Adolf Fischer
Une lettre de Fischer
La Freiheit publie la lettre suivante de Fischer, adressée à Most, le 5 novembre :
« Cher ami Most,
Puisque nous n'avons plus que six jours à vivre, je veux te faire mes adieux. Tu sais que les journaux de quatre d'entre nous ont refusé la grâce, c'est-à-dire la commutation de la sentence, et demandent la liberté ou la mort. La liberté ne nous sera pas donnée par les gouvernants, reste donc — la mort.
Tu comprendras, Johann, que le souvenir de ma chère femme et de mes trois petits enfants me rend souvent le cœur gros, mais — loin de moi, tentation ! La Révolution Sociale a besoin de forces pour la faire marcher, et notre noble cause, l'Anarchie, a besoin de martyrs. Ainsi soit-il ! Je serai heureux de donner ma vie à notre noble cause.
Lorsque de pauvres garçons paysans, répondant à l'appel des rois et des empereurs, viennent volontiers sacrifier leur vie sur l'autel de la tyrannie par la grâce de Dieu, — les combattants de la vraie liberté, de l'Anarchie, ne doivent-ils pas aussi donner leur vie pour le triomphe de nos grands et nobles principes ?
Devons-nous montrer à nos ennemis comme des poltrons ce principe qu'un principe qu'ils peuvent trahir sans même se brûler un doigt ? Non, jamais ! Nous devons montrer à nos adversaires que les anarchistes savent mourir pour leurs principes. J'ai été fidèle à nos principes, je le serai par ma mort. — Je le fais donc ainsi.
Reste aussi fidèle à notre grande cause que tu l'as toujours été, et porte notre bannière haute, toujours en avant, quelles que soient les tempêtes qui sévissent et qui rendent la tâche difficile.
Je désire que tu vives encore jusqu'à tes jours du grand combat. Ah, certes, j'aurais bien voulu moi-même tomber dans ce combat à l'ombre de notre cher drapeau rouge. Mais cela ne devait pas être. J'étais fermement décidé de mourir comme pionnier, comme avant-garde du combat. Ainsi, — adieu !
Vive la Révolution Sociale ! Vive l'Anarchie !
Je t'embrasse fraternellement.
Ton compagnon,
Adolphe Fischer.
P. S. Salut aux compagnons et amis. Prenez soin de ce que ma misère et celle de mes enfants reçoivent une éducation.
Ton Adolphe. »
Fischer a écrit une autre lettre au gouverneur d'Illinois. Cette lettre superbe sera traduite dans notre prochain numéro.