#title À propos d'un fibrome #author Zylette #SORTtopics France, amour libre, presse anarchiste, L'Anarchie #date 8 août 1907 #source extrait le 8 septembre 2026 de l'*[[https://archivesautonomies.org/IMG/pdf/anarchismes/avant-1914/anarchie/anarchie-n122.pdf][anarchie]]*, tiré d'*Archives autonomies* #lang fr #pubdate 2026-09-08T00:00:56 à I. Gey. Mais non, je n'oublie pas que dans la société actuelle, la femme plus encore que l'homme éprouve plus de difficultés pour contenter ses désirs amoureux. Mais cela ne m'alarme ni ne me paraît aussi terrible qu'à toi. Certes, ce serait une alternative douloureuse et cruelle que celle qui mettrait la compagne dans l'obligation d'abandonner son petit d'autant qu'elle saurait que c'est pour en faire un ennemi des idées qu'elle défend, mais cette alternative ne me semble ni plus cruelle ni plus douloureuse que tant d'autres auxquelles nous soumet la société autoritaire. Cela sera-t-il plus triste par exemple pour la compagne restant seule pour suffire à l'élevage de son enfant, du fait que son compagnon la quitte parce qu'attiré ailleurs, que de perdre l'appui de celui-ci venant à tomber dans la lutte, sabré par quelque flic ? Cela sera-t-il plus triste que le pain quotidien venant à manquer au logis par suite du manque de travail ou de la maladie entrant à la maison et qu'on n'en peut chasser faute d'argent pour se soigner ? Toutes ces alternatives ne se posent-elles pas en notre chemin, très souvent ? Et cependant nous vivons, nous luttons, nous nous défendons. Nous sommes vaincus ou vainqueurs suivant notre plus ou moins de force, votre plus ou moins de chance aussi. Cela nous empêche-t-il d'affirmer notre individualité anarchiste, de résister au flic, de ne pas nous laisser enlizer dans le chagrin que nous cause la mort ou l'absence de ceux que nous aimons, de lutter pied à pied pour subsister contre la faim momentanée ou la maladie ? Non, n'est-ce pas. Et bien, si nous nous raidissons contre toutes ces causes de nos souffrances, pourquoi ne ferions-nous pas de même en face de ce qui entrave nos joies amoureuses ? Est-ce suffisant d'envoyer par-dessus les moulins maire et curé pour savourer l'amour ? Non, si nous passons à celui-ci une autre chaîne, fut-elle faite de douceur et de tendresse, obligeant l'amant et l'amante à des devoirs réciproques en vue d'éventualités probables et pour lesquelles, au moment révolu, ils penseront peut-être de façon différente ou même opposée. L'amour est l'amour, l'entraide est une autre chose qui, pas plus que l'amour, pour être vraie ne se commande. Je ne te donne pas de solution, c'est que franchement je n'en vois pas. Je ne vois qu'un moyen d'adoucir et d'embellir notre vie, c'est de soutenir le plus que nous pouvons nos camarades malheureux. Mais je n'entrevois toutes nos peines disparues, celles d'amour comme les autres, que lorsque « nous en serons au temps d'anarchie »... vers lequel nous ne nous acheminerons à coup sûr qu'en prêchant d'exemple, en mettant toujours, dans la mesure du possible, nos actes en accord avec nos idées, et dans la question qui nous occupe, en vivant l'amour libre. Zilette