Pas touche aux convictions

        Drôle de désespoir

Jean-Marc Raynaud, ancien intendant au collège du Château, anarchiste et fondateur des Éditions libertaires à Saint-Georges-d'Oléron, est décédé.

C'est bien de lui, prendre la clef des champs l'avant-veille du 1er avril, comme pour faire un poisson avant tout le monde. Jusqu'à la fin, Jean-Marc Raynaud, adepte de l'humour grinçant, nous aura joué des tours. Ce fidèle anarchiste est décédé le 30 mars d'une crise cardiaque à l'hôpital à Bordeaux. Né à Rochefort en 1947...

Pas touche aux convictions

L'homme engagé en rouge et noir était un révolté par principe et un généreux par nature. Cet équilibriste jonglait entre un caractère de cochon et un cœur gros comme ça. Jean-Marc Raynaud, c'était un sentimental qui s'ignore qui jouait souvent les ours mal léchés. Méchant, il n'était pas, il avait juste des convictions et sur ça, il ne transigeait pas : oui à la liberté et à l'égalité, non à l'exploitation et au capitalisme, surtout ni dieu, ni maître.

Il rencontre l'anarchisme à Bordeaux auprès de Jean Barrué qui en a déjà formé plus d'un dans le local libertaire de la rue du Muguet. Étudiant en droit, Jean-Marc Raynaud devient ensuite l'intendant du collège du Château-d'Oléron et le restera jusqu'à sa retraite en 2007. Son métier ne va pas lui faire renoncer à ses combats et son militantisme : adhésion à la Fédération anarchiste, création du groupe Bakounine en 1976 à Rochefort, puis d'un autre à Oléron en 2006, « Nous autres ».

Jean-Marc Raynaud, c'est la réflexion, l'esprit critique jusqu'à la contestation bien sûr : manifs antinucléaires, actions contre McDo, participation aux côtés des faucheurs d'OGM, amitiés avec des indépendantistes basques. C'est aussi l'engagement concret. Un brin désabusé, mais pas tout à fait désespéré, il comprend qu'il ne changera pas le monde, mais qu'il peut faire des choses bien par solidarité avec ceux dont il partage les idées et les luttes. Ainsi, il crée à Oléron, avec d'autres dont sa compagne Thyde Rosell, une crèche autogérée, des colonies de vacances libertaires et l'école Bonaventure, expérimentale, autogestionnaire et d'inspiration libertaire.

Drôle de désespoir

Le bonhomme adore lire, réfléchir et discuter la clope au bec, avec ses amis de passage dans la maison de Chaucre ou ailleurs. Mais il écrit aussi dans le Monde libertaire et surtout, il fonde les Éditions libertaires toujours bien vivantes. Le catalogue est fourni, engagé bien sûr, mais sérieux avec des livres de fond et de belle facture. Certains sont signés Jean-Marc Raynaud.

Son dernier opus, tout juste sorti, s'intitule « Larmes au poing ». Ce n'est pas un récit, ni un polar, ni un témoignage comme les autres fois, c'est le recueil de ses papiers parus principalement dans le Monde libertaire. C'est à la fois désespérant et drôle (tellement c'est désespérant), comme toujours avec Jean-Marc Raynaud. Titre prémonitoire ? Si l'anar le plus célèbre d'Oléron se tire larmes au poing, il laisse ses amis, ses proches, sa compagne Thyde et leur fille Bertille, larmes à l'œil. C'est malin.

Jean-Marc Raynaud sera incinéré au crématorium de La Rochelle mercredi 8 avril à 14 h 30.