Isabel Cerruti
Revue d'une ouvrière
La logique bourgeoise — Les tourments du paria malchanceux
Si le paria cherche du travail, on ne tolère même pas sa présence ; dès la porte, il trouve déjà l'écriteau avec ces mots arrogants : « On ne cherche pas d'ouvriers ».
S'il est résigné et ne possède pas la vertu que tous les hommes devraient posséder — l'amour-propre —, il tend la main vers la charité. Mais les cœurs philanthropiques sont rares ; et la civilisation ne tolère pas le triste spectacle qu'offre la mendicité.
S'engager sur le chemin des aventures nocturnes... répugne à la conscience de l'homme honnête et travailleur. Et de surcroît, la loi, dans ce cas, est inexorable...
Alors, le seul recours pour l'homme sans travail, son crédit épuisé et menacé d'expulsion ou de saisie par le propriétaire de la maison, c'est... de se suicider !
Et ceux qui ont trop d'instinct de conservation pour s'ôter la vie de façon brutale n'ont qu'à se tapir dans un coin : la faim se chargera de la tâche... et ensuite, il aura au ciel la jouissance éternelle !
Il y a quelques jours à peine, la chronique des journaux rapportait le fait d'un désespéré ayant tué sa femme et ses quatre enfants, avant de se suicider à son tour. C'est ainsi qu'il résolut sa situation de chômeur sans crédit, menacé d'expulsion par le propriétaire dont le logement lui était pourtant indispensable pour s'abriter...
Des faits de cette nature se produisent fréquemment. Et ainsi, on voit des vieillards et des jeunes gens se suicider faute de trouver du travail !
Oh !... Jusqu'à quand notre égoïsme nous poussera-t-il à soutenir cette société ? !
Isa Rutti.