Titre: Exhortation aux ouvriers
Auteur·e: Isabel Cerruti
Date: 24 mai 1919
Source: extrait le 16 août 2026 du journal A Plebe.
Notes: Cerruti suggère que la propagande et l'éducation populaire se transmettent parmi les travailleureuses pour permettre de renforcer la possibilité d'une révolution la plus pacifique possible.

Plus les consciences, qui sont la vraie force, apprendront à s’associer sans abdiquer, plus les travailleurs, qui sont le nombre, auront conscience de leur valeur, et plus les révolutions seront faciles et pacifiques

(Élisée Reclus.)

Prêtons bien attention à ces mots et efforçons-nous de faire un peu plus que ce que nous avons fait jusqu'ici, afin que, lorsque sonnera pour nous l'heure de notre affranchissement, nous n'ayons pas à buter sans cesse sur des inconscients — ce qui serait un grand contretemps — parmi ceux qui prendront à leur charge la tâche de remodeler la société.

Il n'est personne qui ne ressente un frisson de joie en entendant parler de la possible égalité sociale.

Il n'est personne qui refuse ses applaudissements et ses louanges à quelque initiative que ce soit, pourvu qu'elle vise ce but.

Mais les applaudissements et les louanges ne coûtent aucun travail et sont d'un résultat nul. Ce qu'il faut pour parvenir à un résultat probant, ce sont des faits ; en un mot, il faut travailler.

Travailler avec acharnement pour parvenir à réduire l'ignorance au sein de la masse ouvrière. Disons la vérité : au Brésil, que ce soit par manque d'organisation ou manque de liberté, ou plutôt par manque de volonté, l'ignorance — ou l'inconscience, comme on voudra l'appeler — est considérable.

Il n'est pourtant pas rare d'entendre des phrases enveloppées de bouffées d'enthousiasme, comme celle-ci, par exemple :

« Le maximalisme avance, pourvu que le feu nous atteigne nous aussi... Je serais le premier à descendre dans la rue ! Vive l'égalité ! Vive la révolution sociale ! À bas la bourgeoisie ! » etc.

Ce ne sont là que des paroles vaines, cependant. Tous ces gens-là font comme le bébé qui bat des mains quand on lui montre un jouet.

Comme si le maximalisme devait arriver en aéroplane ou tomber du ciel...

Ce n'est pas les bras croisés, à attendre pour manger le « gâteau » déjà cuit, que nous le mangerons un jour. Ce serait d'ailleurs une honte ! Nous devons aider à sa confection.

Partout on appelle à l'assaut pour saisir l'occasion propice qui se présente à nous, afin d'abattre la bourgeoisie.

Nous devons également nous préparer à la lutte. Quand sonnera l'heure du rassemblement, il ne suffit pas de se jeter furieusement dans la bataille. Élisée Reclus le dit bien dans son beau livre Évolution et Révolution : « Il est temps de prévoir, de calculer les péripéties de la lutte, de préparer scientifiquement la victoire qui nous donnera la paix sociale. La condition première du triomphe est que nous soyons débarrassés de notre ignorance. »

Nous devons donc travailler dans ce sens. Que chaque ouvrier conscient soit inlassable pour éclairer son compagnon resté dans l'obscurité. Au lieu d'être si assidus dans les cinémas ou les sociétés récréatives, qu'ils se réunissent chez eux et dans leurs syndicats, et étudient la question sociale à travers les livres ou les journaux de propagande. Qu'ils lisent pour ceux qui ne savent pas lire, qu'ils écoutent.

Même si certains se montrent trop sceptiques, peu importe ; leur conscience s'éclairera mieux par un rayon de lumière que par le déroulement des faits. Ce qui importe, c'est de réduire l'Ignorance.

À mesure que l'ignorance décroît, la force de nos adversaires s'affaiblit. Et nous pourrons ainsi, sans trop de sang innocent versé, marcher vers la conquête de notre idéal :

Pour tous, avec équité, les richesses des Sciences et de la Nature !

Isa Ruti.