Chère date, je me sens attristée au spectacle grotesque qui se déploie à grand renfort d'exhibition de galonnés, de coups de canons à vous rendre sourd, de tambour, faisant rêver de l'appel des foules aux baraques de pierrots et d'étoffes de toutes dimensions et de toutes couleurs flottant au gré de tous les vents. Chère et immortelle date, quel serrement de cœur j'éprouve en voyant qu'on éclaire ta nuit à l'aide de gobelets et de lanternettes qui suspendus à un fil de fer des bords des promenades publiques me rappelle avec amertume la faible étincelle des petites âmes qui officiellement commandent aux apprêts de ton glorieux anniversaire. Et les feux d'artifices dont les flammes mourantes vont tomber dans les cours des prisons où gémissent vos victimes Républicaines Opportunistes, me brisent plus encore que tout l'appareil enfantin de vos décors et drapeaux se balançant sur la tête des comédiens et spectateurs.

Le 14 Juillet

me fait souvenir de la date de Pâques chez les Juifs, en ces temps là à l'occasion de ces fêtes le gouvernement Juif, d'accord avec celui des Romains gracie un condamné à mort au choix du Peuple : Jésus n'en put bénéficier parce qu'il était Révolutionnaire. Mais depuis la civilisation a fait son chemin, l'Intelligence humaine s'est ouverte de nouveaux horizons et il nous serait bon de penser que monsieur le Président de la République ait au moins le même mouvement de Pilate et qu'il dise au Peuple à l'occasion des fêtes du

Le 14 Juillet

qui rappelle le triomphe du droit sur la force :

« Lesquels voulez-vous que je vous délivre ? Les Anarchistes qui se sont rendus coupables des mêmes délits que le Christ en prêchant la révolte contre les exploiteurs du genre humain ou les Barrabas qui volent le peuple à la bourse, dans les exploitations panamistes et des chemins de fer du Sud etc etc. »

Vous le savez le peuple vous répondrait, les anarchistes et c'est afin de ne pas avoir l'embarras du choix que vous n'avez emprisonné déporté, relégué, reclusé, guillotiné que les défenseurs des idées libératrices et laisser vivre en liberté les propagateurs et pratiquant du vol et l'infamie.

Le 14 Juillet

pâlira bientôt devant des dates bien plus fécondes en héroïsme, en courage, en énergie et en dévouement pour que nous ne songions pas à faire chorus pour que nous ne songions pas à faire chorus pour en hâter l'oubli avec les rédacteurs de la Libre Parole qui préféreraient disaient-ils dans un de leurs derniers numéros la date de Jemmapes, Valmy.

Pauvre petits libres parleurs, votre jugement ne s'étend donc pas au-delà de la circonférence du petit pays de France que vous croyez que la journée qui fit triompher les français (quoique riche, puisqu'à cette époque la France était en révolution et l'ennemi en monarchie) est meilleure au Peuple que celle qui lui rémémore le triomphe du peuple sur les horribles monstres qu'on appelle des têtes couronnées.

Le 14 Juillet

est voué à l'oubli car il n'a ouvert que la Bastille d'un coin de la terre tandis que la date qui va la faire pâlir, ouvrira toutes les Bastilles de l'ancien et du nouveau monde et ensevelira dans la mort tant de De Launay et tant de garnisons qu'il n'en restera plus un seul pour perpétuer leur race.

Et l'Etre humain qui ouvrira ce gigantesque tournoi. Et ceux qui les éclaireront dans leur œuvre d'un grandiose sans précédent sont hors la portée de votre législation, vos bourreaux.

La fermière : Magdeleine