Anna Mahé
Hijiène du cerveau : La Mère, éducatrice
Presque toujours, la mère sent, si confuzément que ce soit, son inexpérience en matière d'éducacion ; pour y remédier, èle s'enpresse de se débarasser au plus tôt du petit que ce soit pour des raizons économiques ou sinplement qu'èle dézire être délivrée du souci de veiller sans cesse sur l'enfant. Les azyles, les garderies sont ouvertes, on y reçoit les bébés de deus ou trois ans, plus tôt même. Et c'est pour les tout petits le prologue des anées d'enprizonement qui suivront inplacables et destructrices de toute iniciative et de toute beauté.
Pauvres mères ! Vous croyez aimer vos enfants, vous forjez des rêves d'avenir pour eus et vous comencez par les châtrer. Vous êtes télement banales que votre anbicion maternèle se borne à faire du banbin joufu un home come les autres, capable de jouer des coudes dans la société pour ariver à une situacion enviée. Et vous pensez que des anées d'école forcée sont nécessaires pour ariver au rézultat que vous rêvez.
Au surplus, les mères sont pour la plupart télement ignorantes, télement senblables au milieu que le rézultat serait peut-être le même si èles gardaient leurs enfants près d'èles durant une dizaine d'anées au lieu de les confier au niveleur d'intéligences, à l'éducateur lamentable qu'est presque toujours l'instituteur.
Il est un proverbe vulgaire qui dit : « La plus bèle fille du monde ne peut doner que ce qu'èle a ». La mère, de si bone volonté soit-èle ne peut réussir dans son œuvre d'éducatrice, si èle ne conaît pas les règles à suivre pour doner un corps et un cerveau sains à son enfant.
Il est très rare qu'on les lui ait aprizes, ces règles. Peut-être a-t-èle eu la chance de les entendre émètre un jour, et peut-être a-t-èle secoué son inercie pour les mètre en pratique, quand l'enfant est né.
C'est à cète mère qu'il est bon de pozer la quescion : que faire de l'enfant ? à quel âje convient-il de s'en séparer, — si on juje bon de le faire — pour le confier à l'école où l'on meublera, suivant une certaine métode, son cerveau d'un certain nonbre de conaissances utiles, d'un plus grand nonbre d'inutiles et de franchement nuizibles.
À priori, l'idée de l'école ne me déplaît pas, en ce sens qu'èle réunit les enfants dans le but intéressant d'aprendre ; qu'èle leur done des conpagnons de leur âje, avec lesquels ils peuvent jouer agréablement, s'exercer à rendre service, en un mot, faire de la camaraderie.
Malheureuzement, à côté de ce rézultat jénéral ecsèlent que pourait avoir l'école — encore ne le prézente-t-èle que sous des formes très restreintes — il y a des rézultats tout à fait déplorables dus à l'idée fausse qu'on se fait de ce que doit être l'école.
L'autorité étant à la baze de la société, il serait surprenant que l'école ne fût pas l'endroit où èle se manifeste le plus volontiers. L'enfant, cet être primezautier, que n'a pu déformer l'éducacion maternèle est un être inconpréensible pour le pédagogue. Le but de celui-ci n'est pas de développer un enfant en tenant conte de son hérédité et de l'aquis de ses premières anées ; il est d'ariver à en faire un home senblable au type exijé par l'état ou la coutume. L'instituteur n'a même pas le droit de se borner à meubler le cerveau enfantin de conaissances exactes, scientifiques, il lui faut faire subir une préparacion à ce cerveau rebèle, tailler, rogner les floraizons d'idées hors de la norme ; il lui faut passer toutes les jeunes têtes au même moule consacré par la routine, l'ignorance ou la roueríe.
Plus jeune l'enfant sera confié à ce déformateur inpitoyable, plus l'œuvre sera aizée à aconplir. Si la mère et son conpagnon ont essayé de faire du petit un être capable de raizoner, d'analyzer ce qui se passe autour d'eus l'instituteur s'acharnera à étoufer les jermes de raizon de l'enfant. Baloté entre deus influences aussi contradictoires, celui-ci restera hézitant, son bon sens chancèlera devant l'assurance du maître devant son prestije. Et pour avoir douté d'eus, et cru en l'instituteur, les parents veront disparaître le fruit de leur travail.
Certes, la plupart des mères ne se sentent pas capables d'enseigner à leurs enfants les conaissances nécessaires. Èles hézitent devant la tâche rendue du reste plus dificile, par les raizons économiques, par le travail qu'èles ont à fournir, en dehors de l'éducacion de leurs enfants. Mais conbien il serait encore préférable de laisser l'enfant dans l'ignorance des éléments de lecture, de calcul, de gramaire jusque neuf ou dis ans plutôt que de soumètre leurs cerveaus à l'accion déprimante du pédagogue stupide qu'est l'instituteur. L'enfant aura vite fait de ratraper le tenps que je ne voudrais pas qualifier de « perdu » car avant de savoir lire dans les livres, la mère tâcherait de lui aprendre à regarder autour de lui.
En atendant que nous puissions avoir des écoles vraiment anarchistes, tâchons de soustraire, aussi longtenps que possible nos enfants à l'influence de l'école. Si nous ne pouvons les en garder entièrement ; tâchons du moins de contrebalancer cète influence néfaste et de ne laisser prendre à l'enfant que le bon côté de cète éducacion.
Anna Mahé