Le Cinéma du Peuple
Les Misères de l’Aiguille
Le « Cinéma du Peuple » a voulu, au début de sa carrière, présenter au public un drame social qui intéresse la femme.
Quoi que l’on dise, la femme se trouve dans la société actuelle, dans une situation de beaucoup inférieure à l’homme. On a dit avec raison que la femme était doublement exploitée : exploitée comme productrice et souvent exploitée dans son ménage.
Il y a, à Paris, plus de 300 000 femmes qui sont dans l’obligation de louer leurs bras à des prix avilissants. Chaque matin, des milliers de « Louise » débarquent dans les grandes gares de Paris, venant de la banlieue. Elles se déversent dans tous les magasins et ateliers de la capitale.
Nous avons voulu mettre en relief par le Cinéma, toutes les misères de la femme moderne, de celle qui peine un peu partout pour des salaires de famine. L’« Ange du foyer », tant prônée par les poètes n’existe plus ! Il ne reste que des malheureuses maltraitées par le sort. Notre féminisme consiste surtout à relever la femme, à la mettre à sa véritable place dans la société, à la rendre l’égale de l’homme dans tous les faits sociaux. Nous voulons surtout que la femme s’intéresse davantage aux questions sociales qui peuvent un jour transformer la condition matérielle et morale de tous les opprimés.
Si toutes les « Louise » consentent à réfléchir à leur malheureux sort, elles sortiront de leur isolement mortel ; elles se grouperont dans des organismes de défense. Si tous les militants qui veulent affranchir la femme veulent nous seconder, la cause de l’émancipation féminine aura fait un grand pas, et le « Cinéma du Peuple » ne regrettera pas l’effort qu’il vient de faire pour éditer les Misères de l’Aiguille.
Ce drame n’est qu’un épisode des drames du travail. Demain, nous ferons défiler sur l’écran la vie des travailleurs. Chaque métier constitue pour nous un champ d’études. Nous pourrons à loisir y puiser des sujets.
Nous n’oublierons pas l’Histoire. Nous ferons revivre les morts héroïques de la classe ouvrière, les Varlin, les Millière, les Flourens, etc. Nous voulons au « Cinéma du Peuple », exalter le Travail, parce que cela seulement compte à nos yeux.