Titre: La philanthropie de « ces gens-là »
Auteur·e: Isabel Cerruti
Date: 25 août 1917
Source: extrait le 16 août 2026 du journal A Plebe.
Notes: Cerruti critique la culture du mécénat de la bourgeoisie italo-brésilienne, remettant les choses à leur place en rappelant qu'il s'agit des profits de leur exploitation. Un article traitant largement du concept de charité.

De temps en temps, entrent en scène, dans le grand théâtre qu'est le monde, jouant la comédie de la philanthropie, les messieurs du monde de l'argent, revêtus du manteau de l'hypocrisie.

Ils incarnent tous très bien leur rôle, et les gens de leur acabit ne leur ménagent pas les applaudissements.

Il y a quelques jours à peine, l'un des rois du métal a été applaudi avec délire pour avoir, « par amour des pauvres », fait don à l'Hôpital Umberto Ier d'un pavillon estimé à la belle somme d'environ six cents contos de réis.

— Sublime sacrifice en faveur de la pauvreté ! s'exclamèrent les uns. Bel exemple de charité ! s'exclamèrent les autres. Et les éloges ne manquaient pas au cœur magnanime d'un si bienveillant et philanthropique monsieur qui, dans un détachement rare chez les gens de sa classe, avait déboursé une somme aussi considérable au profit des malheureux...

Et toi, ô misérable plébéien, que dis-tu de tout cela ? Toi aussi, applaudis-tu ?

Oh non ! Je sais bien que tu discernes très clairement l'hypocrisie et l'impudence qu'il y a dans tous leurs gestes.

L'argent qu'ils emploient en ta faveur, c'est le pain retiré de ta propre bouche. Mais l'audace de tes maîtres est si grande qu'ils te font encore payer et repayer cette somme, sûrs de ton humble consentement.

Il te coûtera bien cher, le majestueux édifice appelé « Casa di salute Francesco Matarazzo », à l'entrée duquel on a placé une plaque — qui atteste bien la vanité bourgeoise — avec l'effigie du donateur et une dédicace suggestive concernant les pauvres, quand bien même, pour être admis dans ce luxueux pavillon, il faille être un « pauvre » capable de payer un tarif journalier de vingt à cinquante mille réis !

Mais — disent-ils — le produit de ces contributions sert à subvenir aux besoins... de leur propre bourse, pardon, à subvenir aux besoins des pauvres indigents, qui seront installés dans l'ancien pavillon. Or, pour des indigents, c'est déjà beaucoup !...

Cela ne serait pourtant pas si mal si, en vérité, le produit des contributions des pensionnaires servait à secourir les malades indigents et à les entourer de tout le confort humanitaire.

Mais que non !... Ne te fais pas d'illusions, ô plébéien ! Toi qui as produit les immenses richesses qui t'entourent, lorsque, devenu invalide pour le travail et malade, tu implores un lit dans un hôpital, tu seras traité pire qu'un chien. Pour les chiens, il existe encore la « Société protectrice des animaux », mais pour toi, qu'existe-t-il ? La misère, la moquerie, le mépris, l'insulte de l'aumône que te jette cette société que toi, ô le plus fort des forts, tu soutiens par un lamentable et triste égoïsme...

Pour attester toutes ces vérités, qu'on se rapporte à la publication que fit le docteur Arnaldo Vieira de Carvalho, il y a bien peu de temps, dans les colonnes de l'organe O Estado de S. Paulo, rédigée à peu près en ces termes : « En raison de la surcharge des hôpitaux de la Misericordia, de Guapira et du Lazareto, on ne reçoit plus de malades indigents dans ces établissements. La présente publication a pour but d'éviter la venue de malades de l'intérieur qui, arrivant ici, se retrouveraient sans secours ». (sic !)

Et cela, cher plébéien, après que le puissant banquier Briccola eut légué par testament à l'hôpital de la Santa Casa, « par amour des plus pauvres d'entre les pauvres », au roulement des tambours et au son des trompettes, la somme de six mille contos de réis !

La société que tu soutiens applaudit les actes philanthropiques des riches financiers, mais ne demande jamais de comptes sur la manière dont sont administrés les dons destinés à leurs victimes. Cela signifie : ça sort d'une poche pour entrer dans une autre, ou dans d'autres, peu importe lesquelles. Ce qui importe, c'est de tromper ceux qui se laissent encore abuser par cette détestable organisation sociale.

Iza Ruti.