Je suis la soupe populaire,
Les gros jouisseurs m'ont créée
Pour que le peuple de misère,
Ne puisse pas se révolter.

Mon aînée, La Bouchée de pain,
De son dur croustillon armée,
Fait risette au mourant de faim,
Leur criant : Venez, le manger.

Elle et Moi, rougissons de honte,
De voir ce troupeau d'affamés,
Comme des ânes de remonte,
A nos portes, faire le guet.

Et notre frère, qu'on appelle
Du nom d'Asile de nuit,
Pourrait en dire de cruelles,
Sur le sort de tous ces maudits.

N'avoir ni asile, ni pain,
Que ceux que l'exploiteur donne,
Bien mieux vaudrait mourir de faim,
Que de vivre de leurs aumônes.

Tout ce qu'ils donnent, ils l'ont volé
Aux ouvriers, aux malheureux ;
Et notre pauvre humanité,
En ces voleurs, croient voir des Dieux.

Élisée Albrand