Si l'anarchisme dans sa conception politique moderne apparaît lié à la révolution industrielle qui se fait jour en Europe à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles, il se veut d'abord une révolte morale contre les injustices sociales et sur cette base on peut en remonter le fil beaucoup plus avant dans l'histoire.

L'héritage taoïste

C'est ainsi qu'en Chine une filiation peut être établie avec le taoïsme dont le représentant le plus éminent, Lao-Tseu, a vécu au VIe siècle avant J.-C. Contemporain d'ailleurs de Confucius, il était archiviste à la cour impériale du royaume de Tchou et, dégoûté, la quitta pour aller méditer dans les montagnes sur les méfaits de la civilisation de son temps, laissant à la postérité un seul et unique ouvrage, le Tao-Teking.

« Lao-Tseu s'y avère non seulement pacifiste mais en outre il ne croit pas à la nécessité ni à l'utilité du gouvernement et des lois : « Dans un empire, plus il y a de règlements à respecter et de lois prohibitives, plus le peuple est misérable. Plus il y a d'armées, plus le peuple est en danger. Plus il y a de codes, plus il y a de « voleurs. » (chap. 57) « Si le peuple a faim, c'est parce que les princes dévorent des sommes excessives qu'ils lui extorquent. » (chap. 75) « Il proclame comme condition nécessaire pour la réalisation du bonheur sur la terre le principe de « non-agir » (wei) qui n'est pas l'apathie absolue mais plutôt l'absence de toute agitation et de tout acte ayant un but personnel et intéressé. Lorsque l'état du non-agir est atteint, la société idéale peut être établie[1]. »

Cette filiation sera confirmée par le Premier Secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC), Chen Duxiu, qui écrira en 1921 : « L'anarchisme qui prédomine actuellement dans notre jeunesse n'est pas complètement un produit de l'Occident. En dernière analyse il n'est rien d'autre qu'une reviviscence du vieux taoïsme, une variété chinoise de l'anarchisme. »

La contestation sociale au XIXe siècle

Dans la même veine, il est intéressant de signaler l'exemple de contre-société qu'a constitué la République de Jeltuga en Mandchourie. Fondée en 1865 par des mineurs, chercheurs d'or et trappeurs, elle rassembla jusqu'à 20 000 personnes en 1880 avant d'être écrasée quelques années plus tard par l'étau conjugué des États russe et chinois. Elle prônait l'égalité économique, l'égalité entre les hommes et les femmes et la propriété commune.

« Les mineurs d'or de la République de Jeltuga étaient des dissidents, des hors-la-loi, des parias, parce que leur existence à elle seule était la négation des prétentions de l'État à la propriété du sous-sol aurifère et parce qu'ils niaient, plutôt qu'ils ne défiaient, la présomption de légitimité de l'État[2]. »

C'est sur ce terreau que vont apparaître les premiers groupes anarchistes qui, paradoxalement, seront le fait d'étudiants séjournant à l'étranger, désireux de se frotter à la modernité et férus de ces connaissances scientifiques et techniques qui manquaient cruellement dans leur pays, cet « Empire du Milieu » finissant.

1906-1907, les fondateurs : les groupes de Paris et de Tokio

Le Groupe de Paris est le plus connu. Formé en 1906 autour de Li Shizeng, alias Li Yuying, Wu Zihui et Zhang Jingjiang, il se dote l'année suivante d'un journal, Le Nouveau Siècle, sous-titré La Tempoj Novaj[3], axé autour de traductions des écrits des trois grandes figures de l'anarchisme du moment : Pierre Kropotkine, Errico Malatesta et Elisée Reclus. Rejetant l'État et l'idée de compétition, les membres du groupe insistent sur l'entraide comme facteur d'évolution de l'humanité et prônent la révolution sociale, laquelle ne sera possible que grâce à l'éducation. Pour eux l'éducation est fondamentale car si les masses peuvent ainsi être gagnées à la cause révolutionnaire, alors la révolution sociale se fera de façon pacifique, et les buts anarchistes seront atteints progressivement. C'est pourquoi ils concentrent leurs attaques sur le confucianisme et la famille, piliers jumeaux de l'autorité dans la société chinoise :

« La société d'aujourd'hui est une société de classe. Elle est comme une haute tour en apparence. Elle a le mariage pour fondation, la propriété, la famille, les frontières nationale et raciale pour étages, et le gouvernement au sommet[4]. »

Le sens moral du peuple étant proportionnel à son instruction, il y a une relation dialectique entre éducation et révolution, et donc pas de distinction entre le processus et les buts de la révolution, entre les moyens et la fin. En définitive, la révolution apparaît comme un processus continu, gage de sa non-récupération.

C'est au même moment que se crée au Japon le Groupe de Tokyo, animé principalement par Liu Shipei et sa femme, He Zhen, avec pour journal Les Principes naturels. Or si les articles parus dans ce dernier comme dans Le Nouveau Siècle reflètent les liens étroits existant entre les deux groupes, leur approche idéologique diffère. Marqué par son passé d'érudit traditionnel et avant de devenir anarchiste sous l'influence de sa femme, Liu voit dans Lao-Tseu le père de l'anarchisme en Chine, et parmi les anarchistes occidentaux se sent surtout proche de Tolstoï, idéalisant comme lui la vie rurale et le travail manuel. Un des articles les plus intéressants parus dans Les Principes naturels, inspiré par Kropotkine, prône la combinaison de l'agriculture et de l'industrie dans le cadre d'une économie rurale, idée qui sera reprise plus tard par Mao Zedong. Liu est également partisan d'une combinaison du travail manuel et du travail intellectuel, facteur d'élimination de l'inégalité sociale et de création d'une personnalité anarchiste idéale.

À la différence du Nouveau Siècle, dont les articles sont plutôt intellectuels, tournés vers l'internationalisme et propageant la science comme nouvelle panacée, Les Principes Naturels s'intéressent plus concrètement à la condition de la femme et de la paysannerie chinoises. Mais les deux en quelque sorte se complètent, et leur idée-force, qui est de penser la révolution sociale comme une révolution d'abord culturelle, en mettant l'accent sur la transformation de l'individu, va assurer l'essor de la pensée anarchiste, la maintenant sur le devant de la scène chinoise pour les quinze années à venir.

Les années dix : prééminence de l'anarchisme

En Chine même, c'est Canton qui apparaît comme la place forte de l'anarchisme sous l'impulsion de l'infatigable Shi Fu. Celui-ci crée d'abord en 1912 La Société de la Conscience, d'essence plus éthique que liée à l'action sociale et basée sur douze commandements, parfait contre-pied des mœurs sociales alors dominantes : 1. Être végétarien. 2. Ne pas consommer de boissons alcooliques. 3. Ne pas fumer. 4. Ne pas employer de domestiques. 5. Ne pas utiliser de pousse-pousse ou de chaise à porteur. 6. Demeurer célibataire. 7. Renoncer à son nom de famille. 8. Refuser tous postes officiels 9. Ne pas devenir député. 10. Ne pas adhérer à un parti politique. 11. Ne pas servir dans l'armée ou la marine. 12. Faire profession d'athéisme.

L'année suivante, il fonde avec ses compagnons La Société du Coq qui chante dans la Nuit[5] destinée à propager l'anarchisme à un niveau de masse, couplé avec un journal, La Voix du Peuple, sous-titrée La Voco del Popolo en espéranto, et une maison d'édition publiant les grands classiques de l'anarchisme et des compilations d'articles du Nouveau Siècle et des Principes naturels diffusés à plusieurs milliers d'exemplaires. C'est toujours à Canton que les anarchistes mettent sur pied les premiers syndicats ouvriers modernes à voir le jour en Chine : une quarantaine, principalement dans les secteurs de l'artisanat et des services. Mais à cause de la répression politique, le groupe de Shi Fu quitte Canton pour Shanghai en 1914 et y fonde La Société des Camarades anarcho-communistes qui va servir de modèle aux autres sociétés de même type qui vont apparaître dans les années à venir.

Véritable internationaliste, Shi Fu est en relation avec des dizaines d'organisations anarchistes à travers le monde ainsi qu'avec L'Association internationale espérantiste. Épuisé, il meurt des suites de la tuberculose en mars 1915, mais le relais est assuré. C'est à Shanghai qu'est publié en 1918 le premier journal entièrement consacré aux problèmes du travail, La Revue du Travail, dont le directeur de publication est Liang Bingxian, un des premiers compagnons de Shi Fu. Et ce sont les anarchistes qui vont organiser cette même année 1918 la première célébration du 1er mai.

De son côté, le Groupe de Paris, rentré en Chine à la suite de la Révolution de 1911 qui voit le renversement de la dynastie mandchoue par les nationalistes républicains du Guomindang[6], ne reste pas inactif. Dès janvier 1912, il fonde à Pékin la société Pour l'avancement de la Morale car seule une nouvelle moralité permettra l'avènement d'une nouvelle société, tout changement politique passant par ailleurs par une réforme sociale radicale. Soucieux également de conserver le contact avec l'Europe, creuset du mouvement révolutionnaire, et plus particulièrement avec la France, le Groupe met sur pied la même année la société Pour la promotion d'études économiques, avec pour but d'inciter les étudiants et les étudiantes[7] à avoir un mode de vie frugal leur permettant ainsi de trouver les moyens d'aller en France et d'y rester le temps nécessaire pour achever leurs études, l'accent étant mis sur les disciplines scientifiques et techniques. Cette initiative est encouragée par Cai Yuanpei, membre à la fois de la société Pour l'avancement de la Morale et du Guomindang, devenu entretemps ministre de l'Éducation du gouvernement nationaliste.

Mais l'échec rapide de la révolution nationaliste va mettre un frein aux activités de la société qui va faire place, en 1914-1915, à la Nouvelle Société pour la promotion du travail diligent et des études économiques, œuvrant en direction des 140 000 travailleurs chinois importés en France pendant la Première Guerre Mondiale pour pallier à la pénurie de main-d'œuvre due à l'effort de guerre, et considérés comme le noyau d'un prolétariat apte à animer les luttes sociales une fois de retour en Chine. Dans les écoles préparatoires, les conférenciers anarchistes leur dispensent une éducation élémentaire et des bases d'organisation syndicale, tout en mettant l'accent sur les principes moraux anarchistes.

Avec la fin de la guerre, la société va se retourner vers les étudiants qui se verront proposer deux années d'étude pour chaque année de travail en France. Plus connue sous le nom de Mouvement travail-étude, elle va connaître un rapide essor et un franc succès. Environ 1 600 étudiants vont bénéficier de cette filière, et plus nombreux seront encore ceux qui ne pourront partir tout en ayant assisté aux cours, dont un certain Mao Zedong qui ne s'embarqua pas au dernier moment parce que « sa mère étant tombée malade lui demanda de rester à la maison[8] ».

Le concept « travail-étude » et l'ouverture vers la modernité en allant étudier en Europe les matières scientifiques sont à mettre en parallèle avec le mouvement Pour une nouvelle Culture, initié par Chen Duxiu alors professeur à l'université de Pékin et rédacteur en chef du magazine Nouvelle Jeunesse, qui se fait jour au même moment. En réponse à la faillite des institutions politiques mises en place par la révolution républicaine de 1911, les intellectuels cherchent en effet des solutions au niveau plus fondamental de la culture et de la pensée communes qu'il convient de se réapproprier en s'attaquant frontalement à la tradition hégémonique du confucianisme. Usage dans l'écriture de la langue parlée, renversement de la famille patriarcale, appel en faveur de la « science » et de la « démocratie », tels sont les nouveaux mots d'ordre qui avaient déjà été anticipés par les anarchistes quelque huit-dix ans auparavant. Ce qui explique la propagation de leurs idées au fur et à mesure que le mouvement va gagner en intensité.

Le mouvement du 4 mai 1919

L'étincelle qui va mettre le feu à la plaine, c'est, le 4 mai 1919, la manifestation de 3 000 étudiants pékinois contre la décision prise en faveur du Japon par le Traité de Versailles à propos de la question du Shandong[9]. Arrivés devant la maison de Cao Rulin, diplomate de haut rang connu pour ses sentiments pro-japonais, ils scandent d'abord des slogans hostiles, puis, sous l'impulsion de l'anarchiste Kuang Husheng, pénètrent à l'intérieur et y mettent le feu. Cet acte de défi envers le pouvoir va s'accompagner d'une série de grèves et de boycotts antijaponais à travers tout le pays qui vont durer plusieurs semaines et ouvrir la voie à une période d'agitation révolutionnaire qui va culminer en 1927. Des centaines de publications vont fleurir et, si le changement social en est le thème central, c'est en termes anarchistes qu'il s'exprimera la plupart du temps. Les œuvres de Bakounine, Emma Goldman, Tolstoï, Elisée Reclus, Malatesta sont traduites et publiées à des milliers d'exemplaires, et commentées également dans les journaux à grand tirage. La figure dominante est celle de Kropotkine dont La Conquête du Pain, Les Paroles d'un Révolté et surtout L'Appel à la Jeunesse connaissent un engouement extraordinaire. L'anarchisme est également véhiculé par le théâtre, au Sichuan notamment où l'un de ses plus fervents adeptes sera le jeune Pa Kin. Arif Dirlik[10] dénombre 92 groupes anarchistes créés entre 1919 et 1928 à travers le pays, la plupart publiant leur propre revue. Pour lui, il y a « une conjonction entre la logique sociale de l'idée de révolution culturelle et la logique culturelle de l'idée anarchiste de révolution sociale » qui va placer l'anarchisme au point nodal de la pensée révolutionnaire et le transformer en un phénomène national, présent à la fois dans les villes et les campagnes.

En milieu urbain, des Groupes d'entraide étudiants travailleurs voient le jour dans la lignée du Mouvement travail-étude. Il s'agit de casser la tradition confucéenne qui, en établissant depuis 2 000 ans la distinction entre travail manuel et travail intellectuel, a permis à la fois l'exploitation économique des travailleurs par une classe parasitaire et la séparation gouvernants/gouvernés. En milieu rural, le mouvement des Nouveaux Villages, impulsé par Zhou Zuoren, le frère de Lu Xun, et encouragé par ce dernier, connaît un vif succès. Inspiré du mouvement japonais du même nom et des thèses de Tolstoï et de Kropotkine, il prône la multiplication de communes rurales, au sein desquelles la suppression de la propriété privée permettra l'application du principe « de chacun selon son travail à chacun selon ses besoins ». Il faut également signaler l'expérimentation sociétale engagée dans la province côtière du Fujian, où les idées anarchistes pouvaient circuler librement alors qu'elles étaient souvent durement réprimées ailleurs, grâce à la protection — ironie de l'histoire ! — du seigneur de la guerre Chen Jiongming[11]. Elle y gagna le surnom de « Russie soviétique du sud du Fujian », exemple typique du confusionnisme idéologique né de la révolution russe.

Pour l'heure, seul compte l'idéal révolutionnaire, ce qui explique que les anarchistes figurent parmi les premiers contacts de l'agent du Comintern, Gregor Voitinsky, chargé d'organiser un parti communiste de type bolchevique. Et ils vont participer aux groupes marxistes qui se mettent en place sous son impulsion, allant même jusqu'à être majoritaires dans celui de Canton lors de sa création. Au cours de l'été 1919, Huang Ling-shuang, à l'activité inlassable sur le modèle de Shi Fu, fonde l'Alliance socialiste avec Chen Duxiu, futur Premier Secrétaire général du parti communiste, et Li Dazhao surnommé « le premier marxiste chinois ». Cette collaboration va se poursuivre jusqu'en novembre 1920, date à laquelle intervient la restructuration des groupes marxistes locaux au sein d'une organisation communiste nationale embryonnaire qui se dote d'un journal spécifiquement bolchevique, Le Communiste.

1920-1922 : la confrontation anarchistes/marxistes

Dès son premier numéro, un appel presque comminatoire est lancé aux anarchistes pour qu'ils rejoignent le parti communiste en devenir, lequel a pour mission la conquête du pouvoir au profit de la classe ouvrière. Ils se doivent d'y participer car agir autrement aboutirait à faire le jeu des capitalistes. La thèse de l'anarchisme, « allié objectif du capitalisme » par refus de rejoindre le parti de la classe ouvrière est déjà en filigrane… En outre, l'organisation communiste axe sa plate-forme autour du thème central de l'établissement de la « dictature du prolétariat » et de règles de fonctionnement destinées à imposer nationalement une discipline uniforme. Devant un tel diktat, les anarchistes se retirent et la polémique va s'intensifier jusqu'à se cristalliser lors du fameux débat qui, en mars 1921, va opposer Chen Duxiu à Ou Shengbai, le porte-parole des anarchistes cantonais.

Pour Chen, l'anarchisme est inapplicable parce que son plaidoyer en faveur d'une « liberté absolue » est incompatible avec l'existence de groupes sociaux organisés. En outre, si le but à atteindre est le même, à savoir une société sans État et l'abolition de la classe capitaliste, il faut pour y aboutir se doter des moyens nécessaires, c'est-à-dire une organisation centralisée permettant la prise du pouvoir politique. Pour cela, il ne faut pas hésiter à sacrifier les droits individuels aux intérêts du groupe, rendant inévitable — et en fait fonctionnel — l'usage de la coercition pour atteindre la fin promise, tout en assurant ainsi le développement économique et évitant le chaos… qui ne manquerait pas de se produire si les thèses anarchistes l'emportaient. Ou Shengbai lui répliquera que les anarchistes ne rejettent pas la vie en groupe mais le despotisme du groupe sur l'individu. Il estime que l'éducation permettra progressivement de corriger les comportements antisociaux. En outre, le but de la révolution n'est pas de créer une nouvelle classe mais de les abolir toutes, alors que la « dictature du prolétariat » ne fera que reproduire purement et simplement les maux de l'ancienne société. Une véritable révolution sociale ne pourra s'accomplir que dans le cadre d'une association volontaire des individus concernés, gage de l'avènement d'une société à la fois libre et communiste.

La partie est loin d'être gagnée pour les bolcheviques, d'autant que le parti communiste n'est qu'un groupuscule lors de sa fondation en juillet 1921, alors que le mouvement anarchiste, à son apogée, compte plusieurs milliers de membres, soit un rapport de dix contre un. C'est ainsi que dans son propre fief du Hunan, Mao Zedong ne peut que constater l'influence anarcho-syndicaliste de l'Association des travailleurs du Hunan fondée par Huang Ai et Pang Renquan, et regroupant plusieurs milliers d'adhérents. Très implantée dans les cotonnières, l'Association lance un mouvement de grève à la cotonnière n° 1 de Changsha le 31 décembre 1921 pour non-paiement des primes traditionnelles pour le nouvel an lunaire et augmentation des salaires. Le 17 janvier 1922 le seigneur de la guerre local, Zhao Hengti, « reçoit une délégation de grévistes et accepte la plupart de leurs revendications, mais fera exécuter (après les avoir fait tomber dans un piège) Huang et Pang. Le Secrétariat du Travail appellera le premier Congrès du Travail, qui se réunit à Canton en 1922, à honorer la mémoire des martyrs du Hunan[12] ».

La querelle entre anarchistes et communistes va également diviser la communauté chinoise venue en France dans le cadre du Mouvement travail-étude. Il convient en effet de rappeler que « jusqu'en 1921, soit quatre ans après la révolution russe, le gros des jeunes révolutionnaires chinois (dont Zhou Enlaï et Deng Xiaoping) qui allaient à l'étranger pour s'initier au monde moderne, se rendaient non pas en Russie, la patrie socialiste, mais en France la patrie des révolutions[13] ». Mais la crise économique et le chômage sévissent dans la France de l'après-guerre. La majorité des étudiants-travailleurs présents sont pratiquement sans ressources. Ils reprennent toutefois espoir avec la création de l'Institut franco-chinois de Lyon, financé en partie par l'indemnité de guerre imposée à la Chine à la suite de l'insurrection des Boxers contre les légations étrangères à Pékin en 1900. 150 d'entre eux décident de s'y rendre en septembre 1921, estimant que l'Institut leur revient de droit. Mais de son côté Wu Zihui, qui en est le directeur, avait recruté en Chine même 120 étudiants auxquels il réservait ce programme, et arrive avec eux à Lyon au même moment. Les « sans ressources » décident alors d'occuper pacifiquement l'Institut et Wu ne trouve rien de mieux que de faire appel à la police pour les déloger ! Il reçoit toutefois une délégation le 27 septembre et s'engage à satisfaire leurs revendications… plus tard par manque de place et d'argent. Sur les 150, 104 seront finalement rapatriés de force et s'embarqueront le 13 octobre à Marseille avec parmi eux quelques-uns des futurs dirigeants du parti communiste comme Cai Hesen, Li Lisan et Chen Yi.

Même si nombre de communistes[14] continuent à penser que l'anarchisme est le stade ultime du communisme en acte, la rupture est désormais consommée en cette fin d'année 1922. Plus initiateurs qu'organisateurs, les anarchistes vont pâtir du succès désormais grandissant du parti communiste auréolé de la « légitimité bolchevique[15], et peu à peu se marginaliser d'autant qu'ils feignent d'ignorer la question nationale qui occupera le devant de la scène du quart de siècle à venir.

1923-1927 : le jeu à 3, anarchistes/communistes/nationalistes

À la suite de l'accord Comintern/Guomindang en 1923, les communistes se rapprochent des nationalistes et, en janvier 1924, Li Dazhao et Zhou Enlaï siègent au comité central du Guomindang. Cette alliance va permettre au PCC de « décoller » puisque, après l'Incident du 30 mai 1925[16] à Shanghai, qui déclenche la proclamation de la grève générale, le boycott des produits étrangers et des manifestations anti-impérialistes, il passe de 1 000 à 50 000 membres, et d'assurer sa suprématie dans le monde du travail, consacrée lors du Deuxième Congrès national du travail qui se tient à Shanghai cette même année 1925.

Cette seconde vague révolutionnaire divise le mouvement anarchiste. Les puristes vont tenir à l'écart, estimant que l'alliance PCC/GMD dirigée contre le capital étranger ne remet pas en cause l'essence du système, bien au contraire, le GMD étant soutenu par la bourgeoisie nationale et le PCC partisan du capitalisme d'État. Les pragmatiques, eux, s'en tiennent à la révolution populaire qui se fait jour et à laquelle il faut participer et influer ainsi, si possible, sur son orientation. Comme le fait remarquer Pa Kin,

« la Chine est déjà entrée dans une période révolutionnaire… des dizaines de milliers de travailleurs sont en grève, d'innombrables jeunes sont sur le champ de bataille prêts à risquer leur vie… Le combat pour la libération d'une nation semi-coloniale n'est pas le but de l'anarchisme, mais les anarchistes ne peuvent s'y opposer ; ils peuvent seulement lutter pour le faire aller plus loin… Je hais l'Union soviétique mais je hais encore plus les puissances impérialistes ; je hais le GMD mais je hais les seigneurs de la guerre du Nord encore plus. Si nous pouvons apporter aux masses quelque chose de mieux…[17] ».

Et cette lucidité l'amène à conclure que « si nous n'avons pas beaucoup d'influence sur le mouvement actuel, c'est de notre faute[18] ». Effectivement, cette influence va en diminuant, proportionnellement à la montée en puissance du PCC qui, croyant son heure arrivée, lance en avril 1927, à l'instar de Staline[19], une grève générale à Shanghai, bientôt noyée dans le sang par suite d'un retournement d'alliance de Chiang Kaishek, commandant en chef de l'armée nationaliste, avec la toute-puissante famille des banquiers Sung[20].

C'est alors que, pensant ainsi regagner son influence au sein du mouvement ouvrier, une partie des anarchistes, emmenée par Li Shizeng et Wu Zihui, décide de collaborer avec le GMD, créant ainsi une fracture irréversible au sein du mouvement, Ou Shengbai et les anarchistes sichuanais notamment, dont Pa Kin, considérant cette collaboration comme une trahison.

Pour Li et Wu, membres à titre individuel du GMD depuis 1907, et élus en 1924 à sa commission centrale de contrôle, soutenir la campagne révolutionnaire engagée par le GMD contre les seigneurs de la guerre du Nord — la Beifa — à partir de 1926, est un pas en avant dans la marche de la révolution qui amènera les anarchistes un pas plus près de sa réalisation. Il est tactiquement possible pour eux de considérer les « Trois principes du peuple » comme un moyen de parvenir à l'anarchisme.

L'Université nationale du travail

Dans le droit fil du programme « travail-étude » est alors créée à Shanghai, à la fin de l'année 1927, l'Université nationale du travail[21]. Conformément à l'enseignement de Kropotkine, il s'agit de « transformer les écoles en champs et en usines, et les usines et les champs en écoles ». La combinaison travail/étude va créer un nouveau type d'individu, soit indifféremment un travailleur-intellectuel ou un intellectuel-travailleur, chaque niveau d'étude comportant 40 % de travail manuel, soit en moyenne trois heures par jour. Ainsi sera abolie la distinction fondamentale existant entre les classes sociales, permettant d'accomplir une révolution sociale pacifique et préparer l'avènement futur de l'anarchisme en Chine.

Élément essentiel de ce mode de fonctionnement universitaire : le recrutement d'étudiants d'origine paysanne et ouvrière n'ayant pas les moyens de poursuivre un tel cursus et bénéficiaires ainsi de bourses gouvernementales, afin de mettre un terme au monopole de l'instruction au profit des classes aisées.

Parmi les professeurs de renom recrutés figurent Lu Xun, doyen du département de « littérature chinoise » et Jacques Reclus[22], petit-neveu d'Elisée, le français étant d'ailleurs la première langue étrangère enseignée. À son rythme de croisière au milieu de l'année 1928, l'université qui a une capacité de 600 places accueille 289 étudiants.

C'est au même moment que commence la reprise en main politique et idéologique par le GMD. En effet, alors que le but poursuivi initialement est de former des militants aptes à promouvoir un mouvement syndical indépendant, le parti nationaliste recherche, lui, des cadres-maison pour chapeauter un mouvement syndical, simple courroie de transmission du pouvoir politique en place. Pour ce faire, il va prendre totalement le contrôle de la Fédération des syndicats de Shanghaï — regroupant environ 50 000 travailleurs au sein d'une cinquantaine de syndicats et associations ouvriers — dont il partageait jusqu'alors la direction avec les anarchistes, et qui est en concurrence avec le puissant Syndicat général du travail, d'obédience communiste. Les « mouvements de masse » ne sont en effet plus nécessaires à un parti « révolutionnaire » disposant désormais du pouvoir étatique et, avec le ralliement des seigneurs de la guerre, massacrant les révolutionnaires rebaptisés désormais « contre-révolutionnaires », la révolution sociale prônée par les anarchistes lui devient intolérable. Les militants anarchistes, qualifiés de « communistes », sont proscrits sans que Li et Wu ne disent mot, donnant leur préférence aux liens tissés avec les instances supérieures du GMD. L'Université du travail continuera malgré tout à fonctionner jusqu'en 1932, mais, au bout d'un an seulement, l'idéal anarchiste d'origine aura en grande partie été vidé de son contenu, et dès 1930 les crédits de fonctionnement subiront une coupe sombre. Le rêve anarchiste a vécu et, désormais, deux seules forces occupent le terrain pour les vingt ans à venir : les nationalistes et les communistes.

Les années trente et quarante : lutte pour le pouvoir entre le PCC et le GMD

La révolution sociale fait désormais place à la bataille pour le pouvoir, les communistes abandonnant bientôt les villes pour les campagnes, mais avec pour priorité de faire preuve d'une capacité organisationnelle suffisante pour créer leur propre gouvernement avant de l'imposer sur l'ensemble du territoire, selon la stratégie nouvelle de « l'encerclement des villes par les campagnes » qui va consacrer la suprématie de Mao Zedong au sein du PCC.

Parmi les anarchistes, certains rejoignent les rangs du PCC ou vont s'installer dans les « zones rouges » tenues par ce dernier, d'autres abandonnent toute activité militante, mais la plupart continuent d'agir de façon clandestine dans les régions gouvernées par le GMD. Seul un petit noyau, autour de Li Shizeng et Wu Zihui, rejoint les nationalistes. À l'instar de Pa Kin, ceux qui sont restés fidèles à leurs convictions vont essentiellement se cantonner à des activités d'édition et de diffusion, notamment sous le couvert de l'espéranto. L'espoir renaît lorsque les anarchistes espagnols occupent le devant de la scène internationale en 1936-1937. Des manifestations sont organisées en leur faveur et 25 militants vont même appareiller de Hong-kong pour participer à l'exaltant processus révolutionnaire en cours. Mais ils seront refusés d'entrée à Marseille et aussitôt refoulés sur un navire en partance pour l'Indochine.

Cette même année 1937, lorsque le Japon entre officiellement en guerre avec la Chine au mois de juillet, suite à l'« Incident du Pont Marco Polo », nombre d'anarchistes chinois, avec à nouveau Pa Kin en première ligne, vont aller à l'encontre de leur credo antiguerre[23] et soutenir la guerre contre le Japon en tant que « guerre contre l'oppression », encourageant la mobilisation populaire sur ce thème.

1945 : la fin de la Seconde guerre mondiale va rapidement déboucher sur la guerre civile entre un PCC affermi et un GMD déclinant. Le mouvement anarchiste tente alors de se réorganiser et reprend au grand jour ses activités de presse et d'édition. Fort à nouveau de quelques milliers d'individus, il est surtout présent au Sichuan et au Fujian, et renoue des liens avec le mouvement international[24].

Depuis 1949 : « Vit, meurt et ressuscite ? »

Mais la victoire du PCC en 1949 va sonner le glas des activités anarchistes. Un certain nombre préférera partir vers Hong-kong, Taïwan, Paris ou les États-Unis, et ceux qui restent se fondent dans le paysage. Quelques-uns font même acte d'allégeance au nouveau régime, comme Pa Kin « élu » député et membre de la direction nationale de l'« Association des écrivains chinois ». Mais son franc-parler lui vaut toutefois d'être vivement critiqué lors de la Campagne antidroitiers de 1957 et publiquement humilié pendant la Révolution culturelle où il sera traité d'« herbe vénéneuse de l'anarchisme[25] ».

Le « fonds » anarchiste resurgit toutefois périodiquement. Fin 1967, apparaît sur le devant de la scène de la Révolution culturelle le groupe hunanais « Shengwulian » dont les modèles sont la Commune de Paris et le soviet de Petrograd de 1917. Dans son manifeste « Où va la Chine ?[26] », tout en indiquant que d'autres groupes semblables se sont constitués ailleurs dans le pays, il incite « les masses à se soulever pour prendre en main le destin de leur patrie socialiste et gérer directement les villes, l'industrie, les communications et l'économie ». À la même époque, Guy Malouvier, secrétaire de la CRIFA[27], évoque, dans son « rapport sur le mouvement anarchiste en Chine[28] », l'existence d'un mouvement illégal, Le Drapeau noir des anarchistes, qui publie tracts et brochures, ainsi que d'un mouvement anarcho-syndicaliste dénommé Vers les Communes libres ; « recrutant parmi les travailleurs des manufactures et des fabriques de textiles ; mais plutôt qu'un mouvement il faudrait parler de quelques groupes isolés ».

À Hong-kong aussi se constitue au début des années soixante-dix un groupe d'une vingtaine de personnes, étudiants et employés, qui va publier un journal en chinois intitulé The 70 et engager des contacts avec les ex-gardes rouges fuyant la répression de la Révolution culturelle, découvrant réciproquement qu'ils ont des analyses convergentes sur l'évolution du régime communiste. En 1976, s'y adjoint un mensuel en anglais Minus 8, qui deviendra Minus 7 en 1977, et ainsi de suite. « Minus » signifie « Moins », et le numéro qui suit indique le nombre d'années précédant le fatidique « 1984 » de George Orwell considéré comme l'année du triomphe définitif de l'État totalitaire. Le groupe publie également des documents sur l'opposition révolutionnaire clandestine, met en place des relais pour les fugitifs et lance des campagnes de solidarité avec « la gauche révolutionnaire et antimaoïste chinoise[29] ».

Avec le retour au pouvoir de Deng Xiaoping en 1977-1978, l'étau idéologique se desserre quelque peu, et c'est la floraison du Premier « Printemps de Pékin ». Wei Jingsheng, ex-garde rouge et rédacteur de la revue Exploration ose évoquer « la cinquième modernisation de la démocratie » :

« Qu'est-ce que la démocratie ? La véritable démocratie, c'est la remise de tous les pouvoirs à la collectivité des travailleurs… Nous n'avons pas besoin de dieux ni d'empereurs, nous n'avons foi en nul sauveur, nous voulons avoir barre sur notre propre destinée[30]. »

Pour ces propos jugés iconoclastes, il sera arrêté en mars 1979 et condamné en octobre de la même année à quinze ans de prison[31]. Lors du Deuxième « Printemps de Pékin », en mai-juin 1989, qui verra vaciller le régime devant la mobilisation populaire avant qu'il ne se livre à un bain de sang avec la bénédiction du même Deng Xiaoping, apparaît une Union autonome des ouvriers de la capitale, organisation indépendante qui veut contribuer « à envoyer la tyrannie en enfer… à renverser la dictature et le totalitarisme… et à promouvoir la démocratie ». Le tract distribué dans les rues de la capitale le 27 juin se termine ainsi : « C'est la lutte finale, groupons nous et demain nous pourrons ensemble aller au devant d'une société libre et démocratique[32] »

Les anarchistes ont marqué de leur empreinte l'histoire de la Chine moderne, mais leur mémoire a été volontairement enfouie par le parti communiste orwellien chinois. Au regard de la débâcle idéologique et économique de l'ex-bloc communiste et du vide de la pensée du bloc consumériste occidental qui règne désormais en maître à l'échelle planétaire, il nous faut « revisiter » l'anarchisme.

[1] Pietro FERRUA, « Le développement des idées anarchistes dans la Chine ancienne », Université de Genève (inédit 1963).

[2] Ouvrage collectif, Mouvements Populaires et société secrètes en Chine, Paris, Maspéro, 1970.

[3] « Les Temps Nouveaux » en esperanto, alors très en vogue dans les milieux anarchistes comme outil de communication international.

[4] Jean-Jacques GANDINI, Aux sources de la révolution chinoise : les anarchistes, Lyon, Atelier de création libertaire, 1986.

[5] C'est-à-dire annonciateur de l'aube qui symbolise la révolution à venir.

[6] Le Guomindang, GMD : parti nationaliste fondé par Sun Yat-sen président éphémère de la République chinoise fondée le 10 octobre 1911. Sa doctrine se fonde sur les « trois principes du peuple » : nationalisme, démocratie et socialisme pragmatique, et conçoit l'anarchisme comme le but ultime à atteindre.

[7] C'est une première dans l'histoire chinoise que cette mixité. Une quarantaine d'étudiantes bénéficieront effectivement de ce programme.

[8] Conrad BRANDT, « Les origines idéologiques de l'élite dirigeante du PCC », Le Mouvement Social, juillet 1963.

[9] Transfert au Japon des ex-droits coloniaux de l'Allemagne sur le Shandong.

[10] Arif DIRLIK, Anarchism in the Chinese Révolution, University of California Press, USA, 1991.

[11] Avait fait partie avant 1911 du « groupe d'assassinat » organisé par Shi Fu à un moment où ce dernier pensait que l'assassinat du prince régent, Cai Li, créerait un choc révolutionnaire dans l'opinion. L'attentat échoua.

[12] Ouvrage collectif, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier international : la Chine, Paris, Éditions Ouvrières/Presses de la FNSP, 1985.

[13] Conrad BRANDT, « Les origines idéologiques de l'élite dirigeante du PCC », Le Mouvement Social, juillet 1963.

[14] C. CADART et Cheng YINGXIANG, Mémoires de Peng Shuzi : l'envol du communisme en Chine, Paris, Gallimard, coll. « Témoins », 1983.

[15] Ce qui se passe en Chine se reproduit dans toute l'Europe, à l'exception de l'Espagne où la prédominance anarchiste perdurera jusqu'en 1936-1937. Dans la « patrie du socialisme », ils seront éliminés physiquement à l'image du mouvement makhnoviste en Ukraine.

[16] Lors d'une manifestation pacifique protestant contre le meurtre d'un ouvrier chinois par un contremaître japonais dans l'une des principales filatures japonaises de la ville, la police britannique de la Concession internationale tire sans sommations, massacrant une dizaine de manifestants.

[17] C. CADART et Cheng YINGXIANG, Mémoires de Peng Shuzi : l'envol du communisme en Chine, Paris, Gallimard, coll. « Témoins », 1983.

[18] C. CADART et Cheng YINGXIANG, Mémoires de Peng Shuzi : l'envol du communisme en Chine, Paris, Gallimard, coll. « Témoins », 1983.

[19] La « question chinoise » était au centre de la lutte pour le pouvoir entre Staline et Trotski.

[20] Chiang Kaishek et Sun Yat-sen (mort en 1925) étaient devenus beaux-frères en épousant les deux soeurs Sung.

[21] Arif DIRLIK et Ming CHAN, Schools into Fields and Factories, Duke University Press, North Carolina, USA, 1992.

[22] « Pétri de l'idéal libertaire de son [grand]-père Elie et de son [grand]-oncle Elisée… a enseigné par la suite à Kunming, proche de la frontière vietnamienne, et sa maison devint pendant la Seconde Guerre mondiale un lieu de rendez-vous pour les partisans de la France libre… il regagna Pékin libéré en 1945 et enseigna jusqu'en 1952, date à laquelle il fut forcé par la violente xénophobie des communistes à quitter son pays d'adoption dans un délai de 48 heures en abandonnant sa fille âgée de 12 ans. » Article nécrologique de Marie HOLZMAN, Libération, 15-05-1984. [Marie Holzman s'est en effet trompée d'une génération : NDA]

[23] Encore qu'il y ait eu le précédent du « Manifeste des 16 » — dont Kropotkine — soutenant l'effort de guerre des Alliés contre l'Allemagne lors de la Première Guerre mondiale.

[24] Échanges épistolaires de Lu Chien Bo et Pa Kin depuis Chengdu avec la « Commission des relations internationales des Fédérations anarchistes », CRIFA, à Paris (conservés au Centre international de recherche sur l'anarchisme, CIRA Lausanne Suisse).

[25] Jean-Jacques GANDINI, Pa Kin, le coq qui chante dans la nuit, Lyon, Atelier de création libertaire, 1985. Et Pa KIN, Pour un musée de la révolution culturelle, Bleu de Chine, 1995.

[26] Ouvrage collectif, Révo cul dans la Chine pop, Paris, UGE, coll. « 10-18 », 1974.

[27] Échanges épistolaires de Lu Chien Bo et Pa Kin depuis Chengdu avec la « Commission des relations internationales des Fédérations anarchistes », CRIFA, à Paris (conservés au Centre international de recherche sur l'anarchisme, CIRA Lausanne Suisse).

[28] Non daté, probablement 1968/1969 ; conservé aux archives du CIRA.

[29] Rencontres avec l'auteur : Venise septembre 1984 et Hong Kong juillet 1986.

[30] Ouvrage collectif, Un bol de nids d'hirondelles ne fait pas le Printemps de Pékin, Paris, Christian Bourgois, 1980.

[31] Libéré par « anticipation » au bout de quatorze ans et demi de détention pour cause de candidature de Pékin aux J.O. de l'an 2000 en septembre 1993, il est enlevé par la Sécurité publique en plein jour le 1er avril 1994, mis au secret et condamné en décembre 1995 à quatorze ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l'État ».

[32] Angel PINO et Huang SAN, « Le déclin de la dynastie Deng », Iztok, n° 18-19 juin 1990, Paris.