Terre et Liberté

L'Armée anarchiste (25 octobre 1884)

25 octobre 1884

A cette place et sous ce titre nous insérerons tous les articles que nos correspondants ou les groupes militaires nous feront parvenir.

Organe des revendications prolétariennes, nous te saluons. Frères de l'atelier, vos frères de la caserne s'unissent à vous pour combattre l'ennemi commun, l'autorité.

Comme vous, nous voulons la Justice.

Comme vous, nous voulons la Liberté.

Tout jeunes, nous avons travaillé, nous avons été exploités, nous le sommes encore ; comme vous, nous haïssons le patronat, avec vous nous serons pour faire rendre gorge aux exploiteurs. Le printemps de la vie commençait à peine pour nous, on nous a pris, on nous a numérotés, on nous a parqués dans ces bagnes immondes qu'on nomme casernes ; écoles de fainéantise, abattoirs d'intelligences où l'individu perd la notion de l'être, où l'homme devient moins que l'animal : La pensée n'a pas droit au jour, le ventre a à peine droit au pain.

Nous subissons encore un pareil état de choses, mais nous savons aussi que la patrie n'est qu'un mot ; nous savons que la défendre, c'est défendre la propriété, c'est garantir les vols, les tripotages, les privilèges, l'autorité de la classe possédante.

Aussi disons-nous :

Périsse la bourgeoisie française, et avec elle la bourgeoisie de tous les pays, périssent tous les gouvernements.

Quant à nous, tendons la main à tous les peuples, disons-leur : Frères, il n'y a pas de frontières, nos ennemis ce sont nos maîtres, unissons-nous pour les détruire.

Que Chauvins idiots et Deroulèdes imbéciles, chantent la revanche sur tous les tons. Nous aussi nous aurons notre revanche, mais ce sera par la force mise au service du droit populaire que nous sortirons vainqueurs de la lutte. Nous n'avons aucune haine pour ce que vous appelez l'étranger, si ce n'est pour l'étranger bourgeois, car aucun de ceux qui produisent et qui sont exploités ne sont des étrangers pour nous. Tous les peuples sont nos frères ; malheureusement, comme beaucoup parmi nous, la masse des exploités, malgré toutes ses souffrances, n'a pas encore assez réfléchi.

Travaillons, donc citoyens, à ouvrir les yeux de ces aveugles volontaires. Disons au peuple ce qu'il est, ce qu'il peut être et ce qu'il doit être.

Nous sommes avec vous, dans la lutte pour la liberté, et nous nous faisons forts d'arriver à bonne fin, de détruire le militarisme. Nous réussirons, car nous sommes la vérité, la justice ; nous ne sommes pas un parti, nous sommes l'humanité. Les persécutions auxquelles nous sommes en but, les procès, les amendes, la prison, ne font qu'accroître notre nombre. L'Anarchie, née d'hier, compte aujourd'hui des milliers de défenseurs.

A notre caserne, nous sommes 10, demain nous serons 20, dans un mois nous serons 1,000, dans un an nous serons le plus grand nombre. Oh ! alors ! nous ne serons plus soldats, et plus de militarisme, plus d'armée, plus d'autorité, car qui appuie l'autorité ? c'est nous, mais nous ne le voulons plus.

Quand le moment sera venu d'agir, n'hésitez pas, nous sommes là, ce ne sera plus contre vous que nous combattrons, mais avec vous, contre nos exploiteurs communs. Nous sommes des hommes qui voulons vivre libres, ou ne pas être ; nous avons en perspective la liberté ou la mort ; nous n'hésitons pas, notre vie sera un combat continuel, et du moins si nous devons succomber, notre sang fécondera notre cause, l'ère de la Justice sera proche, la Terre à tous, et la Liberté pour chacun.

Un groupe de soldats anarchistes.


extrait le 12 octobre 2026 de la collection d'Archives anarchistes, tiré de Terre et Liberté, n°1