#title Le Chat Déchaîné n°1 - Les peuples se dressent contre le racisme et les discriminations
#subtitle Feuille d’information et d’opinion de la Fédération Libertaire des Montagnes
#author Union Communiste Libertaire
#SORTauthors Union Communiste Libertaire , Fédération Libertaire des Montagnes (FLM)
#SORTtopics Suisse , anti-racisme , anti-capitalisme
#date 16 juillet 2020
#source extrait le 29 juillet 2026 de [[https://wiki-libertaire.ch/_media/le_chat_dechaine/le_chat_dechaine_augmente_28.07.2020.pdf][wiki-libertaire.ch]]
#lang fr
#pubdate 2026-07-29T14:42:45
#notes FLM, rue du soleil 9 2300 La Chaux-de-Fonds flm.osl@espacenoir.ch, cinquième article du journal du 28 juillet 2020 (Article initialement publié par l’Union Communiste Libertaire le 16 juillet 2020)
*** Les peuples se dressent contre le racisme et les discriminations
Le meurtre de George Floyd aux États-Unis par la police a déclenché une vague
d’indignation populaire dans ce pays et dans le monde entier. Les manifestations de
masse, les actions directes contre la police et en réponse à la répression ont été
monnaie courante ces derniers jours. Ce meurtre, comme des milliers d’autres, fait
revivre les manifestations de 2014 aux États-Unis, à la suite des nombreux assassinats
de noirs, en particulier de jeunes.
Mais ce fait a mis en évidence le profond racisme qui existe dans les sociétés actuelles.
En Europe, des milliers de personnes migrantes réclament le droit d’être enfin traitées sur un pied d’égalité avec la population blanche. Et le droit à l’asile et à l’accueil est également réclamé pour les milliers de personnes qui tentent chaque jour de traverser la Méditerranée ou la Turquie afin de rejoindre l’Europe de l’ouest, une tentative dans laquelle beaucoup d’entre elles meurent ou sont durement réprimées, voire incarcérées dans des camps de réfugié.es qui prennent de plus en plus la forme de prisons.
Ce phénomène met en évidence le rôle historique du racisme dans la construction de la société capitaliste. Le déploiement du capitalisme - bien avant la révolution industrielle -s’appuie sur plusieurs éléments centraux : le pillage de continents entiers, le génocide de populations entières, l’appropriation de territoires, de ressources et de corps par les États européens et leur bourgeoisie, afin de permettre l’accumulation de capitaux qui seront ensuite investis dans le développement de la machinerie et de l’industrie au XVIIIe siècle. C’était cette stratégie coloniale de pillage des ressources à travers l’Amérique, accompagnée par l’esclavagisme et le trafic des êtres humains en Amérique du Sud et en Afrique qui a permis l’enrichissement et la consolidation du capitalisme.
Puis, débute au XIXe siècle une seconde phase, l’expansion impérialiste et coloniale européenne s‘étend sur l’Afrique, l’Asie et l’Océanie, avec un nombre incalculable de mortes et de morts, de viols et de pillages, répétant la conquête faite quelques siècles auparavant en Amérique sur le reste de la planète. Ainsi, le capitalisme s’étend au reste du monde et devient un système mondial. Le pillage et la destruction, les génocides, sont inhérents au capitalisme ; ils sont dans son ADN. Tout comme le racisme ou le patriarcat, le capitalisme se construit sur l’exploitation des corps et des territoires pour permettre son fonctionnement et sa reproduction.
Le racisme est un élément structurel du système capitaliste. Car pour piller le reste de la
planète - même au sein des pays développés - le système capitaliste et les classes dominantes
doivent établir qui doit être dominé et pillé. Les conquérants européens et les maîtres coloniaux
ont très tôt légitimé cette décision via des soi-disant études scientifiques fondant les « théories raciales », qui revendiquaient l’existence de différentes « races humaines » et les répartissaient
de façon hiérarchique, à la tête desquelles se trouvait toujours la soi-disant « race blanche »,
c’est-à-dire les européens eux-mêmes.
Le racisme place toute une partie de la population de la planète, voire des continents
entiers, dans une position subalterne. C’est ainsi que nous voyons la relation entre pays
développés et sous-développés. Le système capitaliste basé sur la division entre les classes
sociales a organisé celles-ci à sa mesure, se basant également sur la discrimination raciale ou
la couleur de la peau. Outre le racisme, d’autres facteurs jouent un rôle, dont certains sont liés
et interdépendants, comme la construction de l’Etat-nation, qui divise les opprimé.e.s et
dévalorise tou.te.s celles et ceux qui n’appartiennent pas au collectif national. L’Etat-nation
constitue donc l’un des fondements de la norme raciste et capitaliste.
En Europe et en Amérique, une grande partie de la population non-blanche reste dans la
pauvreté et porte en elle tout cet héritage issu de l’histoire coloniale dont nous avons parlé
précédemment. Les personnes non blanches accèdent fréquemment aux emplois les moins
bien payés, sans sécurité sociale ni avantages sociaux, l’accès à la santé et au logement est
médiocre et le harcèlement et la violence policière sont constants comme on le voit aux États-
Unis, en Europe mais aussi dans les favelas du Brésil avec un véritable processus de massacre
organisé des jeunes noirs.
En d’autres termes, le racisme n’est pas une simple dérivation de la structure
économique de la société capitaliste, ce n’est pas un problème secondaire. Au contraire, nous
nous devons de rappeler que le système capitaliste s’est construit grâce et sur l’oppression et la
discrimination raciale, ce n’est pas exclusivement un système économique. C’est un système
global, dans lequel les aspects idéologiques et politiques jouent un rôle primordial, tout comme
les questions juridiques que le capital utilise pour continuer son expansion et permettre
d’augmenter toujours le niveau de répression, tout en développant sa communication...
Sur la base d’un discours raciste, le système capitaliste et les Etats condamnent des
zones entières de la planète à la faim, à des conflits et à des guerres constantes. C’est
nécessaire pour que ce système assassin continue d’exister, tout comme il lui est nécessaire
de temps en temps de "se laver le visage" afin de laisser croire à des changements, en
permettant par exemple à un président noir comme Obama d’arriver au pouvoir aux États-Unis.
C’est précisément sous l’administration Obama qu’il y a eu une recrudescence de la violence
policière contre les personnes noires. C’est le signe évident que le racisme est structurel dans
ce système, qu’il se niche dans ses forces répressives et dans les groupes racistes et
suprémacistes blancs - mais pas seulement en eux, au niveau de la société - et qu’il a une
composante de classe évidente.
Le visage libéral du capitalisme a permis à une petite minorité de personnes noires
d’accéder au pouvoir et aux classes dominantes, mais uniquement dans le but de se renouveler
et de se renforcer. Le « capitalisme libéral » et « l’État démocratique » n’ont pas cessés d’être
racistes parce qu’ils placent un président ou un homme d’affaires noir dans une position
privilégiée ; il devient sûrement plus perfectionné afin d’augmenter le degré de pillage et
d’oppression de la majorité sociale à travers la planète.
C’est pourquoi, du point de vue de l’anarchisme politiquement organisé, nous parlons de
la nécessité de construire un « front des classes opprimées », rassemblant tous les secteurs
opprimés et dominés par ce système. Les travailleuses et les travailleurs, avec un statut ou
informel.les, les paysannes et paysans, les populations indigènes, les privé.es d’emploi, les
réfugié.es etc. Tou.te.s celles et ceux qui, dans leur vie quotidienne, subissent les
conséquences du système capitaliste ont une place pour lutter dans un tel front. C’est le sujet
social qui se manifeste aujourd’hui dans les révoltes du monde entier et c’est le sujet que nous
devons construire dans une perspective de renforcement organisationnel des peuples pour les
processus de rupture, de révolution sociale que nous promouvons et auxquels nous aspirons.
Parce que le système capitaliste n’est pas seulement un système économique ou un système
dérivé de ses bases économiques, la lutte contre le racisme et la violence d’État qui le soutient,
doit aussi être une lutte contre les structures même du système capitaliste, un système
entraînant famine, mort et violence contre les opprimé.e.s du monde, quel que soit la couleur de
leur peau, leur genre ou leur langue. Précisément, contre cet État qui n’est pas et n’a jamais été
"neutre" dans le déploiement du système capitaliste mais qui en est un élément central et
organisateur, nous appelons donc à toujours favoriser et soutenir l’auto-organisations de
tout.e.s les opprimé.e.s !
Dans la société les attaques et les discriminations racistes se multiplient au fur et à
mesure que les pouvoirs économiques et politiques traitent comme "autres" celles et ceux qui
ne leur prêtent pas allégeance ; que ces pouvoirs assument le rôle de "garant" de chaque conflit
social pour leur propre survie. Alors que le capitalisme et l’État renforcent leur répression et leur
militarisation dans la société avec de nouveaux produits chimiques, avec des balles et des
mobilisations civiles racistes, avec la police et l’armée ; il est temps de les combattre !