La Révolte
L'arrestation de notre ami Méreaux
Dimanche, le meeting de solidarité avec les anarchistes de Chicago, organisé par la Ligue cosmopolite et les groupes anarchistes, réunissait à la salle Favié plus de deux mille personnes.
Pendant près de trois heures, tous les assistants ont applaudi les discours des orateurs retraçant les faits qui ont amené la condamnation à mort de nos amis, et montrant les conclusions que nous devons tirer de ce jugement inique.
Très applaudie la lecture de la défense de Spies et toutes les citations des paroles des condamnés.
Des adresses de solidarité avaient été envoyées par nombre de groupes de province et par des groupes de Milan, Mantoue, Arezzo, Reggio-Émilie, Reggio-Calabre, Naples, Terni, Pise, Prato, Pistoie, Foligno, Forli, San-Giovanni, Valdarno, Florence et Leghourne.
Un socialiste-révolutionnaire indépendant veut imposer à la réunion le vote d'un ordre du jour commençant par ces mots : « 2000 citoyens français... »
« À bas la France ! Vive l'Internationale ! Il n'y a pas de Français, ici, mais des hommes ! »
Ces exclamations, qui partent de tous les points de la salle, font comprendre à l'orateur que l'on a assez de ces protestations platoniques et que le temps de ces fantaisies oratoires à base patriotique est passé. On en est dégoûté et chacun comprend que le meilleur moyen de protester contre l'autorité est de lutter contre elle lorsque l'occasion se présente.
Et l'occasion ne s'est pas fait attendre longtemps...
À la sortie de la réunion, environ 300 camarades s'étaient rassemblés à la salle Lechable, 403, boulevard Ménilmontant, où ils discutèrent jusqu'à 7 h. environ, moment où par petits groupes, ils quittèrent la salle.
La police avait été provocante à la sortie du meeting, mais personne ne lui ayant répondu, la sortie s'était effectuée tranquillement. Elle voulut prendre sa revanche le soir et tomba à coups de sabre sur les groupes qui sortaient de la salle Lechable. Notre ami Méreaux, faisant usage de son revolver, tira deux coups de feu. Un agent est blessé, à la tête, suivant les uns, à la cuisse, suivant d'autres ; un autre a eu le bras cassé par un coup de canne.
La police a arrêté les compagnons Méreaux, Niquet et Varoquaux. Méreaux est blessé à la poitrine et à la main. Plusieurs compagnons ont été blessés, dont un grièvement. Des passants ont été également frappés, mais nous ignorons leur nombre, vu qu'ils ne se sont pas fait connaître.
Comme sous les beaux jours de l'Empire, la police organise ses guet-apens et massacre sur les boulevards les moins fréquentés, non seulement les révolutionnaires, mais aussi les passants inoffensifs.
Elle peut se permettre cela sans danger : toute la presse lui appartient et insère sans commentaires ses communiqués mensongers. Il y a même des journalistes pour faire l'apologie de ces sabreurs, comme il y a des sophistes pour écrire l'Éloge de la paresse ou le Droit à l'Inceste. Seul le Cri du Peuple a permis à un de nos rédacteurs de rétablir la vérité et montré l'absurde de la rédaction du cliché de la police.
C'est à nous à en faire notre profit, et puisque la police ne connaît point de frein à ses exploits, c'est à nous à nous garantir contre elle.
Moins de paroles et plus d'actes, telle doit être notre conduite et nous espérons que l'exemple que vient de nous donner notre ami Méreaux sera suivi chaque fois que l'occasion se présentera.
Dimanche a également eu lieu à Naples un meeting de solidarité avec les anarchistes de Chicago. D'autres meetings ont eu lieu à Berne, à Londres, etc. Les détails nous manquent encore sur ces réunions, mais nous pouvons constater que partout nos amis se sont vivement émus et qu'un redoublement d'activité dans la propagande vient prouver aux bourgeois qu'ils ne pendront pas longtemps impunément.
Allons, faisons notre profit du mot de Danton : De l'audace, de l'audace et encore de l'audace !