#title Nécrologie (1er novembre 1884) #author Terre et Liberté #SORTtopics France, presse anarchiste, Terre et Liberté, obituaire #date 1er novembre 1884 #lang fr #pubdate 2026-10-13T21:49:08 A l'heure où paraissait le premier numéro de notre journal, un des nôtres, qui fut des plus vaillants parmi nous, le compagnon Ernest Potelle expirait à l'hôpital Lariboisière, des suites d'une de ces nombreuses et terribles maladies, créées par les mauvaises conditions d'existence dans lesquelles des millions d'êtres humains sont condamnés à vivre et à mourir, tant que [1] n'auront point changé. Issu de ce monde [2] que nous combattons énergiquement et que l'on nomme la bourgeoisie, le compagnon Potelle [3] à l'école vétérinaire d'Alfort, d'où il fut expulsé pour cause politique, au moment de recevoir son diplôme. Il fut donc forcé d'abandonner cette carrière, il étudia le Droit et fut reçu docteur à l'âge de vingt-huit ans. C'est à partir de cette époque que commença pour Potelle une vie de lutte et de souffrance, qui devait le coucher mort sur un lit d'hôpital, à l'âge de trente-deux ans. Potelle, avant d'être un communiste anarchiste des plus convaincus, avait appartenu à l'école de Proudhon, « de Proudhon de 84 », nous disait-il souvent, voulant faire comprendre par là l'évolution logique résultant du développement du machinisme que Proudhon de 48 n'avait point prévu. Intelligent et instruit, Potelle avait compris que l'éducation qu'il avait reçue, il la devait aux travailleurs qui, seuls, produisent et, par conséquent, suffisent à l'éducation des riches. Aussi, consacra-t-il son existence aux travailleurs, parmi lesquels il avait voulu souffrir. Noble exemple que celui qu'a donné Ernest Potelle à la jeunesse bourgeoise, qui préfère s'abrutir dans les lupanars, en compagnie de pauvres filles de travailleurs que leurs louis — arrachés à la sueur des prolétaires — ont séduites. Les obsèques de notre ami dévoué ont eu lieu vendredi, à huit heures et demie du matin. La simplicité présidait à cette cérémonie. Car il vaut mieux, selon nous, honorer nos morts, en propageant leurs idées de délivrance, que d'aduler, comme la bourgeoisie, le spectre de la mort. Ce que nous voulions faire seulement, c'était de déposer sur le cercueil de notre ami le drapeau de la Révolution, pour lequel il avait combattu sincèrement. Nous avions compté sans les valets de Camescasse, qui se trouvèrent en masse à la levée du corps, et nous suivirent jusqu'au cimetière, dans l'espoir de recueillir quelques lauriers. Mais malgré leur présence, le drapeau rouge fut placé sur son cercueil, et plusieurs discours révolutionnaires ont été prononcés au cimetière. [1] Illisible dans l'original. Note de la Bibliothèque. [2] Illisible dans l'original. Note de la Bibliothèque. [3] Illisible dans l'original. Note de la Bibliothèque.