Titre: Dom João Nery et les ouvriers
Auteur·e: Isabel Cerruti
Date: 18 août 1917
Source: extrait le 16 août 2026 du journal A Plebe.
Notes: Cerruti réagit et se moque de Dom João Nery, un évêque ayant fait porter la responsabilité des massacres ouvriers (200 morts) de la grève générale brésilienne de 1917 sur leur 'manque de tempérance' et 'de vertu'.

— Les plébéiens veulent-ils rire ? Car jamais je n'ai autant ri, ni avec autant de plaisir, de toute ma vie. Et je continue de rire, de rire, éperdument. Mais d'où vient tant de rire en ce moment de préoccupations sérieuses ? me demanderez-vous.

— C'est vrai, le moment est aux préoccupations et réclame du sérieux. Mais qui pourrait résister au rire spontané qui nous échappe des lèvres à la lecture des sottises que l'évêque de Campinas a confiées à un journaliste de Rio ?

Les appréciations que Sa Révérence porte sur le monde ouvrier ne provoquent que l'hilarité.

Le mangeur d'hosties, en plus de proférer d'aussi grandes bêtises, a eu tort de s'occuper des ouvriers, pour ne pas se retrouver aujourd'hui sur la sellette, risquant d'être l'une des premières cibles des croisades qui s'organisent pour débarrasser la terre de tout ce qui fait obstacle à l'existence des bonnes œuvres.

Et cela — que Sa Révérence le note bien — ne se produit pas seulement ici, au Brésil, mais dans l'univers entier. Les événements sont là pour en témoigner : guerre, peste et famine. C'est la fin du monde qui est arrivée... « où l'on prêche des absurdités contre l'ordre naturel [des choses]... et contre la richesse sociale, qui est répartie de façon à produire l'inégalité des biens entre les hommes qui courent au travail et ceux qui dépensent... dans les tavernes ».

Les ouvriers en ont assez de savoir qui sont ceux qui dépensent des fleuves d'argent aux dépens des misérables qui, eux, dépensent dans les tavernes, tout comme ceux « qui redoublent d'activité et ceux qui se sont mis à se reposer »... comme le fait Sa Révérence...

Quant au reste de son sermon, Sa Révérence prêche dans le désert ; car les promesses du ciel n'émeuvent plus personne, pas plus que les menaces de l'enfer n'intimident quiconque. Les ouvriers catholiques eux-mêmes en ont fourni la preuve : méprisant les préceptes de la religion, qui impose la souffrance et le jeûne pour atteindre les joies célestes, ils se sont moqués des béatitudes éternelles. Mettant de côté la croyance en Dieu et doutant de son pouvoir, les grévistes se sont réunis, oubliant que Dieu envoya la manne — aux Israélites affamés. — Et pourquoi se sont-ils réunis ? Pour protester contre le mouvement des grévistes, ou pour lui refuser leur solidarité ? Non ; uniquement pour présenter, eux aussi, au gouvernement et à leurs patrons, leur programme de revendications, lesquelles ne visent pas à réconforter l'esprit, mais la matière, qui est la seule chose positive.

Il est donc inutile que Sa Révérence perde son temps et son latin, en faisant appel au patriotisme des journalistes.

Isa Ruti.