Aurore Chabaud
Mobilisation lycéenne : "On veut manifester pacifiquement pour être entendus", expliquent les lycéens aubois
Ils étaient une cinquantaine à Bar-sur-Aube, 200 à Romilly et plus de 250 à Troyes à être de nouveau mobilisés ce mardi 6 octobre. Malgré quelques débordements, ils ont insisté sur leur volonté de manifester pacifiquement pour être entendus.
On veut montrer qu’on n’est pas obligé d’utiliser des pétards et des mortiers pour être écoutés », lance une lycéenne dans le mégaphone. Les lycéens s’étaient donné rendez-vous une nouvelle fois devant le lycée Marie-de-Champagne, seul établissement de l’agglomération troyenne à être ouvert depuis lundi. « On manifestera jusqu’à être entendus. Ce qui compte c’est la constance »,affirme Mélissa, qui déplore toutefois que son lycée ne soit pas fermé. « On met en danger les élèves et les profs alors qu’il y a eu des tirs de mortiers. »
« Faire accepter nos revendications au plus grand nombre »
À leurs côtés, les syndicats CGT, FSU, Solidaires, la fédération de parents d’élèves PEEP venus leur apporter leur soutien mais aussi présents depuis le premier jour de la mobilisation des membres de LFI et des anarchistes. « Les élèves ont des revendications qui sont les nôtres depuis plusieurs années. L’objectif, c’est d’être là auprès d’eux et de les soutenir dans leur lutte, qui est juste », glisse Rudy, professeur de maths et membre du syndicat enseignant FSU. « Le climat est super. Les gamins chantent, dansent, ils revendiquent avec leurs pancartes. Il y a une bonne ambiance et je crois qu’ils sont contents qu’on soit venu pour les soutenir. »
En ce mardi matin, le mot d’ordre, sur toutes les lèvres, c’est de manifester de manière pacifique. Ils ont été clairs, ils ne veulent pas de débordement. « Vous voyez, c’est surtout la fête », confie Sacha. « On a énormément de revendications. On le fait pacifiquement, je pense que c’est comme ça qu’on va se faire entendre et qu’on va chercher à faire prendre conscience. Quand on voit les images de violence à la télé ou une voiture de police qui fonce dans une foule de lycéens, c’est sûr que cela ne donne pas une bonne image de notre mouvement. Aujourd’hui, on est vraiment solidaires et notre but c’est de faire accepter nos revendications au plus grand nombre. »
Le message est clair : « On veut manifester pacifiquement », martèle Lily. « On ne voit pas l’intérêt de tout dégrader car on ne nous prend pas au sérieux quand on dégrade le matériel. Notre but, c’est qu’il n’y ait pas de casseurs car depuis jeudi dernier il n’y a eu que ça. Toutes les poubelles ont pris feu et on trouve que ce n’est pas normal. Cela ne sert à rien. »
« Notre objectif n’est pas de casser »
Si dans les rangs, on scande « collabo » à l’adresse de la direction du lycée, quelques minutes après retentit Le chant des partisans puis La Marseillaise, jouées par des musiciens avant d’enchaîner sur La boulette de Diams ou encore des titres de rap. À Troyes, l’ambiance se veut bon enfant, à l’image du rassemblement devant le lycée Joliot-Curie à Romilly-sur-Seine en présence de près de 200 lycéens et d’une dizaine de militants CGT. « Notre objectif n’est pas de casser, ni faire du bazar mais de montrer notre colère », explique Alan, 18 ans.
À Bar-sur-Aube, la cinquantaine de lycéens réunie devant Gaston-Bachelard affirme vouloir « juste être entendus. »
Tensions devant Marie-de-Champagne
Les revendications sont sensiblement les mêmes d’un établissement à l’autre : la suppression de Parcoursup et de l’interdiction du téléphone portable, la réduction des effectifs dans les classes ou encore des emplois du temps moins chargés.
Pour autant, à Marie-de-Champagne, les manifestants ont bloqué une bonne partie de la matinée la circulation, empêchant même un car scolaire d’emprunter son itinéraire habituel. Un léger point de crispation avant de revenir à de meilleurs sentiments.
C’est vers 10 h 50 que des tensions ont eu lieu. Alors que les jeunes avaient l’intention de partir en direction de la préfecture en passant par la rue de la Paix, le cortège s’est arrêté. Harangués par des perturbateurs, ils ont rebroussé chemin et ont de nouveau stoppé devant le lycée faisant face aux policiers, qui ont été la cible de projectiles. Ces derniers n’ont pas fait usage de lacrymogène ni de la force même si deux jeunes ont été interpellés.
Après une heure de tension, les esprits échauffés ont fini par s’apaiser. La suite du mouvement est pour l’heure assez floue. D’autant que le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé la suspension des cours jusqu’à vendredi.