Cette année-ci, l'anniversaire du 18 mars a été fêté par le prolétariat des deux mondes avec beaucoup d'entrain. Partout il y a eu aux réunions beaucoup plus de monde que les années précédentes et les idées émises dans les discours prononcés prouvent que l'idée socialiste-révolutionnaire a partout gagné du terrain. Il nous serait matériellement impossible de rendre compte à nos lecteurs de toutes les réunions publiques et des banquets qui ont eu lieu ce jour là en France, en Italie, en Espagne, en Suisse, aux Etats-Unis, etc. Nous ne pouvons en donner qu'un aperçu rapide.

A Paris, le 18 mars a été fêté avec enthousiasme. Les socialistes parisiens avaient organisé, soit un banquet, soit une réunion publique dans chaque arrondissement. La réunion la plus animée a certainement été celle organisée par les anarchistes, à la salle Graffard. — Ils ont compris que les ouvriers n'ont pas trois francs à dépenser par tête en une soirée et ils ont organisé une réunion publique. Les discours qui y furent prononcés, ont franchement exposé les principes de l'anarchie. Dans la plupart des réunions qui ont eu lieu le 18, le 19 et le 20 mars, c'est Ryssakoff qui a été acclamé président d'honneur, et presque toutes les réunions populaires ont voté des adresses de sympathie aux socialistes russes. En voici quelques-unes :

Dans les deux réunions du Vieux-Chêne et du boulevard de l'Hôpital, auxquelles assistaient un grand nombre de citoyennes et citoyens, l'ordre du jour suivant, que nous empruntons aux journaux de Paris, a été adopté à l'unanimité :

« La réunion, considérant que tout individu possédant le pouvoir dictatorial ne peut être que bandit, et se met par ce fait hors de l'humanité,

Envoie toutes ses félicitations et ses encouragements à ses camarades russes qui ont seuls su traiter, comme elle le méritait, une bête venimeuse. Espérant qu'ils n's'arrêteront pas dans cette voie, que leur exemple sera suivi, se déclarent solidaires de toutes les tentatives ayant pour but de résoudre la question sociale par des attentats contre le pouvoir. »

A Reims la réunion a pris une résolution, dont le texte a été publié par Ni Dieu ni Maître. C'est une protestation énergique contre « la bassesse de ceux qui ont osé parler au nom du peuple français pour envoyer des dépêches de condoléance, et contre l'attitude des Chambres levant les séances en signes de deuil au sujet de l'exécution d'Alexandre le pendeur ; ils envoient leurs félicitations aux courageux révolutionnaires russes qui n'ont pas hésité de débarrasser le monde d'un tyran » (suivent 47 signatures).

A Toulon, 800 personnes ont voté une adresse de sympathie « aux nihilistes de Russie. »

Le banquet socialiste-révolutionnaire du 18ᵉ Arrondissement (Montmartre) « considère que la situation a imposé aux amis russes un devoir qu'ils ont accompli et qui doit servir d'exemple à tous ceux qui rencontreront les mêmes obstacles. » (Ni Dieu ni Maître).

A Marseille, nos amis socialistes-révolutionnaires ont fêté le 18 mars par un banquet-punch, et ils ont envoyé aux socialistes russes un télégramme de sympathies, conçu en ces termes :

« Révolutionnaires marseillais, félicitent nihilistes russes mort csar. Continuez. » </quote>>

Ce télégramme, a été intercepté par la poste « Rrrépublicaine » française.

La section italienne de Marseille, qui avait organisé une réunion privée, a voté à l'unanimité des nombreux auditeurs présents, une adresse de félicitations aux socialistes des deux mondes, avec l'espoir de se rencontrer bientôt tous ensemble, et le plus tôt possible dans la lutte violente, pour la revendication de nos droits. »

La Fédération Ouvrière de la Loire qui compte six chambres syndicales et cinq groupes d'études, a voté l'adresse suivante :

St Etienne, 16 Mars 1881

A tous les énergiques nihilistes, ces martyrs de leur dévouement à la cause des peuples.

La Fédération ouvrière de la Loire et la commission d'organisation du deuxième congrès des ouvriers socialistes de la région de l'Est, au nom des prolétaires stéphanois — victimes de la domination et de l'exploitation de la bourgeoisie capitaliste — envoient leur salut fraternel aux vaillants nihilistes russes, victimes de l'autocratie impériale et nobiliaire.

Frères ! abattre les tyrans est une nécessité pour tous ceux qui veulent sincèrement l'affranchissement du peuple et la suppression de tous les privilèges politiques et économiques.

C'est, pleins d'admiration pour votre énergie, votre courage et votre dévouement, que nous vous tendons nos faibles mains.

La Fédération ouvrière de la Loire

La Commission d'organisation du Congrès

Le Secrétaire

Ch. Ava.

Une autre adresse dit :

AUX NIHILISTES RUSSES. — Les travailleurs stéphanois vous félicitent de l'acte énergique, par lequel vous venez de vous débarrasser d'un tyran. Ils vous engagent à rester dans cette voie jusqu'au jour, où le prolétariat sera complètement émancipé.

Aux Etats-Unis, notamment à Chicago et à New-York, de nombreuses réunions de socialistes ont voté à l'unanimité des adresses de sympathies aux socialistes russes.

Un nouveau journal clandestin de la Fédération Espagnole de l'Association Internationale des Travailleurs, El Autonomista, a fait paraître pour le 18 mars un numéro spécial, dans lequel il expose les aspirations du prolétariat espagnol.

Deux Fédérations provinciales de la Fédération Espagnole ont aussi fait paraître des affiches autographiées à propos du grand anniversaire.

Inutile de dire que, toutes sont animées de l'esprit révolutionnaire, que toutes inscrivent hautement sur leur drapeau l'Anarchie.