Découvrez-vous ! ! !

Voici Vaillant ! !

Cette parole retentissait sinistrement parmi la foule qui, il y a deux ans, à cette même date, stationnait place de la Roquette.

C'était le glas de l'ensevelissement du martyr.

Aujourd'hui c'est le chant de sa résurrection.

Lecteurs, découvrez-vous ! ! !

Voici Vaillant ! !

Je ne crois pas pouvoir fêter plus glorieusement l'anniversaire de la décolation de l'Immortel qui porta parmi mes contemporains, le nom de Vaillant qu'en écrivant sous sa dictée quelques fragments de la Doctrine Universelliste dont il est en astral l'infatigable apôtre.

Marie de Saint-Rémy

A mes amis et ennemis, camarades et adversaires ; moi, l'anarchiste Vaillant :

L'Universellisme, enseigne que toutes les religions sans exception sont les piliers de l'injustice et du crime.

En voici les preuves au point de vue philosophique et rationnel :

Les prêtres de tous les cultes en vigueur sur la surface du monde terrestre, prêchent aux humains que leur Papes, Rois, Empereur, président de République, Sénateurs, Députés, Maîtres, Patrons, galonnés ou mitrés sont les représentants de Dieu sur la terre.

De cet enseignement il en découle naturellement que tous ces exploiteurs de leurs frères en humanité, sont dans la légalité et la justice en spoliant les ouvriers, les travailleurs, les orphelins, les veuves, les faibles de corps ou d'esprit, et en se gorgeant du superflu, quand leurs victimes tombent par millier tous les jours, épuisées de misère, de froid, de faim à la porte de leurs palais, les places publique, dans leurs mansardes ou les hôpitaux.

Si les monarques et consorts sont les représentants de Dieu ; se soumettre à toutes leurs volontés quelles horribles, ou injustes soient-elles, c'est se soumettre à la volonté divine.

C'est la prédication de ces criminels exposés qui fait que la pauvre ouvrière qui agonise de privation et meurt d'excès de travail croit avoir vécu selon le devoir, l'honneur et la volonté divine en ayant toujours courbé le front sous le poids de la législation qui l'a précipité dans la tombe.

En enseignant aux exploités que la résignation est agréable à Dieu, les Religions sont les serre frein de tous les mouvements de la pensée humaine, vers une révolte salutaire à la perfection des hommes.

Les religions enseignent, que si nous sommes malheureux, pauvres, malades, souffrants, nous devons accepter nos souffrances comme des épreuves que Dieu nous envoie et que nos douleurs servent à l'épuration de nos fautes. Et dire que de pareilles insanités des exposés aussi rebelle a toutes logique sont acceptées comme des vérités par les uns, et préservatifs de corruption sociale par les autres.

L'Universellisme vient à l'inverse de toutes les religions, prêcher aux humains que l'immuable Justice, que vous l'envisagiez comme le paganisme dans la séparativité de sa puissance divisible, ou comme la religion Juive et Chrétienne dans son ensemble absolue et unitaire, c'est-à-dire que vous croyez à la radiation des rayons du soleil ou l'intensité du foyer de cette agglomération de chaleur de vie, de lumière et d'amour, vous l'outragez, vous la méprisez, vous la violez, en vous résignant au sort malheureux que vous font les législateurs, organes vivants des démons réfractaires à la perfection des hommes.

La soumission a des décrets autorisant les forts à se gorger du superflu, quand les faibles manquent du nécessaire est un outrage à la divinité, parce que c'est défendre à la conscience humaine de se révolter contre l'injustice et le crime.

Prêcher qu'un empereur, président de république se vautrant dans les plaisirs et toutes les orgies, alors qu'il y a des infortunés qui se suicident de misère, sont les représentants de Dieu, c'est faire un si grand outrage à la divinité que si Dieu était ce que vous enseignez : une personnalité, il y a longtemps que les prêtres qui enseignent ces monstruosités seraient réduits en poussière.

L'Universallisme vient propager la révolte contre toutes les infamies en vigueurs quelles que soient le fait des exploiteurs sacerdotaux ou gouvernementaux.

L'Universellisme vient prouver à ceux qui souffrent la misère, la maladie, le froid, la faim, que le salut n'est pas dans une béate soumission aux commandements de Dieu, l'Eglise, les gouvernants, mais dans la manifestation publique de notre indignation vis à vis de leurs homicides quotidiens et notre ferme résolution de prendre la défense des parias, des martyrs impuissants à sentir monter le mouvement de la révolte en leur cerveaux accablés qu'ils sont par les privations, le travail et égarés par les mensonges des prêtres, qui leur assurent que toutes leurs souffrances sont voulues par Dieu et seront récompensées dans l'autre monde.

Comme s'il était possible qu'en supposant même que Dieu soit une personnalité il récompenserait les lâches qui se seraient laissés exploités pendant leur vie dans la pensée d'une récompense après leur mort.

Que penseriez-vous d'un général qui dirait à un soldat qui aurait fui en présence de l'ennemi ou se serait bénévolement fait mutiler dans l'espoir d'une récompense : Tiens, voilà la croix ! tu l'as gagnée par ta sottise et ta lâcheté.

On ne doit récompense qu'à la bravoure. A eux qui, comme les ouvriers, les travailleurs, les pauvres, les orphelins, les veuves courbent le front sous le poids de l'injustice que leur fait subir l'oppression sacerdotale ou gouvernementale ; on ne peut que leur dire : vous avez donné force à l'exploitation par votre lâcheté ; vous avez été par votre résignation les complices des exploiteurs....

Quand je dis révoltez-vous ce soir, n'attendez pas demain, je ne veux pas dire prenez le commissaire de police et autres agents de la loi et jetez-les par la fenêtre, poussez-les, violentez-les, outragez-les. Ces procédés-là ne s'appellent pas la révolte superbe du droit contre la force.

La révolte se manifeste par l'affirmation verbale ou écrite de dire tout haut que les législateurs qui décrètent qu'il faut des riches, des pauvres, des repus et des mourants de faim, les uns qui habitent des palais nationaux, comme par exemple le Président de la République, qui a plusieurs demeures somptueuses que des rats seuls habitent, alors que des milliers de familles sont parquées dans des caves ou des mansardes est homicide au plus haut chef.

La révolte se manifeste en disant tout haut que la propriété individuelle c'est le vol. Que faire travailler dix et douze heures par jour des employés et leur donner en retour juste de quoi ne pas mourir de faim est un crime horrible et inénarrable.

La révolte se manifeste en criant ; vive le droit, vive la justice, mort à l'exploitation. Lorsque les exploiteurs auront en main la liste de tous les révoltés, ils cesseront leurs crimes, parce qu'ils ne peuvent légalement les consommer qu'à l'aide de votre complicité effective.

Si les sacerdotaux savaient d'une manière sûre et certaine que la semence de leurs erreurs ne produit plus aucun fruit, et qu'au contraire, l'humanité se révolte contre leur doctrine, ils plieraient bagage.

Si les francs-maçons savaient, eux aussi, que leur devise : liberté, égalité, fraternité est l'objet d'un souverain mépris de la part des foules qui se révoltent contre leur hypocrisie, ils ne vous opprimeraient plus.

Tous les exploiteurs sont puissances par votre bulletin de vote, pauvres amis.

A l'appel : aux urnes ! répondez par ce cri :

Jouissance par égale part de tous les biens que produit la terre ;

Plus d'archevêques et plus de députés gagnant 25 et 40 francs par jour pour babiller au Palais-Bourbon ou dans les temples ; et plus d'ouvriers gagnant quinze francs par semaine pour élever plusieurs enfants.

« Vive la justice ! à bas l'exploitaion ! » Crions encore, crions toujours.

Si vous parliez ainsi, exploités, la Révolution s'accomplirait à l'aide de la révolte morale et pacifique ; tandis que vous soumettre à tous les décrets homicides des monarchies opportunistes ou socialistes, c'est préparer les voies à une révolte matérielle dont les résultats seront fatalement les mêmes que ceux de la révolution du siècle dernier, c'est-à-dire l'avènement d'un tyran.

Si M. Félix Faure savait que tous les penseurs intelligents, tous les justes, tous ceux qui souffrent pensent et disent ouvertement qu'il exploite la veuve et l'orphelin, qu'il vole le salaire de l'ouvrier en se gorgeant et se vautrant dans les délices de la vie des monarques, il aurait peur, il serait effrayé du jugement que ses contemporains portent contre lui.

De même les ministres, les députés. Vous les laissez croire qu'ils sont honnêtes, justes ; qu'ils agissent selon le mouvement de la nécessité de l'ordre social. Ces braves gens se croient exploiteurs de par un sentiment souverainement légal.

Ils entendent les prêtres leur dire : vous êtes les représentants de Dieu ; ils pensent de bonne foi qu'un représentant de cette suprématie doit être mieux vêtu, mieux nourri, mieux logé que nous, pauvres représentants du diable et de la misère (diable et misère sont synonymes).

D'un autre côté, ils voient les travailleurs, les reconnaître leurs supérieurs. Comment peuvent-ils croire qu'ils sont les pires des hommes, les plus immondes et les plus féroces des brutes ?

L'Universellisme, en prêchant la révolte légalement et dignement exprimée, fera comprendre à tout ce monde, égaré par la gent sacerdotale et la lâcheté des miséreux, qu'ils sont des criminels de bas étage, et que leur personne soulève de dégoût les penseurs, aussi bien que l'évocation des ombres de Caligula, Néron, Sylla et autres monstres des Monarchies et Républiques de l'histoire ancienne des peuples.

Criez-leur donc, à ces gens qui se croient, les uns les représentants de la divinité ; les autres les gardiens de l'ordre social :

Vous êtes des lâches, des homicides, des déicides ! Homicides, vous l'êtes sciemment, parce que vous savez que pour vous assurer le luxe et le faste dont vos entourez vous ignobles individualités, des milliers d'enfants, de vierges, d'épouses, d'ouvriers, de parias, succombent de misère sous le poids de votre infernale législation.

Déicides, vous l'êtes encore parce que la Divinité réside en les multiples personnalités que vous assassinez par les privations et l'excès de travail.

Tigres, ils le sont, car les tigres, repus de chair et de sang, s'acharnent encore sur leurs victimes par volupté. Tous ces spoliateurs, alors qu'ils ont des capitaux qui leur assurent le présent et l'avenir, sucent le sang de l'ouvrier par le besoin insatiable de s'enrichir encore, toujours, jusqu'à ce que la mort les surprenne dans l'accomplissement de leur œuvre de meurtre et de carnage social.

La Divinité, mes chers contemporains, ne se cache pas sous les espèces matérielles de pain et autres subsides : la Divinité réside au fond de toutes les consciences, elle ne peut se manifester que par des accents et des cris de justice, d'amour et de liberté, et par des organes exprimant, comme ceux des anarchistes et Universellistes, que la Religion, l'Etat, le Capital sont la pierre angulaire de toutes les souffrances que subissent les exploités et les exploiteurs, du berceau à la tombe, et de la tombe au berceau. C'est surtout en ceci qu'il faudrait ouvrir les yeux aux capitalistes et chefs sacerdotaux et gouvernementaux ; c'est leur prouver, à ces aveugles, que si l'Anarchie et l'Universellisme arrivent enfin à briser les iniquités sociales, ils ne pourront plus souffrir moralement et mentalement d'abord, et même la douleur physique deviendra lettre morte, parce que l'injustice, la haine, le mensonge, l'envie, les basses rivalités, la jalousie, en détériorant l'Être humain physiologiquement, entraîne fatalement la désorganisation dans l'économie anatomique, et désagrégeant l'Être psychique sur le plan astral et physique, individuel et général, rive à la souffrance et à la mort l'humanité pour de longs siècles.

Vaillant