#title Les Palinodies de M. Paul Brousse #author Terre et Liberté #SORTtopics France, socialisme, socdems, Première Internationale, Internationale anti-autoritaire, marxisme #date 1er novembre 1884 #source extrait le 13 octobre 2026 de la collection d'*[[https://anarchiv.wordpress.com/2019/03/18/terre-et-liberte-1884-1885/][Archives anarchistes]]*, tiré de *Terre et Liberté*, n°2 #lang fr #pubdate 2026-10-13T21:53:55 Il nous importe peu que M. Paul Brousse pose aujourd'hui en grand pontife du collectivisme possibiliste dans la partie officielle de son journal, le *Prolétariat*, et qu'il excommunie ses anciens camarades B. Malon et Mme Roger, comme il leur fit excommunier naguère Jules Guesde. Mais il nous convient de le rappeler à la pudeur quand il s'amuse à dénigrer les anarchistes qu'il a trahis, quand il s'est aperçu que parmi eux un ambitieux n'a rien à gagner, — nous allons mettre sous le nez de ce triste personnage ce qu'il disait contre le parti ouvrier et en faveur de l'Anarchie, dans une brochure qu'il publia en 1873, sous le titre de *l'Etat à Versailles et dans l'Association internationale des travailleurs*. Page 13. — « La logique, la science et l'histoire nous ayant conduit à la négation de l'Etat... » Page 16. — « Le fameux *Etat ouvrier* destiné à jouer, au profit d'intérêts d'école, le rôle que joue l'Etat orléaniste au profit de la bourgeoisie..... semblait s'établir peu à peu au sein de l'Internationale : depuis longtemps déjà les membres de cette société avaient trouvé dans les congrès généraux des espèces d'assemblées parlementaires d'où sortaient des règlements de police, un socialisme *officiel* et un gouvernement [1]. Des sections nombreuses payaient régulièrement l'impôt et constituaient ainsi les finances de l'*Etat prolétaire*. Cependant quelques indices de révolte ayant commencé à se manifester, on avait rêvé, comme nos bourgeois doctrinaires, l'établissement d'un *pouvoir fort*, la conférence de Londres (1871) avait même voté dans ce but, au profit du conseil général, certaines mesures dictatoriales : droit d'admission, de refus et d'expulsion, sous la réserve de rendre compte de sa conduite devant les congrès généraux dont on organisa de longue main la majorité factice..... Il restait peu de chose à désirer à l'*Etat ouvrier*. Il avait son parlementarisme, son gouvernement, ses proconsuls, ses finances, sa justice, sa doctrine.. etc., etc. » [2]. Page 22. — « On avouera que ce serait un singulier programme que celui qui consisterait à enrégimenter tout le prolétariat pour le faire combattre sous le drapeau et au profit d'une doctrine spéciale..... Concevoir un pareil projet, c'est montrer une absence complète d'expérience révolutionnaire... » Page 23. — « L'Etat est devenu pour le corps social un organe inutile, même nuisible. « L'*Etat ouvrier* a été abattu à Genève [3] ; nous devons nous en féliciter, *mais surtout nous devons nous opposer à ce qu'on le reconstruise*..... « Ne nous laissons pas voler notre victoire ; ne laissons *rien construire*, puisque c'est de *détruire* qu'il s'agit. » Voilà ce que disait, en 1873, celui qui, au *nom de la discipline* du parti ouvrier, a fait naguère infliger un blâme à Clovis Hugues, exclure Jules Guesde et diffamer les anarchistes. Ceux qui suivaient ou suivent encore M. Brousse connaissaient-ils son passé ? S'ils le connaissaient, ils méritent d'être victimes de sa fourberie ; ils ne sont pas même à plaindre. Quant aux anarchistes, ils n'ont eu jusqu'à présent qu'un tort vis-à-vis de leurs diffamateurs, c'est de ne pas les avoir mis hors d'état de recommencer. Ce tort, ils ne l'auront plus à l'avenir, s'il prend fantaisie à MM. Brousse, Joffrin et consorts de continuer leur système de dénigrement préconisé par les jésuites de toute couleur. [1] Il est curieux de rapprocher ce passage des assemblées du *Comité national* du parti ouvrier, dont un compte rendu est inséré dans le *Prolétariat*, ORGANE OFFICIEL du parti ouvrier, dirigé par M. Brousse. Voici un extrait du numéro du 28 juin 1884 : PARTIE OFFICIELLE. *Comité national*. Séance du 22 juin 1884. Sont présents : Aveline, Brousse, Chabert, etc. Absents : Mayer, Harry, etc. Excusé : André Gély. En congé : Joffrin, Labusquière, etc., etc. [2] Tout ce que disait M. Paul Brousse, en 1873, est parfaitement applicable aujourd'hui au parti ouvrier, dont il a accaparé la direction ; ne parlait-il pas dernièrement, en répondant à Mme Roger, de la jurisprudence du parti au sujet des [4] contre cette citoyenne, devant les tribunaux bourgeois ? [3] Au congrès des fédérations socialistes libres, le 1er septembre 1873. [4] Illisible dans l'original. Note de la Bibliothèque.