#title De Profundis ! #author Terre et Liberté #SORTtopics France, presse anarchiste, marxisme, Terre et Liberté, révolution #date 25 octobre 1884 #source extrait le 12 octobre 2026 de la collection d'*[[https://anarchiv.wordpress.com/2019/03/18/terre-et-liberte-1884-1885/][Archives anarchistes]]*, tiré *Terre et Liberté*, n°1 #lang fr #pubdate 2026-10-12T21:24:06 Depuis quelque temps, dans le clan des pacifiques, « on n'entend parler que de malheurs. » Après la chute significative de certaine association ouvrière, si chaudement patronée par les endormeurs de la politique actuelle, voici venir à bref délai la désagrégation complète et définitive — espérons-le — d'organisations syndicales soi-disant puissantes et inébranlables. Le « parti ouvrier » lui-même, le parti ouvrier du coin du quai — ne confondons pas — il y a d'ailleurs assez longtemps qu'on ne parle plus de l'autre — le « nouveau parti, » comme l'avait baptisé son pontife quasi excommunié maintenant, ne bat plus que d'une aile et s'apprête à faire entendre — enfin ! — le chant du cygne, depuis si longtemps prédit par les mauvais coucheurs qui formaient, il y a quatre ans à peine, le demi-quartron légendaire. A Rennes, que le brave monsieur qui dirige « moralement » — où cet adverbe va-t-il se nicher ! — le parti des travailleurs révolutionnaires français avait choisi pour être le siège d'une opération très délicate dont certaine affaire nous a donné la clef, c'est à peine si quelques douzaines de délégués se sont rencontrés et si l'intérêt de leurs discussions a seulement donné quelques lignes aux reporters à court de copie. Bah ! diront les imagés, — naïfs ou roublards, électeurs ou candidats, — qu'est-ce que cela fait ! On se trouvera bien le jour du scrutin, et les urnes seront pleines de bulletins révolutionnaires. Va-t-en voir s'ils viennent, les bouts de papier libérateurs ; va-t-en voir s'ils pleuvent les bulletins vainqueurs et s'ils s'annoncent les scrutins triomphants ! Rien de tout cela n'est venu ; rien de tout cela ne viendra pas, parce qu'enfin le populaire, si crédule, si peu ménager de sa confiance, si peu soucieux de ses intérêts, hélas ! commence à s'apercevoir qu'il est toujours l'éternel tondu, l'immanquable battu de cette farce dont il est la victime, et, berné par ceux-ci, trompé par ceux-là, comme Figaro, il se hâte d'en rire, de peur d'être obligé d'en pleurer ! N'est-ce pas, ma foi, ce qu'il a de mieux à faire ? Etre mangé à la sauce blanche ou à la sauce tomate, être rongé par les Ferry aujourd'hui ou par les Clémenceau demain, est-ce que pour lui il existe une différence sensible ? Il en rit donc, de son bon gros rire franc et sonore, qui peut faire croire à sa gaité, mais qui cache aussi son irrésistible désir d'envoyer un jour ou l'autre tous ces Bobèches politiques faire leur parade ailleurs. Ah ! par exemple, à ce moment-là, il [1] la veille la queue de la poêle, ne serait pas loin d'y rôtir le lendemain. Qu'il vienne donc ce jour béni de la délivrance et de la liberté, qu'il se hâte, qu'il chausse, comme l'ogre de la légende, des bottes de sept lieues, car — qui sait ? — peut-être arrivera-t-il trop tard — pour nous ! [1] Illisible dans l'original. Note de la Bibliothèque.