Mölnlycke, entreprise suédoise mixte, implantée depuis 1970 à Boulogne-sur-Mer (fabrication de couches, serviettes périodiques, etc.) ferme ses portes le 25 novembre 1977, licenciant 250 ouvriers et ouvrières.

Le travail des femmes consistait à ensacher les couches arrivant sur un tapis roulant à une vitesse de 350 couches à la minute, tandis que celui des hommes était de surveiller et de réparer les machines. Dans les entreprises mixtes, les emplois les moins intéressants sont souvent réservés aux femmes (travail à la chaîne, tâches purement exécutives et très pénibles) ; les emplois masculins (machinistes) sont un peu moins durs et demandent un peu de réflexion (chercher les pannes, réparer les machines). Ça ne change pas beaucoup de la division du travail vécue à la maison.

Maintenant que nous sommes au chômage avec, comme convenu, 90 % de notre salaire (licenciement collectif pour motif économique), pendant un an, nous pouvons vivre cette situation différemment.

Soit dans la peur de ne plus trouver d'emploi après l'année écoulée. Alors, on saute sur le premier boulot proposé. C'est pour une question d'argent, parce qu'on ne travaille pas pour autre chose que ça.

Soit se réjouir de ne plus aller se vendre au patron pour quarante heures par semaine en travail posté (3 x 8), tout en regrettant qu'une année de garantie de ressources soit trop brève, puisque nous ne sommes pas responsables du fait que les patrons n'ont plus besoin de nous. Et puis, on se repose un peu, on l'a très bien gagné !

On reprend le goût de vivre, de paresser, de dire ouf... Puis, petit à petit, on se demande comment occuper son temps. On nous l'a tellement pris, ce temps, à l'usine comme à la maison ! On parle tellement pour nous et on décide si souvent à notre place qu'on perd toute initiative.

Les femmes ont pris l'habitude de faire leur ménage très vite, à cause de leur travail à l'extérieur ; car, ce n'est pas pour autant qu'elles étaient aidées par leur mari pour les tâches ménagères qu'ils considèrent, en bons phallocrates, comme dégradantes.

Une fois au chômage, elles ont donc de moins en moins l'impression d'être utiles, parce que le reste de leur temps est inemployé. Ou bien, elles s'investissent dans les tâches ménagères ou l'éducation des gosses, pour justifier leur existence, cela étant un des rôles que la société leur assigne. Cela peut expliquer qu'elles sont parfois moins motivées pour lutter contre les licenciements ou dans des comités de chômeurs.

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