Ce n'est pas d'aujourd'hui que les troupes des soi-disant gouvernements de l'Espagne rouge se fusillent entre elles. Mais les désordres qui viennent d'éclater à Barcelone dépassent en ampleur, semble-t-il, tout ce qu'on avait vu jusqu'ici.

Les anarchistes ont pris le pouvoir. On sait ce que cela veut dire.

A Barcelone et dans toutes les grandes villes et bourgades catalanes, les combats de rue entre les membres de la C.N.T. (Confédération Nationale du Travail) et de la F.A.I. (Fédération Anarchiste Ibérique), contre les adhérents des partis communiste et socialiste de la gauche catalane (groupe présidé par M. Companys), assument les proportions de vraies batailles rangées. Les communications téléphoniques et ferroviaires sont coupées, les services publics ne fonctionnent plus et le gouvernement catalan est assiégé dans le Palais de la Généralité par les bandes de la F.A.I.

La révolte aurait été motivée par la nomination par le gouvernement de Valence d'un général pour commander les forces gouvernementales catalanes. Les anarchistes refusèrent d'accepter cette nomination d'un militaire et le gouvernement ayant voulu passer outre, ce fut la révolution.

Le président Companys et le représentant de la C.N.T. au sein du gouvernement de Valence ont adressé aux Catalans des appels angoissés à l'union.

Cependant la lutte se poursuit acharnée dans les rues de la ville entre les insurgés et les partisans du gouvernement de Valence.

M. Companys, qui, avec ses collaborateurs, s'est retranché dans le palais du gouvernement a essayé d'apaiser le mouvement en mettant en liberté 200 anarchistes qui avaient été arrêtés ces mois derniers pour des crimes communs et qui étaient gardés comme otages. Cette mesure n'a d'autre résultat que de grossir les rangs des émeutiers. Voyant enfin que tous ses efforts étaient vains, M. Companys a radiodiffusé un appel aux troupes républicaines du front de l'Aragon en les invitant à quitter le front et à rentrer à Barcelone pour y défendre le gouvernement.