Compte rendu de la rencontre internationale anarcho-féministe du 2 mai 1992 à Paris
Textes d'introduction et de synthèse
Introduction générale de la rencontre internationale anarcho-féministe
Introduction au débat : Bilan du féminisme
Compte rendu de la Commission non-mixte : bilan du féminisme
Questions fondamentales pour le débat anarcho-féministe
Compte rendu de la Commission mixte : bilan du féminisme
Commission non mixte — Lieux et expressions de femmes
Introduction au débat des Commissions mixte et non-mixte : anarcha-féminisme
Compte rendu des Commissions non-mixtes : anarcha-féminisme
Compte rendu de la Commission mixte : anarcha-féminisme
Compte rendu de la Commission mixte : perspectives et campagnes internationales
Conclusion générale de la rencontre internationale anarcha-féministe
Introduction générale de la rencontre internationale anarcho-féministe
La Commission femmes de la Fédération Anarchiste française a débattu depuis un certain temps de l'anarcho-féminisme, à partir de trois pistes de réflexion :
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l'expérience féministe des femmes de la Commission,
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leur expérience militante en tant qu'anarchistes,
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l'analyse qu'elles font de la place des femmes dans le mouvement politique aujourd'hui.
Ce débat a ensuite été porté au congrès de l'IFA (Internationale des Fédérations Anarchistes) à Valence, en 1990. Ce congrès a mandaté la Fédération Anarchiste française pour organiser la Rencontre à laquelle vous allez participer aujourd'hui. La Commission femmes de la FA française a été chargée de présenter et d'organiser ce débat. Celui-ci se situe dès le départ parmi le milieu anarchiste organisé, avec les organisations qui sont présentes ce jour. Nous souhaitons faire de cette journée une rencontre de travail qui aboutisse à des échanges. À nous, au cours des commissions, de définir le type d'échanges que nous voulons : agence de presse, campagnes communes...
Parce que la FA est mixte, nous avons organisé les AG en mixité ; pour chaque thème de commission, il y aura une salle mixte et une salle non-mixte, excepté pour le débat "Lieux et expressions de femmes" qui sera non-mixte.
Notre réflexion est partie du constat des différents problèmes en France sur l'avortement et la contraception. L'année dernière, une campagne de réunions publiques dans différentes villes a permis d'expliquer et de faire connaître d'une part les attaques non déguisées de commandos anti-avortement et d'autre part, des remises en cause très sérieuses du gouvernement français. C'est sur ce constat qu'a donc eu lieu la campagne de la FA sur "On vous l'a déjà dit... On veut choisir. Avortement, Contraception : un droit".
C'est aussi à partir de nos inquiétudes sur ce que sera l'Europe demain pour les femmes : quelle législation nous réservent les gouvernements qui composeront l'Europe ?
C'est aussi sur le constat que les femmes, dans le milieu du travail, sont les premières victimes de la précarité et du chômage, que les smicards sont aujourd'hui des smicardes et que les chômeurs sont très largement des chômeuses.
C'est aussi parce que nous constatons le vif souhait de certains de renvoyer la femme au foyer ; l'idéologie de la femme enfermée, portée par l'extrême-droite, traverse d'autres courants de la société.
C'est aussi le débat sur la bio-éthique où la femme est victime de manipulations très nettes, privée d'un débat qui la concerne en premier lieu. Dans ce débat capturé par des juristes, des médecins, des religieux, des spécialistes, nulle part n'apparaît la parole de la femme pour défendre son corps.
C'est donc à partir de tous ces constats que nous avons eu le souci de porter le débat féministe à la Fédération Anarchiste française.
Dès le début, nous avons eu le souci de faire de notre engagement féministe un engagement anarchiste qui servirait à la fois de notre militantisme anarchiste et à la fois de notre militantisme féministe.
La Commission femmes de la Fédération Anarchiste française est née en 1978 ; elle a toujours eu à cœur de préoccuper des rapports Hommes / Femmes dans le mouvement libertaire. Cela n'a pas toujours été facile dans les organisations libertaires qui ont tendance à refuser de sexuer leur discours. Ceci dit, nous avons été régulièrement présentes dans le mouvement anarchiste par la production d'écrits dans les outils les plus fidèles au mouvement (articles, brochures,...).
C'est aussi en tant qu'anarchistes qu'à partir de notre pratique libertaire nous pouvons élaborer un projet féministe qui se pose aussi comme une alternative révolutionnaire à la société dans laquelle nous vivons aujourd'hui.
Je vais terminer par ce que pourraient être les objectifs de cette rencontre : à savoir que le mouvement libertaire montre clairement le patriarcat, qu'il le nomme et qu'il le reconnaisse comme préalable essentiel pour que le mouvement libertaire s'inscrive dans une réelle perspective féministe. Ce pourrait être aussi, sachant que des pays différents ayant des luttes différentes, de trouver le fil conducteur de notre engagement féministe.
Ce fil conducteur pourrait être une plate-forme commune, une campagne commune sur "Notre corps nous-mêmes". Enfin, que nous fassions suite à cette rencontre une correspondance orale, des échanges écrits, réguliers entre les différents pays.
Au cours de cette journée, nous allons donc aborder :
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le bilan du féminisme : sur quoi étaient portés les mouvements de ces dernières années,
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simultanément, ce matin, les lieux et expressions des femmes, qui permettent aux femmes de retrouver leurs paroles,
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cet après-midi, la question de l'anarcho-féminisme,
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et en dernier lieu, nous envisagerons quelles campagnes pourraient se faire entre tous les pays présents aujourd'hui.
Je vous souhaite une bonne journée et je vous remercie.
Muriel ROBLIN
Pour la Commission femmes de la Fédération Anarchiste française
Introduction au débat : Bilan du féminisme
Où en sommes-nous ?
Depuis 1892, date du Premier Congrès "féministe" qui osa se nommer comme tel, 100 ans de luttes de femmes viennent de s'écouler.
Il serait sans doute trop long de refaire ici l'historique de nos victoires et de nos échecs. Citons tout de même quelques dates, repères juridiques de la longue marche des femmes.
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1850 Obligation de créer une école de filles dans toutes les communes de plus de 800 habitants mais pas de préparation au baccalauréat (1924)
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1892. Interdiction du travail de nuit pour les femmes
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1920. Interdiction officielle de l'avortement et de la contraception
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1937. Femmes libres espagnoles : IVG gratuite
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1938. L'épouse ne doit plus obéissance à son mari
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1944. Droit de vote et droit d'éligibilité
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1967. Autorisation de la contraception mais pas sa publicité
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1970. Suppression de la notion de chef de famille (autorité parentale)
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1972. Principe d'égalité de rémunération entre les femmes et les hommes
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1975. Autorisation de l'IVG
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1982. Remboursement de l'IVG
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1983. Loi Roudy sur l'égalité professionnelle entre hommes et femmes
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1992. Loi contre le harcèlement sexuel au travail et suppression de l'interdiction du travail de nuit pour les femmes
Certains, certaines de nos contemporain(e)s estiment que le problème est réglé. Il y a des lois qui rendent égales les femmes au moins en droit.
Et pourtant, le moment est venu sans doute d'y regarder de plus près : en 1989, les femmes représentent 42,3% de la population active, 80% des travailleurs précaires sont des femmes, de même que 51,7% des salariés du secteur tertiaire, 38% des ouvriers non qualifiés et 13% seulement des ouvriers qualifiés.
En Europe aujourd'hui, les femmes gagnent en moyenne 30% de moins que les hommes pour un même travail et une même qualification. Plus on monte dans la hiérarchie, plus les écarts de salaire sont grands : 48% pour les ingénieurs, par exemple.
Au niveau de l'orientation scolaire actuelle, une majorité de filles continuent de choisir les filières traditionnellement féminisées : santé, enseignement, secrétariat.
Et pourtant, un sondage du Nouvel Observateur, en 1990, estime que 82% des femmes interrogées pensent pouvoir réussir leur vie en dehors du couple mais qu'elles ne sauraient se passer d'un métier...
En 1989, au niveau des rouages politiques de l'Etat, on comptait 5,9% de députées, 5,5% de mairesses et 3,4% de sénatrices, 1 seule préfette. Les organisations syndicales et politiques présentent une femme porte-parole de Lutte ouvrière, une autre secrétaire du Syndicat de la magistrature, une au SNES, une au CRC et une au SUD.
Les commissions femmes ou travailleuses ont disparu. Investir le champ politique construit par et pour les hommes reste une gageure, sauf pour celles qui mènent leur combat jusqu'au risque de se faire exclure, par exemple, des grandes confédérations syndicales traditionnelles. Ainsi la lutte de la Coordination infirmière en 1988, lutte à 99% féminine sinon féministe, entraîna l'exclusion de la CFDT de 4000 adhérents et de toutes les militantes qui s'étaient investies dans la grève.
Les luttes des femmes, quand elles sont radicales, semblent donc incompatibles avec les schémas d'organisation dominants.
Les militantes, comme les travailleuses, continuent de porter le poids de la gestion de la vie quotidienne, ce qui fait déclarer tranquillement à Ségolène Royal, ministre et enceinte : "La nouvelle femme réussit enfin la synthèse de trois pouvoirs : carrière, maternité et vie affective". Et voilà consacrée l'image de la superwoman.
Les menaces graves que représentent les commandos anti-IVG ont remobilisé le mouvement des femmes depuis un an et demi en France. L'organisation des Etats généraux en janvier dernier et leur succès ont été l'occasion de réunir ce qu'il faut bien appeler les miettes éparses des organisations féministes françaises, rescapées courageuses de scissions en chaîne et de démobilisation générale.
Mais la liberté d'avorter et de choisir ses maternités semble, au travers du discours médiatique, mise en balance avec la lutte contre la stérilité et les NTR (nouvelles techniques de reproduction) présentées comme des solutions miraculeuses. Alors que là, encore et toujours, le corps féminin sert de champ d'expérience et représente une source de profit, de prestige médical ... masculin. Dans d'autres étages de la société se perpétue la violence faite aux femmes : coups, viol, prostitution, humiliation. Cohabitation de femme vendeuse de marketing et de femme vendue.
Alors où en sommes-nous vraiment ? Derrière l'image de la superwoman occidentale, intelligente, jolie, efficace, baisable à souhait, quelle réalité pour les femmes ?
A quel prix les femmes occidentales payent-elles leur accession aux postes du pouvoir capitaliste, aux rouages de l'Etat ? A quel prix payent-elles leur installation, lente mais régulière, irrépressible dans le monde du travail ? Quel bilan politique tirer de cette intégration ? ou de cette récupération ? Quel bilan anarcho-féministe ?
Au-delà des pays occidentaux, qu'en est-il des femmes culturellement différentes, alors qu'en Orient comme en Occident, resurgissent ou se consolident intégrisme et intolérance ?
Au-delà de la sphère publique, qu'est-ce qui a changé dans le privé, dans notre rapport à l'autre, compagne ou compagnon, dans la sexualité et ses pratiques ?
Le féminisme a-t-il gagné alors qu'il renonce à un projet de changement de société ? Qu'en est-il de la conscience féministe des jeunes femmes nées avec la liberté de choisir ? Le féminisme est-il mort, le patriarcat est-il vaincu ? Comment formuler nos acquis ? nos échecs ? Bref, que pourrait être aujourd'hui un mouvement social féminin, féministe, anarcho-féministe ?
Yolaine Guignat
Fédération anarchiste française
Compte rendu de la Commission non-mixte : bilan du féminisme
Présentes : des délégations allemandes, américaines, françaises.
Compte rendu d'expériences dans les différents pays (Allemagne, Etats-Unis, France).
Grande diversité des mouvements de femmes et des préoccupations, et du fonctionnement du mouvement.
Anarcho-féminisme
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Allemagne : mouvement éclaté, préoccupation de non-mixité importante.
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Etats-Unis : pas d'unité entre les groupes, pas de projet politique global, volontariste. Des femmes se mobilisent à nouveau pour le droit à l'avortement (elles ne se déclarent pas forcément féministes).
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France : récupération partielle du mouvement des femmes par l'Etat.
Quelle stratégie de lutte ?
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France : situation de défense des acquis. Ne risque-t-on pas d'y perdre une certaine radicalité ? Problématique : réforme ou révolution ?
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Etats-Unis : autres moyens de lutte (Arts) qui passeraient mieux auprès des gens (jeunes).
Questions fondamentales pour le débat anarcho-féministe
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oser faire le bilan critique des mouvements libertaires et féministes
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lier revendications des femmes et mouvement social
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construire des liens en fonction des différences
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ne plus privilégier l'urgence / contester la hiérarchisation des luttes
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pourquoi le mouvement anarchiste, qui aurait dû être porteur, moteur de ces mouvements (ex : femmes, écologie, ...), ne les a pas "intégrés" complètement ?
Compte rendu de la Commission mixte : bilan du féminisme
Une trentaine de compagnes et compagnons ont participé à cette commission dont des personnes venant d'IRLANDE, de HOLLANDE, d'ITALIE, d'ALLEMAGNE.
Constat sur les acquis du féminisme dans le domaine de l'avortement, de la contraception, de la place des femmes dans le salariat, dans la vie sociale. Une reconnaissance plus importante de l'identité des femmes.
Avec prise de conscience que le salariat n'est pas une fin en soi. La remise en cause de ce système pour les hommes comme pour les femmes était sous-jacente (travail de nuit, travail à temps partiel).
Le féminisme "traditionnel" possède une stratégie tournée vers l'Etat. Il n'a pas eu la capacité de rester mobilisé malgré les acquis octroyés et a pu se présenter comme un allié objectif du patriarcat dans la production de richesses et de profits.
Actuellement, on constate une stagnation (rien n'a changé) et même un recul qui provoque des inquiétudes.
Le temps est semble-t-il venu de dialoguer, mais les hommes ont plus de difficultés car le chemin parcouru n'est pas le même. Les femmes bâtissent leur lutte à partir des acquis et de la réflexion déjà entamée.
Les hommes n'ont pas de lieu pour discuter, pour échanger entre eux sur ces problèmes.
D'autre part, certains sont jeunes et n'ont pas vécu toutes ces luttes, posent des questions, veulent savoir le pourquoi des revendications afin de militer aux côtés des femmes.
Ils disent qu'il est très difficile pour eux d'aborder ces problèmes — sexualité, contraception... — entre eux.
C'est sans doute la raison pour laquelle, 1/3 environ du temps de discussion fut consacré à la contraception masculine, la vasectomie. Cette dernière étant ressentie plus en terme de mutilation ou de contrainte irréversible que comme un espace de liberté.
Notion des diversités, des différences. Il faut respecter les différences, en évitant l'émiettement récupéré par le système, car cela entraîne un danger de parcellisation et d'essoufflement des luttes.
Il faut faire une analyse large de toutes les sphères de cette oppression des femmes (les hommes parlent encore ici d'exploitation).
Spécificité allemande
Le compagnon a indiqué que dans son groupe, les hommes doivent avoir une position claire par rapport au féminisme et que la lutte contre le patriarcat était considérée comme aussi importante que les autres.
Spécificité italienne
Les anarcho-féministes ne veulent pas entrer dans la hiérarchie de l'Etat, mais s'opposer à lui.
Il faut élargir le problème au-delà de la contraception et de l'avortement. De nombreux groupes existent et travaillent actuellement, chacun sur des thèmes différents. Ceci est très positif.
Il faut considérer le féminisme en terme d'une perspective pour l'anarchie.
Commission non mixte — Lieux et expressions de femmes
Délégations allemandes, anglaises, italiennes et françaises.
Ce qui importe, c'est d'exister dans un monde qui il faut sexuer en réduisant la partialité de l'élément masculin considéré comme universel.
Alisa del Re.
À partir de ce constat, des femmes, des féministes ont créé des lieux d'expression et d'action.
Le mouvement des femmes s'est transformé, des lieux, des liens, des projets nuent sous différentes formes militantes, intellectuelles, artistiques.
Des lieux, tels que des Maisons de Femmes, peuvent regrouper des associations, des coordinations qui luttent pour le droit à l'avortement et à la contraception, contre les différentes violences faites aux femmes, contre les différentes formes de discrimination dont elles sont victimes.
À travers le débat qui s'est instauré, on a pu constater des grandes différences en fonction des sensibilités, des générations et des pays d'origine.
Une génération de femmes s'est battue pour conquérir des droits (IVG, contraception), droits consommés par la génération suivante qui méconnaît l'histoire de ces luttes. Quand ces droits sont menacés, les anciennes se sentent beaucoup plus concernées que les jeunes.
Certaines avaient le sentiment que le mouvement lesbien était plus actif. Peut-être parce que doublement opprimé en tant que femme et homosexuelle ?
Le débat a beaucoup porté sur le droit pour les femmes de choisir leur vie : par exemple, travailler ou rester au foyer (pour femmes de l'Est), toucher un salaire maternel (pour certaines britanniques et italiennes), ce qui a été également très contesté.
Il a été réaffirmé avec force la nécessité de relier le féminisme au politique. Le privé est politique.
Tout projet révolutionnaire doit inclure le féminisme (Cf les algériennes, les latino-américaines) et inversement, le féminisme ne peut exister sans projet de société : le pourquoi de l'anarcho-féminisme.
Sur le plan intellectuel, des femmes ont repensé l'histoire, la philosophie, la psychanalyse, etc, et d'objets, elles deviennent sujets.
Sur le plan artistique, elles ont créé des espaces spécifiques. Festival international de films de femmes de Créteil, Biennale des femmes peintres et sculpteurs, etc., pour échapper à l'universalisme masculin et créer un espace ouvert au partage.
Introduction au débat des Commissions mixte et non-mixte : anarcha-féminisme
Que ce soit vis-à-vis de figures comme Louise Michel ou Emma Goldman, ou vis-à-vis d'un mouvement important comme les femmes des Mujeres libres, en Espagne 1936, ou le MLF en France dans les années 1970, le mouvement libertaire a toujours eu du mal à reprendre les apports de ces luttes.
Le mouvement anarchiste a pris en compte la dimension de communauté ou par rapport à ce qu'a fait Kanaky. De même pour Emma Goldman, son militantisme international sont mis largement en avant. Par contre, ce que l'une a fait pour l'éducation et la pédagogie, ce que l'autre a fait par rapport à l'émancipation des femmes, y compris au niveau de la prostitution, le mouvement anarchiste s'en est peu fait l'écho, hormis ce que les femmes anarchistes s'en sont fait l'écho. De même en Espagne, le mouvement Femmes libres a eu du mal à être reconnu par le mouvement libertaire espagnol, au-delà de la force d'appoint que les 20 000 affiliées représentaient. Et pourtant, leur œuvre fut colossale en matière d'éducation, d'instruction professionnelle, de production économique. Et pourtant, la légalisation de l'avortement en 1937 doit être mis à l'actif de leurs actions.
Pourquoi alors parler d'anarcha-féminisme en 1992 ?
Deux raisons au moins :
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le travail de la Commission femmes de la FA a abouti au lancement d'une campagne "On vous l'a déjà dit ... on veut choisir !" (Avortement-contraception). Campagne d'affiches, d'articles, tracts libres et gratuits. Campagne de participation aux meetings en 1990-91 puis participation à la Coordination des associations pour le droit à l'avortement et à la contraception. La réalisation de cette campagne nous a fait prendre conscience dans notre force, nos capacités de mobilisation. Et donc de nos possibilités pour aller plus loin dans nos actions et réflexions libertaires — ne pas nous limiter nos luttes à un thème, si important soit-il.
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une autre raison tient peut-être à un certain "vide politique" : les actions menées actuellement apparaissent souvent défensives et/ou collées à la réalité (mobilisation).
D'autres éléments du cadre de définition de l'anarcha-féminisme :
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Le va-et-vient entre une et multiple, l'égalité dans la différence, égalité de valeur des différences.
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La non-hiérarchisation des revendications, des luttes et leur fédération en un réseau entre elles.
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Le nécessaire lien avec un projet révolutionnaire. Sans ce lien, toute forme de féminisme aboutit au réformisme, à l'intégration à l'appareil d'Etat. Projet révolutionnaire basé sur le fédéralisme et non sur le réformisme, ce que n'est pas, comme c'est souvent le cas, le mouvement des femmes utilisé comme courroie de transmission, soumis au parti.
Ajoutons tout de suite que ces deux aspects ne sont pas spécifiques aux féministes libertaires mais doivent être repris absolument.
Autres éléments du cadre de définition de l'anarcha-féminisme : et donc repenser de manière sexuée la notion de prise de conscience de l'individu et de l'individue dans la pensée anarchiste, repenser les relations entre individus et individues.
Ce que nous voulons, c'est que le débat s'ouvre entre libertaires au niveau international (cela ne nous empêche pas d'ouvrir le débat au-delà du mouvement libertaire, c'est bien dans le cadre de la rencontre internationale anarcha-féministe) pour échanger et nous rassembler autour d'un certain nombre de fils conducteurs communs, que cela permette d'approfondir les "lignes-forces" qui définiraient l'anarcha-féminisme, lui apporteraient une cohérence conceptuelle, et que nous puissions dégager des perspectives de campagnes internationales.
Elisabeth CLAUDE
Hélène HERNANDEZ</strong>
pour la Commission femmes de la Fédération Anarchiste française
Compte rendu des Commissions non-mixtes : anarcha-féminisme
Quand le féminisme pose le problème du pouvoir, il est anarchiste mais l'anarchisme est trop souvent anti-sexiste et non-féministe.
Les aspects positifs du féminisme ne sont pas suffisamment intégrés dans l'anarchisme.
L'anarchisme véhicule trop souvent le modèle hétérosexuel, la complémentarité des sexes. Il ne se préoccupe des problèmes des femmes que par rapport à leur rôle social, à leur corps et à leur rapport à leur rôle social, à leur oppression.
Idées d'action
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corps mais de façon offensive et ne suffit pas comme projet révolutionnaire
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pouvoir des églises — pouvoir des hommes —> besoin sur ce qu'on fait, échanges d'infos sur la solidarité
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rechercher des thèmes de campagne sur l'autonomie, l'indépendance, qui soient plus en rapport avec nos projets révolutionnaires (ex : remise en cause du modèle de la famille).
Nous sommes venues d'Espagne, de France et d'Allemagne ; nous, anarchistes féministes, avons constaté qu'au-delà de nos différences de cultures, de mentalités, de coutumes, d'expériences personnelles et d'histoires, différents concepts sont valides. Ceux-ci doivent être reconnus, considérés et tolérés dans la discussion et la continuation de la révolution sociale.
Demain, il sera possible de créer un réseau qui couvre toutes ces réalités. Ces contacts sont nécessaires pour briser l'isolement et construire des réseaux anti-nationaux qui fonctionnent réellement.
L'important, c'est que les femmes les plus différentes s'engagent et que l'égalité subsiste dans les différences.
Nous prévoyons des actions des anarcho-féministes connues pour opposer nos idées aux frontières fondées, au moins au-delà des frontières, pour opposer nos idées aux structures anarchistes et pour mettre un terme à l'emprise masculine sur le concept d'anarchisme, qui n'évoque pas les différentes formes d'oppression et les passe sous silence.
Cela signifie pour nous, sur cet aspect, que les vieilles théories anarchistes ne peuvent plus avoir de validité, qu'elles sont caduques.
Par conséquent, nous créons des concepts nouveaux qui correspondent mieux à nos pratiques.
Vive le combat anarcha-féministe des femmes !
Compte rendu de la Commission mixte : anarcha-féminisme
Il avait été décidé, et longuement débattu, d'inclure une commission mixte pour parler de l'anarcho-féminisme. Après donc différents débats, plus ou moins sereins, cela a été fait. Et on m'a demandé d'en faire le compte rendu. Je vous préviens tout de suite que vous allez être déçus.
Parce qu'il n'y a pas eu de débat sur l'anarcho-féminisme de façon mixte.
En dehors de l'aspect que je n'appellerai pas débat mais juxtaposition d'opinions, de points de vue, qui n'était qu'une vue sans ligne directive, chacun parlant suivant l'idée qu'il se faisait de la validité et de l'existence potentielle d'un besoin pour les femmes anarchistes d'être spécifiquement féministes, et pour les hommes anarchistes ou pas, féministes ou pas, en dehors de l'aspect purement hétérosexiste de la plupart des interventions, on a réussi à prouver, même si on n'en avait pas envie puisqu'on n'a pas essayé de débattre de cela de façon mixte, on a réussi à prouver qu'il a été possible dans le seul débat où il a été essayé de détourner le débat vers d'autres problèmes comme le spécisme, la libération des animaux, choisissant délibérément que des hommes discutent de cela ; c'est le débat sur l'anarcho-féminisme.
Si une réunion sur l'anarcho-féminisme a été choisie pour faire ces interventions, ce n'est pas par hasard, c'est délibérément et violemment une agression masculine contre les anarcho-féministes et l'anarcho-féminisme en général. Car jamais aucun homme parmi vous n'aurait osé aborder l'équivalence du massacre des animaux avec le massacre de l'Holocauste dans une réunion anti-fasciste.
Personne...
On a donc réussi à démontrer que, peut-être provisoirement, il n'est pas possible de discuter sérieusement entre hommes et femmes de l'anarcho-féminisme, à moins de bien filtrer les entrées, mais alors ce n'est plus un débat. Il s'agit donc d'un non-événement.
Vincent
Fédération Anarchiste française
Compte rendu de la Commission mixte : perspectives et campagnes internationales
Présentes et présents : Des femmes de la Commission femmes de la FA française, un étudiant en FA française, des militantes individuelles françaises, une américaine, une anglaise de Class War.
La volonté de travailler en commun au niveau international a été soulignée. Cela permet de concilier la lutte sur les questions immédiates dont un tel ou tel acquis, et aussi une réflexion plus globale sur un projet de vie, de société, et aussi de réflexion des femmes libertaires.
La situation des femmes de tous les pays a pour dénominateur commun l'oppression.
La discussion sur les expériences de chacune débouche sur la nécessité partout de se trouver près des femmes qui vivent les situations les plus difficiles (femmes immigrées, chômeuses de longue durée, ...) et prennent des initiatives pour améliorer leur situation.
Suite à ces discussions, nous avons dégagé 3 pistes de travail en commun à proposer :
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conférences-discussions réalisées dans les quartiers pour diffuser des informations, par des intervenantes étrangères, favoriser les échanges, créer des solidarités, donner des idées...
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campagne d'affiche commune : une affiche conçue par des organisations de différents pays a naturellement plus d'impact et plus de poids. Il s'agit de montrer qu'à un moment donné, des femmes de différents pays prennent une initiative commune.
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créer un A-Infos Femmes, sur le modèle de A-Infos, consacré spécifiquement à des informations sur les femmes.
A-Infos = bulletin d'information mensuel créé à l'initiative d'anarchistes de Belgique, d'Allemagne et de France. Y participent aujourd'hui le Portugal, la Grèce, l'Italie, les Pays-Bas en plus des fondateurs.
Principe = reformuler dans un langage simple les informations intéressantes diffusées au niveau national dans un mois et les envoyer à l'étranger. C'est un réseau d'information. Ces informations sont destinées à être réutilisables par les journaux, radios, etc.
A-Infos Femmes pourrait ainsi développer des solidarités entre pays, susciter des débats communs, des rencontres.
La Commission Femmes de la FA française pourrait participer à ce projet.
La femme des Etats-Unis, présente lors de la commission, est prête à participer pour les Etats-Unis.
Si cette initiative vous intéresse et si vous voulez y participer, vous pouvez laisser vos coordonnées à :
Publico
145 rue Amelot
75011 PARIS (France)
Conclusion générale de la rencontre internationale anarcha-féministe
Nous avions pour objectif, en tant que Fédération Anarchiste française, de préparer le débat sur l'anarcho-féminisme et de mettre sur pied cette rencontre internationale, qui s'est tenue sur toute cette journée, l'objectif étant donc de rassembler nos idées et pratiques au niveau international, de les confronter, de réfléchir ensemble sur ce que nous pourrions faire en commun.
Cette idée d'initiative, nous l'avons prise au cours du Congrès de l'Internationale des Fédérations Anarchistes (IFA) et nous avons mis deux ans pour la mettre en œuvre. Deux années qui se sont appuyées essentiellement sur les forces françaises pour l'organisation de cette rencontre, mais nous avons été très heureuses de voir la participation très nombreuse des délégations étrangères, comme quoi l'oppression des femmes intéresse au-delà des frontières et savoir comment nous pouvons dégager des fils conducteurs communs qui nous rassemblent sur le féminisme et l'anarchie vivre spécifique au niveau international.
Les comptes rendus des différentes commissions ont montré — nous n'allons pas faire une synthèse des comptes rendus bien évidemment, qu'il y a eu au cours de cette journée des débats plus faciles que d'autres. Cette journée, plus faciles quand c'était non mixte, moins faciles pour la définition de l'anarcho-féminisme, plus divers, plus riches de débats qui nous font avancer sur cette définition de l'anarcha-féminisme, nos réflexions et nos pratiques sur nos définitions dans les organisations anarchistes, chez les femmes anarchistes et dans la société.
En ce qui concerne les perspectives de campagnes, il faut que dans chaque délégation, dans son pays, on mette en œuvre les possibilités de mettre en commun, les propositions faites : conférences-débats, campagne d'affiche commune, A-Infos Femmes. C'est à chaque délégation de susciter les possibilités de mettre en œuvre, dans son pays, les décisions de cette rencontre — et en dernier lieu, nous envisagerons quelles campagnes pourraient se faire entre tous les pays présents aujourd'hui.
Au nom de la Commission femmes de la Fédération Anarchiste française, nous remercions tous ceux et celles qui ont participé à l'ensemble des débats de cette rencontre.