#title La Semaine d’un révolté #author Terre et Liberté #SORTtopics France, presse anarchiste, Terre et Liberté, anti-militarisme #date 1er novembre 1884 #source extrait le 13 octobre 2026 de la collection d'*[[https://anarchiv.wordpress.com/2019/03/18/terre-et-liberte-1884-1885/][Archives anarchistes]]*, tiré de *Terre et Liberté*, n°2 #lang fr #pubdate 2026-10-13T21:52:11 *Du 25 au 28 octobre.* Les ignobles personnages que, par une antiphrase d'une ironie sinistre, on persiste à désigner sous le nom de gardiens de la paix, continuent le cours de leurs exploits. Il y a quatre jours, ils intervenaient dans une discussion qui s'était élevée entre deux femmes, dans le deuxième arrondissement, arrêtaient Mme V..., fruitière, très estimée dans tout son quartier, et la traînaient au poste [1] de la plus odieuse manière. Il fallut trois heures d'instances à M. V... pour obtenir la mise en liberté de sa femme. La veille, au bois de Boulogne, les agents des mœurs, dignes collègues des mouchards en uniforme, s'étaient rués, au nombre de dix, sur une jeune fille, Mlle [2], qui regagnait tranquillement son domicile. [3] avec une telle violence qu'elle porte encore aujourd'hui la marque des coups qu'elle a reçus. Conduite devant le commissaire de police, et accablée de questions [4], la malheureuse n'avait su que balbutier quelques réponses incohérentes. Elle allait être transférée au Dépôt, quand deux citoyens, témoins de la scène, intervinrent, obtinrent de la jeune fille qu'elle donnât son adresse, et du sieur Véron qu'il consentît à prendre des renseignements. Les renseignements pris, il fallut bien se résoudre à relâcher la victime des policiers. Les défenseurs de l'ordre — lisez les gendarmes — en province font d'ailleurs des efforts louables pour se mettre à la hauteur de leurs collègues de Paris. Deux d'entre eux, qui opèrent dans un département du centre, ont arrêté, jeudi, une malheureuse vieille qui ramassait des légumes dans un champ. Vainement, un paysan leur fit-il observer que ces légumes étaient laissés aux pauvres par le propriétaire. Ils emmenèrent la femme, et, comme elle refusait de marcher, ils la frappèrent jusqu'à ce qu'elle perdît connaissance. Samedi, elle est morte. Je me garderai bien de désigner plus clairement les deux Pandores. Ils auraient de l'avancement ! Quand j'aurai annoncé l'arrestation, à Saint-Nazaire, d'un mouchard nommé Lacoste, accusé d'avoir violé une fillette de huit ans, je n'aurai fait qu'écrémer, pour cette semaine, le livre d'or de la police. Le soldat Quesnel, traité par son colonel de « voyou, crapule, canaille » lui a riposté avec un grand sang-froid : « Je suis au-dessus des insultes d'un massacreur d'hommes tel que vous. » Devant de nouveaux outrages, le soldat n'a pu retenir sa colère ; il a saisi le galonné à la gorge et l'a secoué d'importance. Quesnel a été condamné à mort. On dit que le colonel a reçu [5]. La chose est tellement monstrueuse que les bourgeois eux-mêmes en ont manifesté quelque étonnement, et, dans l'*Echo de Paris*, journal subventionné sur les fonds secrets par le ministre Waldeck-Rousseau, un communard renégat, le répugnant Peyrouton déclare qu'on n'exécutera pas Quesnel et que sa peine sera commuée par le président de la République. Commuée en de longues années de détention, sans doute, dans cette maison centrale de Clairvaux, où l'on entasse les condamnés militaires ; où vous les avez vus, M. Peyrouton, quand vous faisiez trois ans de cellule pour cette Commune que vous reniez maintenant de la plus galante façon du monde ; revêtus d'un costume spécial, ils s'en vont, tête basse, le long des hauts murs de la geôle, comme pliant sous le poids de la fatalité qui les accable, frappés, pour une parole violente, pour un geste irréfléchi, de quinze, trente, quarante ans de prison. Tel serait le sort réservé à Quesnel pour n'avoir point dévoré en silence les outrages de son colonel, pour avoir eu quelque souci de sa dignité d'homme. Ah ! M. Peyrouton, comme tous les Prudhommes à qui vous ressemblez — en laid — ont bonne grâce de s'indigner et de se plaindre quand, aux jours d'exercices à feu, une balle, partie des rangs, s'égare et va frapper inglorieusement dans le derrière quelque Ramollot insolent et brutal ! [1] Illisible dans l'original. Note de la Bibliothèque. [2] Illisible dans l'original. Note de la Bibliothèque. [3] Illisible dans l'original. Note de la Bibliothèque. [4] Illisible dans l'original. Note de la Bibliothèque. [5] Illisible dans l'original. Note de la Bibliothèque.