La formation et le comportement de l'enfant sont incontestablement troublés par la presse qui lui est destinée. Une presse qui le traite comme une autre qui fait des adultes, en s'attachant à capter sa clientèle par la flatterie, la séduction des instincts primaires, sans aucun souci éducatif.

Une réforme a été cherchée par la loi du 16 juillet 1949 qui réglemente les publications consacrées à la jeunesse. Réforme tout illusoire. Une loi n'est pas une méthode d'éducation. Comment la Commission de contrôle que instaure peut-elle discerner les mirages des jeunes ceux qui vraiment lui sont destinés vu les dérèglements de la paresse ou du mensonge, de la lâcheté ou du vol, et de la débauche ou du banditisme ?

Il ne suffit pas d'éviter aux enfants une culture à rebours des instincts élémentaires, il faut aussi et surtout proposer à leur imagination des thèmes qui l'orientent utilement sans la contraindre ni la restreindre.

Or les illustrés présentent, sous forme de cinéma fixe, des suites d'aventures qui plaisent à l'enfant pour leur mouvement et leur style direct. Il se délecte à leur lecture. Mais c'est une lecture sans profit quand des feuillets criards dégradent le goût, quand l'inspiration puisée dans des textes recherche la sensation dans les incongruités de la mode tout en concédant aux préjugés, en servant insidieusement des intérêts partisans ou confessionnels. Toute idée novatrice était strictement interdite, les thèmes de ces illustrés sont d'une nature étroite d'esprit.

La fidélité que l'enfant voue à son « hebdomadaire » préféré détruit en lui les mécanismes de la réflexion, ce qui explique son instabilité, son incapacité d'attention.

La presse enfantine pourrait exercer une saine influence si les éducateurs, les parents en particulier, poursuivaient avec leurs lectures des enfants un intérêt plus suivi. Pourquoi les parents ne discutent-ils pas avec l'enfant du goût qu'il manifeste pour le folklore, sur sa poésie rassurante, sans qu'ils croient cependant que le moins du monde à la réalité de la féerie et du surnaturel, on peut déduire qu'ils ne sont pas dénués de sens critique. Ces vues, acquises grâce aux conditions actuelles d'existence, aux méthodes modernes d'enseignement, pourquoi ne pas inciter l'enfant à l'exercer sur ses propres journaux, tout en réservant la liberté de son choix ?

Les parents pourraient ainsi l'orienter indirectement, et lui proposer à la fois des journaux éducatifs et distrayants tels que Francs-Jeux ou Terre des Jeunes, publiés par des syndicats d'enseignants, d'autres encore qui savent concilier le devoir d'actualité, le document d'aventure, les réjouissances de l'humour et de la fantaisie.

Les éditeurs ont des antennes. Ils ne tarderont pas à manifester plus de conscience dans leurs réalisations pour satisfaire une clientèle devenue plus difficile. Par une initiative personnelle, par l'affirmation de son choix, l'enfant remportera de la sorte son premier succès d'usager récalcitrant.