rangs. Certains militants utilisent un vocabulaire socialiste et éliminent dans leur interprétation l'élément impérialiste sioniste.
"Il faut dénoncer cette intoxication, mobiliser les militants révolutionnaires. Il faut expliquer la signification politique de cette lutte. En France dans les Comités Palestine, le travail est commencé, nous devons le renforcer malgré les difficultés faites par le gouvernement français aux militants palestiniens qui veulent expliquer la situation de leur pays.
"Chaque échec impérialiste représente une chance supplémentaire pour notre propre révolution. Nous devons dans chaque entreprise, faculté, quartier, diffuser le programme d'El Fatah.
"Vive la lutte du peuple palestinien !".
M. Daniel GUERIN, militant anarchiste, auteur d'écrits sur l'anarchisme, intervient à son tour. Il affirme être adversaire du sionisme depuis 42 ans.
"Je veux dans mon exposé", dit-il, "rechercher les pays du tiers-monde qui n'ont pas tout fait pour aider les palestiniens". Il cite le rapport de BEN BARKA d'avril 1965 et celui d'Ali YATA du parti marocain de libération et du socialisme, tous deux prenant position en faveur du peuple palestinien.
"Israël", poursuit-il, "prend la place de l'impérialisme là où celui-ci se voit obligé de partir et représente un moyen complémentaire de faire pénétrer l'influence occidentale.
"Israël donne son appui à des pays africains, dans le domaine de la spécialisation technique ; un syndicat a, avec l'aide américaine, édifié un institut agronomique pour des échanges de cadres africains et israéliens. L'aide militaire fournie à plusieurs pays d'Afrique noire a permis à certains d'entre eux d'établir des régimes impérialistes et antidémocratiques.
"Lors de la première conférence internationale, la politique israélienne n'a pas été unanimement condamnée, le ressaisissement s'est opéré seulement à la deuxième conférence. Le rôle des services secrets israéliens dans l'enlèvement de BEN BARKA a été des plus louches, mais les autorités ont vite étouffé les informations qui auraient pu arriver aux oreilles du grand public.
"A Cuba, lors du congrès culturel de La Havane, en janvier 1968, il n'a pas été possible de faire adopter une position nette en faveur des luttes de libération palestiniennes et les relations diplomatiques entre Cuba et Israël subsistent. Les véritables révolutionnaires", conclut-il, "doivent, pour le rester, prendre position très nettement et manifester pratiquement leur solidarité".
M. ROSENGAR, membre de "Tribune Socialiste", déclare pour sa part :
"Il faut détruire une équivoque qui existe en France et distinguer entre les révolutionnaires véritables et ceux qui se prétendant de gauche prennent position en faveur d'Israël sous prétexte que ce pays présente des institutions socialistes.
"Un camp de la gauche mondiale s'est créé qui refuse de prendre position devant "la lutte de deux peuples" opposés. Cette soi-disant gauche en ne prenant pas position se condamne à accepter l'impérialisme. Cette gauche ne répond pas à la question de l'implantation en Afrique d'Européens.
"Nous devons, au contraire de cette soi-disant gauche, apporter un soutien militant résolu et sans équivoque au peuple palestinien.
M. Jean-Paul ABRIBAT, marxiste-léniniste du Comité Palestine de Bordeaux, traite ensuite de l'action à mener en faveur du peuple palestinien.
"Quel est le juste soutien que les démocrates, les révolutionnaires français peuvent apporter à la lutte du peuple palestinien ?
"Il ne consiste pas à utiliser la lutte du peuple palestinien pour mener une révolution en France ; il ne s'agit pas de donner des leçons aux combattants palestiniens. Ils ont d'abord à compter sur leur propre force.
"Soutenir les Palestiniens, c'est lutter dans les mêmes conditions qu'eux.
"La soi-disant gauche des MOLLET, DEFFERRE et MENDES, c'est la gauche de la guerre en Algérie, cette gauche rencontre NIXON, maintenant, c'est l'aide de l'impérialisme américain en France.
"Le peuple palestinien a été longtemps l'objet de marchandage entre les grandes puissances. Ce n'est pas dans les bavardages de l'O.N.U. que se mène la lutte du peuple palestinien. Cette lutte est celle d'un peuple à l'avant-garde de la lutte antiimpérialiste.
"Dans un texte d'ANDRIEU on lit : "accepter la résolution de l'O.N.U. du 22 novembre 1968, c'est avancer dans la voie de la résolution du conflit". Ceci est une preuve de mensonge du révisionnisme moderne.
"La lutte du peuple palestinien est longue. La presse française est bourgeoise. En face de l'intoxication sioniste, il faut rétablir la vérité qui est "seule révolutionnaire" (Lénine). La notion du peuple juif est une notion raciste. La véritable question est dans l'impérialisme américain qui a pris au Moyen-Orient la place de l'impérialisme britannique.
"Il s'agit pour les révolutionnaires français de reprendre à leur compte les leçons de l'action révolutionnaire. Il s'agit de mobiliser pleinement les masses dans une guerre populaire révolutionnaire.
"Les impérialistes ne cesseront pas d'être des impérialistes. Vivre pacifiquement avec eux est une mystification (MAO-TSE-TOUNG).
"L'ennemi des peuples est partout le même. C'est avec la complicité de la police gaulliste que le camarade BEN BARKA a été assassiné.
"Les banquiers gaullistes oppriment les travailleurs algériens. L'ennemi est partout le même.
"Mobilisons les masses populaires jusqu'à ce qu'elles reprennent le drapeau révolutionnaire. Le révolutionnaire ne surestime, ni ne sous-estime ses forces. Nous allons vers un durcissement de l'Etat des monopoles.
"Vive la lutte des prolétaires et des peuples opprimés.
"El Fatah vaincra !".
Après ces différentes interventions, un message de soutien et d'encouragement à la réunion de ce soir est lu, émanant du Front de Libération National algérien.
Puis un Algérien de retour du Moyen-Orient vient apporter son témoignage à l'assistance.
"J'ai pris des contacts", dit-il, "avec la population parmi laquelle la misère règne à l'état endémique : tout va au budget de la Défense nationale. J'ai senti cette paralysie dans tous les regards. Palestiniens, Egyptiens, Jordaniens, ne sont pas antisémites, le dire c'est mentir. Je vous adresse le salut de la révolution palestinienne. A vous de répondre. Je sais que vous avez déjà répondu".
Un second message émanant du comité de soutien à la lutte du peuple argentin est lu à la tribune, d'après lequel le mouvement populaire n'a cessé de lutter contre l'impérialisme yankee.
M. Gilbert MURY, du Comité Ouvrier Palestine de Nanterre apporte les conclusions du meeting.
"Nous savons", affirme-t-il, "qu'il s'agit d'une lutte de libération nationale armée. L'action de guérillas se manifeste par l'intervention de commandos dirigés, non contre la population israélite, mais contre l'impérialisme sioniste.
"Les moyens d'action dont nous disposons à Nanterre au milieu de nos camarades arabes sont relativement faibles, mais il est décisif que les regroupements puissent se faire aussi dans les quartiers, les usines. Il faut susciter des rencontres entre camarades français et arabes.
"Par l'intermédiaire des Comités Palestine, l'internationale en lutte avec les Palestiniens arrivera à la victoire.
"Oser se révolter, c'est ce que nous ferons.
"El Fatah vaincra !".
La séance est levée vers 23 h. 40.