Terre et Liberté
Correspondances et communications (25 octobre 1884)
Salut au nouvel organe des déshérités !
Les groupes de Révolutionnaires réfugiés espagnols à tous les Révolutionnaires du monde.
Salut au nouvel organe des déshérités !
La Chaux-de-Fonds, 2 octobre 1884.
Compagnons,
Salut au nouvel organe des déshérités !
Salut aux nouveaux combattants qui prennent place sur la brèche pratiquée dans la forteresse bourgeoise par les soldats d'avant-garde tombés pour la bonne cause, qui expient leur crime dans les cachots de la R. F. ou en exil.
En relevant le drapeau, un instant enlevé à nos amis de Lyon, vous marquez le réveil et nous accourons nous ranger sous ses plis.
Nous vous aiderons dans la grande et noble tâche que vous avez entreprise ; nous lutterons avec vous contre l'ennemi commun, et si nous tombons, ce sera avec l'espoir d'être remplacés par d'autres dont le nombre chaque jour plus considérable avancera, malgré tout, l'heure de la victoire, c'est-à-dire du triomphe de la Justice et de l'Egalité sociales.
Oui, nous sommes résolus, et puisque la lutte recommence, nous voici ! à force d'être vaincus nous finirons bien par être vainqueurs.
Alors, la vengeance sera terrible ! Alors, nous rappellerons aux jouisseurs les misères qu'ils ont fait endurer, les persécutions qu'ils ont fait subir, les larmes qu'ils ont fait verser ; nous leur rappellerons leurs orgies et leurs turpitudes, leurs vexations et leur cupidité ; et comme ils auront été impitoyables dans la répression, nous serons impitoyables dans les représailles.
Oui, la classe privilégiée qui depuis si longtemps se vautre dans les jouissances de la vie au détriment de la classe productrice, doit disparaître, car elle est hostile au progrès, comme elle est hostile au bonheur du genre humain. Elle disparaîtra tout entière, puisqu'elle est séparée de nous par un abîme que rien ne peut combler ; entre elle et nous il y a un antagonisme qui ne se peut effacer que par la destruction de l'une ou l'autre des deux classes. Et comme la classe des parasites est la moins nombreuse et qu'elle est non-seulement inutile, mais nuisible, il faut la supprimer.
A l'œuvre donc ! Que la guerre continue de plus belle maintenant, sans trêve ni relâche.
Ah ! Messieurs les rhéteurs, vous avez longtemps tenu le haut du pavé, grâce à vos sophismes et à vos clichés d'antan, cela est usé : les auditeurs débonnaires qui avalaient vos pilules économiques ne mordent plus à l'hameçon ; vos sophismes ne prennent plus dans le public, et vous avez recours aux gendarmes, aux juges, aux prisons, mais cela aussi avortera et alors... alors, oh ! bourgeoisie maudite, tu disparaîtras !
Déjà la colère s'empare des ouvriers. La crise épouvantable qui sévit dans les grands centres est ton œuvre, bourgeoisie rapace ! Vois, ces travailleurs exténués, aux prises avec la hideuse famine, vois ces femmes dépenaillées, ces enfants affamés, contemple cela et dis-nous si tu n'es pas l'auteur exclusif de toutes ces misères.
A Lyon, trente ou quarante mille prolétaires sont sans travail et sans pain ; à Saint-Etienne, vingt ou vingt-cinq mille ; à Paris, à Marseille, à Bordeaux, partout, partout la crise industrielle sévit horriblement. Que fais-tu pendant ce temps ? Tu parlottes, tu palpes les deniers que t'alloue la candide routine du Peuple souverain, et tu le récompenses de ses bontés par des discours à perte de vue sur les moyens pratiques d'atténuer les crises industrielles que ta cupidité a déterminées. Oh ! bourgeoisie imbécile et canaille, que tu vaux peu !
A Besançon, les autorités ont ouvert des chantiers communaux pour occuper les ouvriers sans travail (quels chantiers et quel travail !). A Lyon, les meurt-de-faim vont procéder, d'après l'autorisation du ministre, au déblaiement des fortifications. Diable, quelle aubaine !
Ici, à La Chaux-de-Fonds, nous n'avons pas de chantiers à exploiter, pas de fortifications à déblayer, mais nous avons des juifs, des juifs gros et gras comme des ministres français, lesquels, placés à la tête de l'industrie horlogère, font la pluie et le beau temps dans la fabrique. Ces messieurs ont l'air de s'occuper fort peu de la crise, bien qu'elle soit assez intense, mais il en viendra d'autres et elles seront sans doute assez puissantes pour remuer les ouvriers ; alors, gare aux juifs de toutes les religions.
En attendant, notre devoir est tracé. Détruire les sophismes intéressés des bourgeois internationaux, montrer aux souffre-douleurs les subterfuges employés par leurs maîtres pour les asservir, souffler d'Orient en Occident l'esprit de révolte afin de hâter la Révolution inévitable qui amènera la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme, l'émancipation du genre humain.
Le groupe anarchiste de La Chaux-de-Fonds (Suisse).
Les groupes de Révolutionnaires réfugiés espagnols à tous les Révolutionnaires du monde.
Compagnons,
Nous attachons une grande importance à la tenue du Congrès cosmopolite de Barcelone, tant au point de vue des questions qui y seront discutées, questions qui, nous n'en doutons pas, jetteront un jour nouveau sur les diverses théories anarchistes ; qu'au point de vue de l'action nécessaire pour hâter la délivrance de l'Humanité.
Cette importance n'est pas moins grande en ce qui concerne le développement révolutionnaire dans toutes les régions et en particulier pour la région espagnole, dont la Fédération fait tant d'efforts et qui propage nos idées avec une si grande activité et un réel succès dans toutes les régions sud-américaines.
En face de la coalition réactionnaire qui semble vouloir réunir tous ses moyens de combat dans un dernier effort, la Fédération espagnole a cru qu'il était utile de prendre l'initiative d'un congrès qui aurait lieu du 24 au 27 septembre 1884.
Mais en raison des quarantaines imposées aux voyageurs, — par suite du choléra, — se rendant en Espagne, et en même temps pour permettre aux groupes et Fédération d'étudier plus longuement les questions à l'ordre du jour, et par suite de nombreuses demandes, les groupes, sections et Fédération de la région espagnole ont résolu de renvoyer à une date qui sera ultérieurement annoncée, la tenue du Congrès de Barcelone.
Nous vous engageons, compagnons, à vous préparer pour ce Congrès, et nous ne doutons pas que vous ne soyez d'accord avec nous sur la portée et l'utilité de cette réunion.
Nous sommes certains aussi que vous nous aiderez de toutes vos forces, afin que nous puissions échanger nos vues sur les différents moyens d'action, et nous préparer à la lutte pour délivrer l'Humanité de toutes les oppressions.
Salut, anarchie et révolution.
Pour le groupe :
La commission de propagande des réfugiés espagnols.
Elbeuf
Il y a à Elbeuf un grand nombre de travailleurs de toutes les corporations sans ouvrage, mais principalement de l'industrie drapière.
Elle occupe dans les environs dix mille tisserands, gagnant tout au plus quarante sous par jour. Eh bien ! ces dix mille ouvriers sont [1] seulement de leur travail et de leurs connaissances techniques ; mais aussi de leurs métiers qui ne seront plus bons qu'à être brûlés. Le métier mécanique fait quatre fois plus d'ouvrage que le métier à la main, sans avoir presque besoin d'apprentissage. Les patrons occupent de préférence, pour payer moins cher, des femmes et des enfants.
Aussi la misère est-elle grande et augmente-t-elle sans cesse. Chaque jour de nouveaux métiers mécaniques prennent la place des métiers à la main (une maison vient de renvoyer deux cents tisserands) ; et dans un laps de temps relativement très court, les campagnes des environs d'Elbeuf seront désertes. Que deviendront ces malheureux tisserands expropriés de leur profession ? Ils mourront de faim ou se révolteront, car partout les ouvriers chôment et le progrès mécanique se fait aussi bien sentir dans l'agriculture que dans l'industrie.
De tous côtés on entend des plaintes, des récriminations s'élever, la nécessité d'une révolution économique s'impose, car tout le monde comprend l'impossibilité de la durée d'un état de choses où le producteur de la richesse sociale crève misérablement de faim à côté d'établissements regorgeant de produits, à côté du luxe effronté de ses maîtres et de leurs orgies de toutes sortes.
Chers compagnons,
Au mois de décembre 1883, à la suite d'une réunion tenue Irving-Hall, à New-York, à l'occasion du passage de la délégation ouvrière, une collecte a été faite au bénéfice des détenus politiques français, produisant une somme de 160 francs.
Cette somme a été répartie comme suit :
100 fr. aux détenus de Lyon, le 15 janvier 1884.
60 fr. aux Compagnons arrêtés à Paris, à la suite du meeting de la place de la Bourse.
Salut et solidarité.
Antoine Rieffel.
Salut vaillant champion des idées rénovatrices ! Terre et Liberté ! ces deux mots seuls disent assez par eux-mêmes, quelle sera votre ligne de conduite.
Un drapeau tombe à Lyon, un autre naît à Marseille. Celui-ci périt sous les coups de la justice bourgeoise, « Terre et Liberté », relève le défi jeté aux meurt-de-faim par la sequelle capitaliste. C'est à désespérer le plus confiant des satisfaits !
Chers Compagnons de Paris, la province ne reste pas inactive... car d'autres après vous sont prêts à vous remplacer si vous tombez sous les coups de nos maîtres.
Ces bons gouvernants commencent à se gratter leur tête d'oiseau de proie, en pensant à l'envahissement dans le cerveau des pauvres des tactiques anarchistes.
Ils finiront bien par façonner quelques petites bonnes lois pour empêcher que les journaux anarchistes poussent en France comme des champignons ; agissant ainsi, les maîtres du jour nous obligeront à laisser complètement de côté la propagande par écrit et par la parole pour n'employer que la propagande par l'action ; nous ne perdrons rien au change.
Nous ne doutons pas que vous ne suiviez la ligne de conduite que s'étaient tracée vos prédécesseurs.
Aussi vous disons-nous :
Courage, persévérance et audace.
Tout à vous et à la Révolution sociale et universelle.
Le groupe l'Affamé, de Marseille.
Aux Compagnons de « Terre et Liberté ».
C'est avec plaisir que nous apprenons l'apparition de l'organe communiste-anarchiste « TERRE ET LIBERTÉ » qui nous n'en doutons pas soutiendra aussi vaillamment que ses prédécesseurs de Lyon, de Marseille et que le Révolté, les principes communistes qui doivent assurer le bonheur de l'humanité.
Courage, compagnons, frappez ferme sur ces vieilles institutions, frappez sans relâche pour détruire cette caste bourgeoise, ramassis d'efféminés et de fusilleurs, d'exploiteurs et de bourreaux.
Soutenez résolument le drapeau anarchiste et les travailleurs que l'on traite en bêtes de somme, les travailleurs qui produisent toutes les richesses et dont les femmes et les enfants meurent de froid et de faim, dont les filles servent de chair à plaisir aux fils des bourgeois, les travailleurs que l'on transforme en chair à canon lorsque la misère, la machine ou le choléra les ont épargnés, sentant revivre en eux leurs sentiments d'hommes, détruiront enfin cette organisation d'exploiteurs, qui, quel que soit le nom dont elle se décore, consacre le vol et crée la misère, et fondera par la Révolution sociale une nouvelle société basée sur le droit et la justice.
Plus de serfs, plus d'exploités, ni gouvernants, ni gouvernés.
Courage Compagnons, luttez hardiment et [2]
Le groupe anarchiste « La Guerre sociale » de Toulon.
Compagnons,
Nous venons saluer le nouvel organe communiste-anarchiste « Terre et Liberté » organe des déshérités, des meurt-de-faim, qui continuera sans trêve ni merci la lutte entreprise par ses devanciers.
Compagnons, luttons sans cesse en attendant la fin de notre exploitation, de notre oppression et de nos misères.
Luttons sans cesse pour notre affranchissement futur.
Jetons notre cri de révolte contre les prêtres qui abrutissent l'intelligence, contre les patrons qui nous exploitent, contre les gouvernements qui sont leur soutien.
Que la prochaine Révolution supprime sans en rien laisser subsister toute autorité, toute loi, toute propriété, toute religion pour établir l'anarchie qui seule peut rendre l'homme libre travaillant et consommant librement.
Recevez compagnons l'assurance de tout notre dévouement à la cause commune.
Vive l'anarchie !
Le groupe anarchiste « Les Impatients » de Beaucaire.
Compagnons de Paris,
Nous profitons de l'envoi de 95 francs à partager entre les familles des détenus politiques et la propagande du journal pour vous adresser nos souhaits pour la réussite de « Terre et Liberté ».
Bravo, Parisiens, la bande des souteneurs de la bourgeoisie croyait que l'anarchie était morte avec les organes de Lyon et de Marseille, à vous de leur montrer que partout, le lion se réveille.
Bientôt la dernière heure sonnera pour les ventrus du pouvoir et du capital ; ce jour là, nous attendrons avec impatience un cri de vous qui nous appelle au combat.
Jusque-là, tenez ferme, et que Terre et Liberté soit digne de ses vaillants devanciers.
La section anarchiste de langue française de Londres de l'Association internationale des Travailleurs.
Vienne, le 17 octobre 1884.
Au journal « Terre et Liberté ».
Compagnons,
C'est avec joie que nous saluons l'apparition d'un nouvel organe, révolutionnaire-anarchiste. Ce titre « Terre et Liberté » résume bien nos aspirations, notre but suprême, ainsi que les légitimes revendications des travailleurs dans une quotidienne souffrance.
Nous sommes certains d'avance que comme ses prédécesseurs, « le Droit anarchique », et « l'Affamé », il tiendra haut et ferme l'étendard de la Révolution, justifiée par les monstruosités d'un ordre social, corrompu de la base au sommet.
Les oiseaux de proie vous guettent.
Les Jacomet et les bourgeois de tout acabit fabriquent de nouvelles chaînes pour vous.
Courage ! courage ! ! dans la lutte contre le despotisme moderne. Nous sommes avec vous.
Vive la révolution sociale !
Le groupe « Les Indignés ».
Verviers, le 18 octobre 1884.
Compagnons,
Vous nous annoncez la publication d'un organe anarchiste ; cette heureuse nouvelle nous a fait plaisir.
Ce qui vous est réservé par cette publication, nous le savons : Les persécutions, la prison et l'exil seront la récompense de vos efforts.
Malgré ces belles choses en perspective, vous avez compris que le bonheur de l'humanité valait bien l'existence de quelques hommes et sans hésiter vous lui offrez la vôtre.
Ce qui nous fait espérer pour l'avenir, compagnons, c'est que partout il y a un peu, même beaucoup de ces hommes qui sont prêts à donner leur vie pour la grande cause, parce qu'ils comprennent comme vous, que la fermeté, l'énergie, le désintéressement de soi-même ainsi qu'une conviction sincère du principe défendu, sont les choses les plus nécessaires pour la révolution sociale et pour en assurer son triomphe.
Toutes nos sympathies sont donc acquises à votre journal qui a pour titre « Terre et Liberté » et c'est au cri de : Vive le communisme anarchiste et révolutionnaire que nous lui souhaitons la bienvenue.
Vous recevrez de temps à autre une correspondance relative au mouvement ouvrier de mes localités.
Le cercle l'Etincelle de Verviers.
Amiens. — Nous saluons l'apparition du nouveau journal Terre et Liberté, espérant que sa ligne de conduite sera celle de ses prédécesseurs. Ce titre renfermant à lui seul toutes nos aspirations, nous lui crions courage !
Vive l'Anarchie !
Vive la Révolution !
Les groupes d'Etudes sociales et l'Ère nouvelle.
Aux compagnons de Terre et Liberté
Nous vous envoyons d'avance la somme de 7 fr. 50 pour 100 numéros, nous engageons tous les groupes révolutionnaires à en faire autant, afin d'assurer l'existence du journal.
Salut, Anarchie !
Le groupe l'Aiguille.
Le Conseil syndical des menuisiers en bâtiment de la Seine salue le nouvel organe des déshérités Terre et Liberté, et espère qu'il tiendra haut et ferme le drapeau de la Révolution.
Le secrétaire, Gros.
[1] Illisible dans l'original. Note de la Bibliothèque.
[2] Illisible dans l'original. Note de la Bibliothèque.